Une côte enchanteresse
De petites routes qui tournicotent dans les terres, la voiture qui monte, qui redescend, qui slalome entre les villages et les collines boisées puis soudain, au détour d’une petite butte, s’offre une vue implacable sur la côte. Voilà nos toutes premières impressions slovènes. Nous avions déjà exploré le littoral frioulan : Trieste, Muggia, l’Istrie. Toujours aimantés par cette côte adriatique, nous mettons cap sur la Slovénie, avec pour première étape une ribambelle de villages et de petites villes plus ou moins bondées, de fronts de mer plus ou moins bétonnés, et de chemins de traverse plus ou moins oubliés.

L’incontournable Piran
Notre tout premier arrêt nous le réservons à Piran, l’immense (par la renommée plus que par la taille) star du coin. Ne vous laissez pas mener en bateau par ceux qui voudraient vous faire croire que Piran est une destination secrète, ignorée des foules qui sévissent ailleurs sur les littoraux italien ou croate : il n’en est rien. D’accord, Piran ne connait pas l’affluence qu’enregistrent Venise ou Dubrovnik… mais la beauté du « joyau de la côte slovène » s’est ébruitée et de toute l’Europe centrale, d’Italie, d’Allemagne et de France, tous accourent pour contempler le délicieux profil vénitien de la petite ville slovène, nonchalamment posée sur son étroite péninsule.


Difficile de ne pas tomber sous le charme : Piran est ravissante, drapée de couleurs pastel et de monuments dignes d’un décor de carte postale, coquette au possible dans la lumière dorée de fin de journée. Sa beauté, la petite ville la doit en partie à la République de Venise, sous la coupe de laquelle elle est restée durant près de cinq siècles – une domination qui a laissé d’importantes traces architecturales.




Inutile d’y passer des journées entières : Piran est minuscule et quelques heures suffisent pour en faire le tour, grimper à l’assaut de ses murailles ou de son campanile, s’attabler en terrasse, déguster un café ou une glace place Tartini – Tartinijev, la place centrale – ou tremper un orteil dans les eaux de l’Adriatique. Il serait néanmoins dommage de ne réserver à Piran que les heures les plus chaudes des journées estivales, au risque de se retrouver englouti par la foule.
Passer une nuit sur place a deux avantages : échapper (un petit peu) à la pression touristique et découvrir Piran dans ses plus beaux atours, enveloppée de la lumière du couchant ou plongée dans la fraîcheur des petits matins.

Si la place Tartini capte tous les regards en journée, le centre de convergence des gourmets le soir venu se trouve place du 1er mai. Deux adresses tiennent le haut du pavé : Fritolin pro Cantini d’un côté, réputé pour ses poissons et ses fruits de mer, et Rostelin de l’autre, spécialisé dans les plats de pâtes, frontière italienne toute proche oblige. En attendant de pouvoir décrocher le précieux sésame et d’enfin dégoter une table à la terrasse de l’une ou l’autre des deux gargotes, chacun patiente sagement de part et d’autre de la place, le long de murets reconvertis en salle d’attente…

Un peu plus loin, le long des quais, restaurants et glaciers drainent une foule plus dense encore, peu encline à aller se coucher malgré l’heure tardive et l’orage qui tonne dans le lointain.


La seule possibilité pour n’avoir Piran presque que pour soi est de se lancer dans une exploration de la ville aux aurores, quand les ruelles tortueuses et le front de mer n’appartiennent qu’aux cheveux gris matinaux et aux chats somnolents. On se faufile alors dans le dédale du vieux centre, contournant la place Tartini pour prendre un peu de hauteur.


Du haut du campanile de la cathédrale Saint-George, lointain cousin du campanile de la place Saint-Marc, à Venise, dont il est la réplique miniature, Piran est un somptueux canevas piqueté de toits ocres, insensible en apparence à l’agitation du mois d’août. En contrebas l’inratable place Tartini, l’ancien port intérieur remblayé à la fin du XIXe siècle, sommeille avant le branle-bas de combat de la mi-journée.



La plus belle vue sur la ville, on la débusque toutefois au niveau des fortifications de Piran (Piransko Obzidje), construits au XVe siècle pour protéger la côte des envahisseurs ottomans. Jugez plutôt…



