Slovénie

Ljubljana, une capitale attachante

Ce n’est pas la première fois que l’Europe centrale et orientale nous fait le coup : planquer loin des regards une petite capitale aussi coquette qu’attachante. Mais comment se fait-il que Ljubljana (« lou-bli-ana ») ne soit pas plus connue ?

Voilà un vrai mystère, auquel nous n’avons pas de réponse. Notre seule hypothèse est que les Européens ont un torticolis les obligeant à garder les yeux rivés à l’ouest (ou très très à l’ouest), ou une mémoire tellement limitée qu’elle les empêche de retenir les noms de villes de plus de deux syllabes.

Vue sur le château et la vieille ville de Ljubljana
Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana

La capitale slovène nous fait l’effet d’une petite ville à taille humaine (elle compte moins de 300 000 habitants), calme, ordonnée et tirée à quatre épingles. Nous avons plutôt tendance à préférer aux villes impeccables celles un chouïa borderline et délurées, et pourtant… Le courant passe tellement bien avec Ljubljana que nous aurions bien posé nos valises dans une de ces maisonnettes pimpantes au jardin fleuri, donnant tout sauf l’impression d’être situées au beau milieu d’une capitale.

C’est au fond un des plus grands atouts de la ville : se la couler douce (à nos yeux de touristes) et éviter la frénésie des grandes métropoles.

Pont et maison dans la vieille ville de Ljubljana
Rue dans dans la vieille ville de Ljubljana

Pour vous présenter Ljubljana, nous allons éviter de nous lancer dans une rubrique des incontournables ou un inventaire quartier par quartier, et plutôt mettre en avant en… nous ne savons pas encore combien de points, ce qui nous a le plus égayés.

1/ La vieille ville (Stare Mesto)

Nous débutons ce tour d’horizon par de l’archi-classique. Pourtant, notre relation avec le vieux centre a connu des hauts et des bas…

Côté pile, la ville médiévale, amarrée au pied d’une colline sur laquelle veille un fier château fort, est bourrée de charme avec ses ruelles pavées sinueuses (fermées à la circulation automobile depuis 2008), ses bords de rivière alanguis, ses façades baroques colorées, ses fontaines et ses cafés.

Terrasses de café dans la vieille ville de Ljubljana
Le mignonnet Kavalir, petite navette gratuite et électrique qui sillonne la vieille-ville piétonne
Terrasses de café dans la vieille ville de Ljubljana
Vue sur un point dans la vieille ville de Ljubljana

Côté face, nous trouvons la vieille ville envahie de touristes, attablés en terrasse quelle que soit l’heure de la journée. Impossible d’y dénicher une table sans avoir réservé, et passé 10 h du matin, nous faisons en sorte de contourner la zone tant le monde s’y agglutine.

Pour préciser un peu les choses, c’est la partie directement au pied de la colline, sur la rive est de la Ljubljanica, grosso modo du pont Saint-Jacques (Šentjakobski most) au Triple Pont (Tromostovje), que nous trouvons la plus difficile à arpenter. Un conseil : déambulez-y au petit matin, ou bien en toute fin de journée.

Façades baroques dans la vieille ville de Ljubljana
Vue sur un pont, des maisons et le château dans la vieille ville de Ljubljana

L’édifice le plus connu – à raison, car on ne voit que lui d’un bout à l’autre de la ville – est le château de Ljubljana. Un billet payant donne accès à une exposition permanente sur l’histoire de la Slovénie, un musée de la marionnette, une chapelle et une tour de guet, d’avis général guère passionnants. Le principal atout du site réside dans la vue imprenable qu’il offre sur Ljubljana (nous en reparlerons plus bas). Coup de chance, l’accès aux parties les plus intéressantes du château (la cour intérieure, une partie des murailles) est gratuit.

Cour intérieure du château de Ljubljana
Silhouette du château de Ljubljana

Plus que l’enfilade de places passantes (Gorni trg, Stari trg, Mestni trg) ce sont surtout les histoires qui nous captivent dans la vieille-ville, les éléments d’architecture détournés, les cours dérobées et les mille petits détails nichés au coin des rues.

