Cap à l’est : de Velika Planina à Ptuj
L’heure est venue de boucler notre voyage slovène avec deux dernières haltes : un crochet par les Alpes kamniques, au nord de Ljubljana, pour randonner sur le (très touristique) plateau de Velika Planina, et une échappée dans l’est du pays (pas touristique, du tout).


Velika Planina : une randonnée courue
Après avoir rouspété contre le tourisme omniprésent et un poil oppressant qui ne nous a pas permis de succomber au charme des lacs de Bled et de Bohinj, nous voilà de nouveau sur le point de faire la fine bouche avec l’alpage de Velika Planina…


Avant de nous lancer dans l’écriture de ce dernier article, nous avons quand même cherché par curiosité quel était le ton général sur le web et les réseaux sociaux. Verdict : l’émerveillement semble quasi-unanime et nous ne comptons plus le nombre de fois où nous avons vu Velika Planina sacrée « plus belle destination slovène ».
Alors, qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez nous ?


« Velika Planina » correspond à une farandole d’alpages disséminés sur un grand plateau, façon carte postale : des troupeaux de vache paissent aux abords de villages cousus de huttes de bergers en bois aux toits argentés (des bardeaux d’épicéa) ; de rondelettes collines saupoudrées de sapins égayent le paysage et de hauts sommets rocheux se dessinent dans le lointain. Rajoutez quelques fleurs par-ci, par-là, une église mignonnette et des éleveurs locaux proposant des repas traditionnels sur des tables en plein air, et vous avez l’image. C’est diablement joli !


C’est aussi diablement fréquenté, un télécabine relâchant des grappes de touristes à deux pas de l’alpage le plus connu, appelé lui aussi « Velika Planina ». En nous retrouvant au milieu de tout ce monde, occupé à photographier cabanes (toutes reconstruites après la Seconde Guerre mondiale) et vaches imperturbables sous tous les angles*, nous avons d’un coup la drôle d’impression d’avoir atterri dans un parc d’attraction alpin.
*(et nous faisons pareil…)



Si nous nous sentons pris au dépourvu, au fond, c’est parce que le site qui se déploie sous nos yeux n’a rien du « lieu authentique » et « préservé du tourisme de masse » vanté à longueur de posts. Nous ne qualifierions pas non plus notre rando de « plus belle balade de Slovénie », ni de « meilleure balade de toutes les Alpes », même si nous la trouvons plaisante. En matière de « féérie montagnarde », la sortie effectuée quelques jours plus tôt au départ de Planina Blato nous a davantage ensorcelés.


Reste que nous ne déconseillons pas l’escapade sur le plateau de Velika Planina, loin de là. Gardez simplement en tête, si vous vous aventurez sur place en plein été (le moment de l’année le moins propice à la tranquillité), que l’endroit est très fréquenté et très touristique, quoi qu’en disent les articles à ce sujet.

Ce n’est qu’en toute fin d’après-midi, une fois le téléphérique endormi et les alpages désertés, que la pression retombe. Et lorsque nous atteignons le dernier village avant de redescendre en forêt, nous n’apercevons plus qu’une poignée de bergers l’œil rivé sur les troupeaux, et quelques anciens enfin à leur aise, bavardant sur le seuil des cabanes.


| Conseils pour visiter Velika Planina
- Rejoindre Velika Planina : Vous pouvez au choix utiliser télécabine et télésiège depuis Kamniška Bistrica (l’aller-retour vers le plateau de Velika Planina coûte 26 € en basse saison, et 29 € en haute saison), ou bien rejoindre le plateau à pied (ce que nous avons fait). Attention, la montée à pied ne se fait pas au départ du téléphérique mais à plus d’une demi-heure de route de là. Nous avons laissé notre voiture ici (un second parking se trouve un peu plus haut). Si vous enregistrez ce point et suivez attentivement le GPS, vous ne devriez avoir aucun mal à arriver à destination. Le coût du parking est de 12 €/journée.
- Itinéraires de randonnée : Plusieurs chemins mènent au plateau, en une quarantaine de minutes depuis le parking. Une fois le plateau atteint, à 1 500 mètres d’altitude, la balade ne présente pas de difficulté. Le paysage est légèrement vallonné (une chance pour les photographes, il suffit de grimper sur une butte pour avoir un joli point de vue) mais le sentier est relativement plat. Nous sommes montés par Mala Planina, puis avons effectué une boucle via le point de vue Bukovec et les villages Velika Planina et Planina Dovja raven, avant de redescendre par Gojška planina – le tout en nous appuyant sur Maps.me.
- Se restaurer sur le plateau : Vous trouverez facilement à vous restaurer à Velika Planina et Mala Planina, les deux villages principaux. Pour le coup, le tourisme est un atout : c’est l’occasion ou jamais de goûter à la cuisine slovène traditionnelle – jota (soupe épaisse), ajdovi žganci (bouillie de sarrasin garnie de morceaux de lard – nous n’avons pas repéré d’option végétarienne), kilso mleko (yaourt aigre)…