Encore un café avalé, quelques courses et quand on lève le camp sur le coup de 11 h, Piran est cette fois tout à fait réveillée.
| Rejoindre Piran et se garer
La manœuvre d’arrivée sur Piran en voiture n’est pas évidente car la ville est piétonne. Si vous faites le choix de passer la nuit sur place, il vous faudra récupérer un ticket pour être autorisé à circuler, décharger les bagages sans trop traîner, puis retourner vous garer dans l’immense parking de 7 étages qui se dresse à la périphérie de la ville. Une navette circule très régulièrement en direction du vieux centre, mais si rien ne vous presse et que le soleil ne tape pas trop fort, optez plutôt pour la marche depuis le parking (15 min maximum) en longeant le port. Autre option, plus aléatoire en plein été : garer sa voiture au parking Arze, à proximité des remparts.
| Combien de temps passer à Piran et où loger
Pour profiter de Piran de façon un peu plus calme, prévoyez d’arriver en fin d’après-midi, de passer une nuit et de repartir dans la matinée. Inutile de rester plus de temps, à moins de voyager hors saison ou de tomber très très amoureux de Piran – sans compter que les hébergements affichent des prix dissuasifs, plus élevés qu’ailleurs sur la côte. Nous avions déniché un petit appartement sur la place du 1er mai (Apartments Primo Maggio), pratique mais qui nous semblait un poil cher. 3 ans plus tard, les prix ont carrément doublé (pas loin de 250 euros la nuit) et nous ne vous le recommandons donc qu’à moitié (voire au tiers…).
| Quelques conseils et infos en vrac
- Piran se découvre au hasard des rues et surtout par le biais de ses points de vue. Ne ratez pas l’ancien chemin de ronde et le campanile de la cathédrale Saint George, dont la silhouette domine fièrement les toits ocres de la ville. Oreilles sensible prenez toutefois garde, les cloches du campanile sonnent toutes les 15 minutes : bouchez-vous les oreilles si vous vous trouvez tout en haut à ce moment-là.
- Pas de plage à Piran : ce sont les rochers qui font office de transat et des échelles qui conduisent les baigneurs à l’eau – mais rien ne s’oppose à la baignade.
- La région de Piran est réputée pour ses marais salants, qui ont fait la fortune de la ville. N’espérez pas faire des affaires en vous approvisionnant dans les petites épiceries du centre : si vous voulez ramener dans vos bagages un sachet de fleur de sel de Piran, poussez directement la porte de la boutique Piranske Soline nichée au rez-de-chaussée de la plus belle maison de Piran, une ancienne maison vénitienne du XVe siècle, posée sur la place Tartini.
La nettement moins touristique Koper
Nous poursuivons notre exploration côtière en gagnant Koper. Calés sur un banc face à la mer, un burek englouti en guise de repas, on scrute les baigneurs qui plongent ici directement dans le port, à un jet de bouée des porte-conteneurs. Le décalage avec le côté un chouïa trop lisse de la belle Piran nous plaît bien : Koper nous fait peut-être moins tourner la tête mais ce que la ville perd en élégance, elle le gagne à coup sûr en animation.



Koper a un charme tout italien, d’agréables ruelles piétonnes, une splendide place médiévale bordée de bâtiments vénitiens (la place « Tito »), des boutiques désuètes à la patine yougoslave et de petites places plus confidentielles encore, peuplées de cafés populaires et de bars de quartier à la terrasse desquelles on laisse le temps filer, réfugiés à l’ombre des cyprès et des platanes. Moins fréquentée, moins apprêtée, Koper offre un contrepoids agréable à la frénésie touristique de sa pimpante voisine.




| Visiter Koper
Nous n’avons passé à Koper qu’une poignée d’heures, en nous arrêtant à la terrasse de cafés un peu par hasard, et sans noter d’adresse. Nous n’avons donc pas de logement ou de restaurant à recommander, et pas d’informations très précises à vous communiquer. La ville s’explore facilement – et rapidement – à pied, sans but particulier.
Izola : notre étape préférée
Izola est la dernière halte de notre exploration côtière et sans l’ombre d’un doute, notre chouchou. Non seulement Izola décroche haut la main le titre de la petite cité la plus mignonne avec ses ruelles fleuries, ses placettes paisibles et ses façades colorées, mais l’ambiance bon enfant et sans prétention nous conquiert instantanément.


A peine arrivés, nous nous laissons embarquer par les groupes de vacanciers et les familles en maillot de bain bariolés, pressés de rejoindre la jetée et les petites plages improvisées. Comme les Triestins étendus sur l’asphalte, les estivants slovènes déploient leurs serviettes partout où ils le peuvent : sur la pelouse, le bitume, les bancs, les rochers… tout y passe.



Le soleil déclinant, c’est l’atmosphère joyeuse des terrasses qui nous happe. Nos pas nous mènent vers la placette collée à l’église St Marije Alietske et vers le bar Manzioli, qui nous retient captifs un bon moment avec ses planches apéritives appétissantes et ses vins savoureux qui titillent notre curiosité – notre étape suivante en Slovénie sera la région viticole de Goriška Brda.