Petits détails dans les rues de la vieille ville de Ljubljana : statues et pots de fleurs
Cour intérieure de l'hôtel de ville de Ljubljana

Et puis il y a ce fameux dragon, symbole de la ville, que nous repérons un peu partout : sur les armoiries comme sur les plaques d’égout, juché sur la flèche de l’hôtel de ville de Ljubljana et dressé l’air féroce aux quatre coins d’un des ponts les plus photographiés de la capitale, le pont des Dragons (Zmajski Most) – nous, nous ne sommes pas parvenus à lui tirer le portrait correctement, sûrement par frousse…

Pont des Dragons à Ljubljana

2/ La ville nouvelle : concours de façades

Puisque nous avons traversé, poursuivons sur cette rive, à l’ouest de la rivière Ljubljanica. Nous arrivons maintenant dans la ville moderne.

En 1511, un premier séisme jette à terre une bonne partie de la cité médiévale. Le siècle suivant est mis à profit pour dépoussiérer la ville et emplir les rues d’églises et de demeures baroques, qui foisonnent encore dans la vieille-ville. En 1895, rebelote : un séisme frappe à nouveau Ljubljana qui saute sur l’occasion pour revoir sa garde-robe et se refaire une beauté. Elle se pare cette fois-ci d’édifices de style dit « Sécession viennoise » (dans la lignée de l’Art Nouveau), alors très à la mode en Europe centrale.

Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana

La ville « nouvelle » est de fait truffée de bâtiments éminemment élégants :

Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana
Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana
Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana

Nous apprécions en particulier les alentours de la place Prešeren, la place centrale de Ljubljana, qui met la barre très haut. La somptueuse maison Hauptman, la façade baroque rose bonbon de l’église franciscaine Notre-Dame-de-l’Annonciation (XVIIe) et le palais Urbanc (qui abrite le grand magasin Emporium) nous chatouillent tous les trois la rétine.

Bâtiments tout autour de la place Preseren à Ljubljana
La maison Hauptman à Ljubljana

Toujours dans le même secteur, la rue Miklošičeva (Miklošičeva cesta) recèle elle aussi des trésors, dont de fabuleux immeubles sécessionnistes – les plus beaux de la ville. Au n°8, la banque coopérative arbore des couleurs éclatantes dignes d’un papier cadeau.

Façades de style Sécessionniste à Ljubljana (rue Miklošičeva)
Façade de style Sécessionniste à Ljubljana (rue Miklošičeva)

Pour ceux qui en voudraient encore, la rue Prešernova (Prešernova cesta) ne se débrouille pas mal non plus, de même que tout le quartier situé entre la Galerie Nationale et le gratte-ciel Nebotičnik.

Vue sur les élégantes façades de Ljubljana
Vue sur les élégantes façades de Ljubljana
Vue sur les élégantes façades de Ljubljana

3 / Jože Plečnik, l’architecte prodige de l’entre-deux guerres

A partir des années 1920, un nouveau personnage entre en scène, des idées plein la tête pour moderniser Ljubljana. Que l’architecture vous botte ou non, vous finirez forcément par retenir son nom, répété en boucle : en Slovénie, Jože Plečnik est une vedette, et à Ljubljana, sa ville natale, il s’en est carrément donné à cœur joie durant l’entre-deux guerres, renouvelant le paysage urbain de fond en comble.

Toute la capitale porte sa patte. Plečnik rénove, décore, construit, re-modelle des rues entières, des places, des escaliers, des parcs, des promenades, saupoudre la ville de colonnes, de réverbères, d’édifices audacieux et de ponts curieux, appose sur les façades des motifs égyptiens ou folkloriques, mêle architecture régionaliste et classique tout en recourant au béton pour s’inscrire dans l’air du temps.