- Où loger pour visiter Velika Planina : Nous avons dormi deux nuits dans les collines au nord de Kamnik, au Turistična kmetija Pr’Dovar, une chouette ferme que nous recommandons pour son accueil sympathique et ses petits-déjeuners divins. Il est également possible de loger sur le plateau de Velika Planina. Une zone a été aménagée à cet effet, avec de nouvelles huttes reconstituées pour servir de logements touristiques.
- Comme le départ de la randonnée de Velika Planina ne se trouve qu’à une petite heure de route de Ljubljana (50 minutes si vous visez le téléphérique, 1 heure 15 si vous choisissez l’option marche), l’aller-retour est parfaitement envisageable à la journée depuis la capitale.
- Pour plus d’information concernant les horaires du télécabine ou l’ouverture des refuges, référez-vous au site officiel de Velika Planina. Et vérifiez bien la météo avant de monter car le plateau est souvent plongé dans le brouillard.
Celje et la chartreuse de Žiče
A partir de maintenant, promis, trêve de bougonnerie : nous ne nous plaignons plus de la foule. D’ailleurs c’est facile, nous ne croisons plus personne. L’est du pays n’intéresse pas grand monde et Ljubljana mise à part, les villes slovènes pâtissent d’une réputation d’agglomérations minuscules, peu captivantes et toutes semblables les unes aux autres.
En entamant notre journée de route Kamnik-Ptuj, avec la visite de deux villes au menu et aucune image en tête, nous avons soudain l’impression de faire un bond dans l’inconnu et de filer vers de mystérieuses contrées.

Sur ce parcours improvisé, nous nous arrêtons d’abord à Celje, dont l’argument principal est un château fort médiéval (Cesta na Grad), agrippé à un éperon rocheux. Construite au XIIIe siècle, la forteresse – la plus grande de Slovénie – fut longtemps laissée à l’abandon. L’intérieur n’est pas spectaculaire mais les bâtiments toujours debout gardent fière allure, et la vue sur Celje depuis la tour Frédéric est, elle, renversante.



Le centre historique de Celje n’est pas vilain non plus. Nous prenons même plaisir à nous y balader, zieutant au passage l’élégante architecture colorée et les façades dentelées qui constellent les rues.
Nous aurions pu passer une tête dans un des musées de la ville mais nous préférons suivre les locaux et nous attabler en terrasse : il ne nous a pas échappé qu’une visite slovène impliquait autant d’arrêts culturels que d’arrêts au café-bar-restaurant, et comme nous ne voulons pas passer pour des touristes malpolis, nous sommes bien obligés de nous plier à la coutume.



Celje peut être visitée de façon plus approfondie que nous ne l’avons fait : elle possède de riches musées (le Musée régional, le Palais des Princes), des vestiges romains qui ne demandent qu’à être admirés (au sein du bâtiment de l’Office du Tourisme), et des berges de rivière se prêtant à une promenade paisible à deux pas du centre-ville.


A une vingtaine de minutes de route de Celje, toujours en direction de Ptuj, nous décidons de faire un détour par l’ancien monastère de Žiče, le premier de l’ordre chartreux bâti en dehors du monde latin au XIIe siècle. Bonne pioche ! Dissimulée au milieu d’une forêt touffue, la chartreuse mérite une visite – audioguidée, car les vieux murs ne sont pas très bavards.
Quelques bâtiments ont été reconstitués, dont une herboristerie qui fait revivre potions et tisanes, mais pour l’essentiel, le site est resté inchangé depuis la dissolution du monastère au XVIIIe siècle.



Comme ses collègues chartreux, Žiče s’illustre aussi par ses breuvages, les Slovènes appréciant particulièrement les vins mousseux Zlati grič.
Et si l’estomac vous chatouille, un restaurant gastronomique est installé à l’entrée du monastère, au 2e étage de la plus ancienne auberge d’Europe centrale (Gastuž – XVe siècle).
La charmante ville de Ptuj
Pour terminer, nous réservons notre toute dernière étape à Ptuj, une merveilleuse petite cité antique aux toits de tuiles rouges posée en bord de rivière.



La visite ne prend que quelques heures et la liste des « choses à voir » se résume à un tout petit nombre de tirets : le château de Ptuj (pour sa vue depuis la terrasse ou pour son musée), le monastère dominicain, les rues Grajska et Prešernova, un panorama exceptionnel depuis la rive opposée de la Drave.


N’empêche que, même si nous devons donner raison à ceux qui proclament que les centres historiques slovènes sont riquiquis, nous trouvons ces vieilles villes médiévales pleines de charme avec leurs ruelles fleuries truffées d’édifices baroques. Et nous ne nous lassons pas de les arpenter.
Nous ne regrettons donc pas un seul instant d’avoir ajouté à ce voyage une brève incursion à l’est, et nous levons notre verre (de vin mousseux) à Ptuj, à Celje et à toutes les mal-aimées exclues des circuits touristiques ! Na zdravje !



| Conseils pratiques pour visiter Ptuj et l’est de la Slovénie
- Combien de temps prévoir : Même si nous avons réussi à combiner la visite de Celje-Žiče-Ptuj sur une seule journée, nous avons eu l’impression d’enchaîner les kilomètres et les visites. Si nous avions été moins pressés, nous aurions davantage exploré Celje, et nous aurions consacré le jour suivant à Ptuj et à ses environs.
- Où loger et où se restaurer à Ptuj : Nous avons dormi à l’hôtel Hiša Divino, un peu vieillot mais propre et central. Pour ce qui est du dîner, nous nous sommes régalés à la Gostilna Grabar, à la lisière de la ville, dans un quartier d’habitation. Dommage que les tarifs y aient été excessifs (6,50 € les 75 cl d’eau…). Pour un café ou une bière, regardez du côté du MuziKafe.
- Dans un tout autre registre, Ptuj est réputée pour son carnaval de Mardi gras inscrit à l’Unesco, le plus grand de Slovénie.
Est slovène – août 2022