Un dernier tour au matin dans les ruelles tournicotantes d’Izola finit de nous séduire. Le jour à peine levé, les vacanciers les plus matinaux prennent déjà le chemin de la plage avec brassards, frites et bouées calées sous le bras. Les voisins s’apostrophent de pas de porte en balcon et nous, nous nous laissons cueillir par cette délicieuse légèreté matinale, conquis par cette entrée en matière slovène.


| Où loger
Tout était déjà réservé lors de notre passage. Nous avons fini par opter pour l’Hostel Alieti, en format auberge de jeunesse, mais avec quelques chambres « privatisables ». Rien à redire : l’accueil était très sympa, l’adresse centrale et nous avons très bien dormi.
Les tarifs sont en théorie moins élevés à Izola qu’à Piran. Nous vous recommandons donc, si vous avez envie de visiter la région sans trop vous presser, de passer une nuit sur Piran et une sur Izola. Les deux se complètent très bien et permettent de varier les ambiances.
| Quelques conseils et infos en vrac
- Pas de visites incontournables à proprement parler : Izola, comme ses voisines, incite à la flânerie. Le port de plaisance au sud, la vieille ville ponctuée de bâtiments vénitiens (le baroque Palais Besenghi degli Ughi vaut le coup d’œil), les « plages » du nord de la ville (de part et d’autre du Park ob svetilniku), le vieux port arrondi et ses bateaux en bois… sont autant de pistes d’exploration.
- Moins urbaine et plus sauvage, la plage Bele Skale nous intriguait aussi mais nous n’avons pas eu le temps de pousser jusque là.
- Tous les jeudis soirs d’été, des concerts sont organisés au niveau du 32 Ljublanska ulica, une petite place de la vieille-ville.
- Pour un panorama sur Izola : c’est dans les collines qu’il faut se rendre, au niveau du restaurant Kamin (Dobrava 1a) ou sur la terrasse panoramique de l’hôtel Cliff voisin.
Incartades dans l’arrière-pays
Pour finir, nous vous glissons deux mots au sujet de l’arrière-pays, plus confidentiel. Le littoral capte tous les regards mais le plateau du Karst, dans les terres, mérite lui aussi le détour. Nous y effectuons deux virées, idéales pour souffler un peu entre deux bains de mer – et de foule.<
Notre première balade nous conduit en surplomb du village de Crni Kal, sur les hauteurs du karst istrien. La promenade est plaisante, facile, et serpente à travers la garrigue, au milieu des pins. Elle offre en prime une série de vues plongeantes sur la large gorge en contrebas tapissée de vignes et émaillée de petits villages ; sur les courbes boisées des collines et un imposant viaduc autoroutier à mi-chemin ; et puis plus loin encore sur le port de Koper.



Nous avions repéré l’itinéraire sur le site Slovenie-secrete, la référence pour préparer un voyage dans la région. Toutes les infos sont données dans cet article (« La plus belle rando panoramique de la côte slovène » – le titre donne le ton) mais pour vous orienter rapidement nous vous remettons ci-dessous deux/trois indications pratiques. La rando démarre au niveau du petit parking situé ici. Le sentier grimpe d’abord en forêt vers un petit fort (Crnokalski grad, un spot de grimpe assez connu localement), puis longe les falaises en direction de Prapoce, avant de venir buter sur une voie de chemin de fer.



La voie ferrée franchie, et après un demi-tour et une portion de chemin forestier, le marquage (des macarons rouges et blancs) reprend jusqu’à un vaste plateau recouvert de bruyère. Nous poursuivons jusqu’à l’antenne téléphonique, avant de rebrousser chemin et de revenir au point de départ un peu plus de 2 heures après être partis. Nous vous recommandons à notre tour la balade, avec un seul petit bémol pour les randonneurs estivaux : l’ombre est pratiquement inexistante.

Notre seconde escapade nous mène à l’église de la Sainte-Trinité d’Hrastovlje, dissimulée au milieu des vignes. Celle-ci est réputée pour ses fresques du XVe siècle et en particulier pour sa « Danse macabre », qui n’y va pas par quatre chemins. Pas besoin d’être expert en histoire de l’art pour comprendre le message : tout le monde finira dans la tombe, les pauvres comme les riches, les paysans comme le médecin, la reine ou le pape. Face à la mort, point de discrimination ou de statut social.
La visite est rapide, un gardien laisse entrer les curieux par petits groupes, lance un enregistrement dans la langue demandée (le choix est pléthorique) et désigne à l’aide d’une baguette les différentes scènes décrites par la voix enregistrée. L’église est ouverte à la visite tous les jours de 9 h à 17 h (billet d’entrée à 5 euros).


- Si vous avez un peu temps devant vous, une option agréable pour découvrir la côte peut être de la parcourir à vélo. Une piste cyclable (Parenzana) longe le littoral avec quelques détours dans les terres. Celle-ci relie entre elles Koper, Izola et Portoroz (qui ne nous attirait pas et que nous n’avons donc pas visitée), ainsi que les marais salants de Secovlje. Au total, comptez 47 km aller-retour. Attention, la piste ne passe pas par Piran : il vous faudra faire un détour de 7 km aller-retour pour rejoindre la belle vénitienne.
- Nous n’y avons pas mis les pieds mais la réserve naturelle de Strunjan nous faisait de l’œil. Un sentier d’un peu plus de 5 km permet de parcourir le coin et de déambuler entre marais salants, coteaux tapissés d’oliviers et falaises blanches.
Côte slovène – août 2022