Le Triple Pont à Ljubljana

Le Triple pont (Tromostovje) ? C’est lui. Au pont initial, peu pratique pour absorber le trafic qui augmente, Plečnik suggère d’ajouter deux ponts supplémentaires. Pari réussi, voilà aujourd’hui un des sites les plus empruntés et les plus emblématiques de Ljubljana, à la jonction entre la vieille-ville et la ville moderne. Juste derrière s’ouvre la place Prešeren (Prešernov trg), que nous mentionnions plus haut, constamment bondée.

La place Preseren est fréquentée de jour comme de nuit, à Ljubljana

Et le marché central, effilé, auquel est dédié une berge entière ? Encore Plečnik.

Le marché de Ljubljana, tout en longueur

Et Križanke, cet ancien monastère transformé en espace culturel et théâtre de plein air ? Toujours Plečnik.

Krizanke, ancien monastère transformé en espace culturel

Un dernier pour la route ? Poussez les portes de la monumentale Bibliothèque nationale et universitaire, toute de brique et de pierre vêtue. Avec ses fenêtres semblables à des livres ouverts et ses colonnades de marbre noir débouchant sur une lumineuse salle de lecture, nous la trouvons fascinante. De toutes les œuvres de Plečnik croisées à Ljubljana, c’est celle-ci qui nous fait la plus forte impression !

Détails de la Bibliothèque nationale et universitaire à Ljubljana
Détails de la Bibliothèque nationale et universitaire à Ljubljana
« Des ténèbres de l’ignorance aux lumières du savoir »
Façade de la Bibliothèque nationale et universitaire à Ljubljana

| La grande salle de lecture est accessible aux touristes du lundi au samedi, de 14 h 30 à 20 h (billet d’entrée : 5 euros)

La maison de Plečnik se visite mais nous avons manqué de temps pour y faire un tour. Et pour ceux qui voudraient pousser l’expérience encore plus loin, l’Office du Tourisme met à disposition des brochures pour partir en quête (d’une partie) des 39 réalisations de Plečnik à Ljubljana.

4 / Architecture socialiste et héritage yougoslave

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Ljubljana devient la capitale de la république socialiste de Slovénie, au sein de la Yougoslavie. Finis le baroque, la Sécession viennoise et les façades de toutes les couleurs, place au béton et à une architecture brute, franche et fonctionnelle – sinistre et moche avec nos lunettes actuelles.

Complexe d'habitation yougoslave
Vue plongeante sur Metalka à Ljubljana

Des bâtiments socialistes, il en reste encore disséminés un peu partout dans la capitale slovène. Certes, ce ne sont pas vers eux que les regards convergent mais ils font bel et bien partis de l’histoire de Ljubljana. Si ce type d’aménagement urbain vous intéresse, nous vous recommandons de jeter un œil au complexe d’habitation Ferantov VRT, à la place de la République et ses deux tours massives et grisonnantes (Cankarjev Dom), au portail en bronze de l’Assemblée nationale ou encore à Metalka.

Il est également possible de récupérer une carte des quartiers et édifices modernistes de la ville auprès de l’Office du Tourisme de Ljubljana (il s’en écoule peu…).

Vue surplombante de Ljubljana
La masse austère de Cankarjev Dom derrière l’église des Ursulines et la place du Congrès

Le bâtiment moderniste le plus connu reste néanmoins le Nebotičnik, le premier gratte-ciel de Yougoslavie. Pour être tout à fait exact, l’immeuble n’appartient ni à la catégorie brutaliste, ni à la période communiste de la Yougoslavie (il fut construit en 1933 dans le style Art Deco, quand la Yougoslavie était encore un royaume), mais comme nous ne savions pas trop où le caser dans cet article, et que nous voulions aussi vous parler d’architecture non estampillée Plečnik, nous le coinçons ici.

Cela dit, peut-être aurions-nous mieux fait de le ranger dans le point suivant, puisque le vrai point fort du Nebotičnik est de pouvoir…

Escalier en colimaçon du gratte-ciel Neboticnik à Ljubljana

5 / Surplomber Ljubljana

Si nous nous hissons tout en haut du Nebotičnik, c’est avant tout pour profiter de la terrasse panoramique placée au sommet du gratte-ciel, qui offre assurément la plus belle vue sur Ljubljana. Ne vous fiez pas à la photo ci-dessous, prise en contre-jour : nous avons choisi le pire moment de la journée pour gravir l’escalier en colimaçon. Exception faite de ce loupé, le cadre est formidable et nous profitons du café-bar pour succomber une fois de plus aux délicieuses pâtisseries slovènes.

Vue surplombante de Ljubljana
Astuce n°1 : attendez la fin d’après-midi pour obtenir un cliché digne de ce nom…
Vue surplombante de Ljubljana
… à moins que votre objectif soit de photographier la cour des immeubles voisins ou un bout du parc Tivoli…
Vue surplombante de Ljubljana
ou encore ce profil plus « contemporain » de la ville...

A l’inverse, pour un panorama sur la capitale slovène avec le Nebotičnik dans le viseur, c’est du côté du château qu’il faut aller se poster, sous ou sur les remparts peu importe.

Vue surplombante de Ljubljana
Astuce n°2, visez la fin d’après-midi ET une journée ensoleillée
(Le Nebotičnik est ce grand immeuble à proximité du panneau publicitaire rouge)

Le château se rejoint en un coup de funiculaire (6 euros), mais nous lui préférons de loin la marche à travers les jolies ruelles qui ondulent à flanc de colline, et qui offrent elles aussi d’envoûtantes vues sur les toits orangés de Ljubljana (ne manquez pas la ruelle Reber). Nous vous l’indiquions plus haut : inutile de payer le billet d’entrée du château si vous ne cherchez qu’à obtenir un point de vue. Contentez-vous d’arpenter les jardins et la partie du mur d’enceinte accessible gratuitement.

6 / Une ville à la campagne ou la campagne en ville – dolce vita slovène

Vous l’aurez compris, pour une capitale, nous trouvons Ljubljana étonnamment détendue.

L’activité phare consiste à musarder d’un pont à l’autre, le long de berges piétonnes constellées de cafés. Nous applaudissons une fois de plus Jože Plečnik pour ses idées ingénieuses : c’est à lui que l’on doit le réagencement des quais de la Ljubljanica – « l’âme de Ljubljana » – et l’aménagement d’une très chouette promenade à l’ombre des saules pleureurs qui… lentement… se déroule… jusqu’à la pointe Špica, tout au sud de la vieille-ville. Et rien de mieux, une fois à destination, que de rester buller encore un peu en terrasse !

Les berges ombragées de la rivière Ljubljanica
Les berges ombragées de la rivière Ljubljanica

La rivière Ljubljanica joue un rôle si central dans la vie des Ljubljanais que certains n’hésitent pas à se jeter littéralement à l’eau. En plus des bateaux touristiques, nous croisons de très nombreux pagayeurs en canoë ou en paddle, tentant tant bien que mal de conserver équilibre et contenance au passage des navettes.

Un bateau navigue sur la Ljubljanica, avec en fond le Triple-Pont

Ce même rythme nonchalant, nous le retrouvons aussi en cheminant vers le centre historique depuis notre logement, à l’ouest de la ville. La balade, le long d’un paisible canal, est tout ce qu’il y a de plus banal mais elle fait partie de nos meilleurs souvenirs. Peut-être parce que le « très ordinaire » qui se joue sous nos yeux est tellement doux et serein qu’il ne ressemble pas du tout à du « très ordinaire » de capitale.

Les maisons colorées du petit quartier de Krakovo

Nous zigzaguons ainsi dans les anciens faubourgs de la ville jusqu’au quartier de Krakovo, dont les potagers débordent de légumes et les maisons traditionnelles donnent l’impression d’avoir atterri dans un village slovène.

Le quartier voisin de Trnovo nous paraît tout aussi décontracté. Nous y débarquons par hasard lors de notre première soirée à Ljubljana, après avoir échoué à trouver une table dans la vieille ville. Un mal pour un bien : les terrasses d’Eipprova ulica sont une de nos meilleures trouvailles, et on ne met pas longtemps à comprendre que c’est ici que se planquent les Ljubljanais fuyant l’agitation touristique estivale du vieux centre.

Jardin potager et église dans le petit quartier de Krakovo

Enfin dans un esprit toujours bucolique, nous nous attardons un moment dans le gigantesque parc-forêt de Tivoli, qui compte d’innombrables sentiers boisés, collines escarpées, allées ombragées, jardins apprêtés et tremplins de saut à ski égarés. Passé un moment, nous ne savons plus qui de la ville ou de la campagne a pris le dessus.

Jardin et allée du parc Tivoli à Ljubljana

Pas étonnant que Ljubljana se soit vue décerner le titre de « Capitale verte de l’Europe » en 2016 !

7 / Une Ljubljana moins convenue : de la rue Trubarjeva à Metelkova

Pour parvenir à repérer quelques accrocs dans la tenue parfaite de Ljubljana, et à débusquer des quartiers moins lisses et plus foisonnants, il faut fouiller un peu. Mais le résultat est là : tout n’est pas propret, des bâtiments cabossés et des rues à la beauté plus rugueuse existent bel et bien, tout comme des espaces créatifs dopés par une vie étudiante animée.

On s’en rend d’abord compte en remontant Trubarjeva cesta, ponctuée de rades populaires, d’antiquaires et de librairies, puis en poursuivant vers Metelkova, le repaire alternatif le plus connu de la capitale.

Bâtiment à proximité de Metelkova
Bâtiments recouverts de graffitis à Ljubljana
Bâtiments recouverts de graffitis à Ljubljana
Street art à Ljubljana

Metelkova – un assemblage d’anciens baraquements – servait autrefois de caserne à l’armée, jusqu’à ce que la Slovénie quitte la Yougoslavie et que le site sorte du domaine militaire. Occupée par des artistes et des militants dès le début des années 1990, la « zone culturelle autonome » de Metelkova s’est imposée comme le pivot de la désobéissance civique et des luttes sociales à Ljubljana.

Art urbain dans la zone de Metelkova à Ljubljana

Le squat hors-système a aujourd’hui pris l’habit de centre culturel, avec 12 500 m2 de galeries, bars et clubs/salles de concert, et adopté tous les codes des spots issus de la contre-culture – presque à l’excès. En semaine, en journée et en plein été, les graffitis et expérimentations artistiques de Metelkova servent surtout de toile de fond à des clichés instagrammables, et le mélange des genres a quelque chose d’assez bizarre lorsque touristes et occupants des lieux viennent à se croiser (Metelkova figure dans tous les guides de voyage).

Art urbain dans la zone de Metelkova à Ljubljana

Mieux vaut s’aventurer sur place à la tombée du jour, un soir de concert, de manifestation anti-racisme – quand la grande cour est parcourue d’un frisson contestataire – ou au cours de l’année universitaire, sans autre prétention que de laisser filer la nuit un verre à la main.

Art urbain dans la zone de Metelkova à Ljubljana

8 / Les musées d’art

Dans un autre genre artistique, plus institutionnel, nous glissons aussi dans notre séjour ljubljanais la visite de la Galerie Nationale (Narodna Galerija) et du Musée d’Art Moderne (Moderna Galerija).

La Galerie Nationale de Ljubljana
Statuette et peintures à la Galerie Nationale de Ljubljana

Du premier, le musée des beaux-arts, nous retenons quelques œuvres « classiques » joliment exécutées, et surtout de splendides toiles de la fin du XIXe et début XXe. L’exposition en cours lors de notre passage, consacrée à la peintre slovène Elda Piščanec (1897-1967), que nous ne connaissions pas, nous plaît énormément.

Tableaux et sculpture de femme à la Galerie Nationale de Ljubljana
Tableaux impressionnistes - Galerie Nationale de Ljubljana

Presque en face, à deux pas du parc Tivoli, le Musée d’Art Moderne possède lui aussi quelques beaux tableaux du XXe siècle mais la visite est vite bouclée. Histoire de ne pas partir trop vite, rien ne vous empêche de profiter d’un des deux cafés du musée, en terrasse ou à l’intérieur – il faudrait imaginer une visite de la capitale qui ferait uniquement slalomer d’une banquette de café à une autre.

Tableaux du Musée d'Art Moderne de Ljubljana

La ville compte encore tout un tas de musées et galeries qui nous donnaient envie (musée d’art contemporain Cukrarna, musée ethnographique, Galerija Vžigalica, Galerija Fotografija…) mais il nous aurait fallu rester bien plus de deux jours.

9 / Bavardage avec Anamarija au milieu des émaux et des sacs d’argile

Anamarija est une des co-fondatrices du Kolektiv DVA, un groupe d’artistes slovènes dont les céramiques minimalistes n’ont pas tardé à se faire un nom à travers l’Europe.

On avait demandé à Anamarija s’il serait possible de la rencontrer quand on passerait à Ljubljana. « Sans problème » avait-elle répondu, et quelques semaines plus tard on se retrouvait dans son petit atelier caché au milieu d’un quartier résidentiel, à deux pas de Krakovo, à bavarder au milieu d’étagères remplies de pièces aux lignes épurées.

Portrait d'Anamarija du Kolektiv DVA

Après deux jours à flâner nez en l’air, sans nous presser le moins du monde, nous en étions (presque) venus à idéaliser Ljubljana.

Quand Anamarija dégomme l’image idyllique de la capitale, et de son pays par la même occasion, on se dit que provoquer la rencontre était une bonne idée. Pas par amour de la critique facile, mais parce que notre interlocutrice fait preuve d’une nuance bienvenue, et que déconstruire fait aussi partie de la découverte. Les maux sont nombreux (l’envolée des prix, les inégalités, les failles du modèle social slovène, les petites entreprises qui se délocalisent en Bosnie pour échapper aux taxes, l’ouverture de lieux culturels noyautés par l’establishment, sans place pour les petits créateurs…), mais le mécontentement laisse place à l’envie d’imaginer des alternatives, de façonner autre chose, au sens propre comme au figuré.

Nous vous aurions bien donné le site internet du Kolektiv DVA mais le trio s’est séparé et chacun a suivi sa propre voie. Anamarija (désormais Foh Studio) continue à travailler l’argile, cette fois en partenariat avec de grands chefs (dont la superstar slovène de la cuisine, Ana Roš, trois étoiles au Michelin).

10 / Les bonnes tables de la capitale, bars et cafés

C’est sur cette thématique gastronomique que nous concluons notre dense exploration de Ljubljana, et cette liste à rallonge en 10 points. Pour nous avoir suivi jusqu’ici, vous avez mérité un petit remontant !

Les adresses sympathiques ne manquent pas, hypes ou plus confidentielles, et la cuisine est finalement à l’image de Ljubljana : sophistiquée mais sans prise de tête, avec une large place accordée aux produits frais et locaux.

Décor du bar-café Pritličje à Ljubljana

Si le cœur vous dit de faire quelques emplettes avant de passer derrière les fourneaux – ou avant de vous attabler -, le marché de Ljubljana est l’endroit tout désigné pour (s’)ouvrir l’appétit, du lundi au samedi. Plus que sur les étals, où petits producteurs côtoient primeurs-revendeurs, la vraie originalité du marché est à rechercher du côté des cafés, des échoppes variées, et surtout dans la conception même du lieu.

Vous voyez où nous voulons en venir ?

Vue sur le marché de Ljubljana

Plečnik souhaitait faire du marché un lieu de vie, incontournable à Ljubljana. Tout en longueur, le marché se déploie du Triple Pont au pont des Dragons, tantôt en intérieur, tantôt sous les arcades, sur un ou deux étages. N’hésitez pas à fureter un peu pour repérer les parties intérieures, qui passent facilement inaperçues. Sous la colonnade, l’inscription « Ribarnica » (« poissonnerie ») dissimule un escalier permettant de rejoindre la halle des poissonniers, installée au plus près de la rivière. La porte donnant accès au marché couvert s’ouvre, elle, sous l’inscription « Pokrita tržnica » (« marché couvert »), dans le grand bâtiment blanc à trois étages qui fait face à la passerelle Mesarski most.

Toujours en plein air, l’Open Kitchen Food Festival (ou Odprta Kuhna) anime la place Pogačarjev trg, la place du marché, tous les vendredis par beau temps, entre les mois de mars et d’octobre. La street food y est à l’honneur, déclinée par les chefs des restaurants de la capitale et de ses environs, avec un roulement régulier.

Potica et dessert à Ljubljana

Après plusieurs ratés du côté de Bled et Bohinj, nous nous demandions à quelle sauce nous serions mangés à Ljubljana… Verdict, c’est un quasi sans faute :

  • Manna, au niveau d’Eipprova ulica, nous épate par sa cuisine inventive ;
  • Plus traditionnelle, la cuisine de Gostilna na Gradu, fait vibrer nos papilles, et nos yeux ne sont pas en reste, émerveillés par le cadre du restaurant – la grande cour intérieure du château (une seconde bonne raison de se lancer à l’assaut de la colline !). Au même endroit, mais plus haut de gamme encore (nous avons passé notre tour…), le restaurant étoilé Strelec se blottit dans la Tour des Archers ;
  • Enfin nous avions apprécié le Monstera Bistro, archi-tendance en 2022 et fermé depuis (l’équipe a semble-t-il ouvert un nouveau restaurant, tout aussi plébiscité : le Georgie Bistro).

Un conseil en période estivale : réservez votre table en avance pour éviter toute déconvenue.

A l'intérieur des bars Pritličje et Daktari à Ljubljana

Au niveau des bars et cafés, nous pouvons vous recommander l’ambiance de Pritličje et le décor rétro et tamisé de Daktari, qui proposent tous deux de nombreux événements culturels. Avec un peu plus de temps, nous aurions bien aimé pousser la porte de Prulček, Žmauc ou Lajbah.

Vue sur différents bars et restaurants de la ville
Vue sur les élégantes façades de la ville moderne de Ljubljana

Notre avis sur Ljubljana : Nous ne nous attendions pas à apprécier autant la petite capitale slovène, calme, charmante et finalement étonnante dans sa façon de combiner l’apparence baroque typique des villes d’Europe centrale, et un caractère somme toute très méditerranéen (pour la dolce vita plus que pour le côté exubérant). Bref, Ljubljana a été une vraie bonne surprise !

| Derniers conseils pour visiter Ljubljana

  • Parcourir Ljubljana : La ville est si compacte, si petite, qu’elle se visite aisément à pied, en deux jours, voire en une seule journée pour les plus pressés (sans passer la porte d’aucun musée).
  • Loger à Ljubljana : Notre seul critère était de trouver un logement avec parking. Nous avons atterri par hasard à l’ouest de la ville, et si c’était à refaire, nous referions tout pareil. Être un peu excentré nous a permis de découvrir une autre facette de Ljubljana, plus populaire, tout en ayant la sensation de nous trouver dans un village. Si vous manquez de temps pour explorer la Slovénie, ou ne partez pas sur de l’itinérance, la capitale slovène peut tout à fait servir de base pour rayonner dans le pays. Comptez 45 minutes de voiture pour rejoindre Bled, 1 heure 30 pour Piran, 1 heure 40 pour Goriška Brda tout à l’ouest, ou pour Ptuj au nord-est.
  • Visiter Ljubljana de façon alternative : Pour une approche un peu décalée de Ljubljana, regardez du côté des tours proposés par Alternative Ljubljana. Sinon, il existe aussi un plus classique « free tour », au pourboire. Rien n’empêche non plus de jeter un œil à la programmation culturelle (notamment aux représentations de la Stara mestna elektrarna), pour prendre le pouls de la capitale de façon encore différente.

Ljubljana – août 2022

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