Erevan : la capitale au teint abricot
Après un mois passé en Géorgie en 2021 (les articles viendront un jour sur le blog…), nous revoici dans le Caucase pour trois semaines arméniennes, non plus sacs au dos mais porte-bébé sur les épaules, excités comme des fous à l’idée de découvrir un nouveau morceau de la région.
D’ailleurs à peine sommes-nous descendus de l’avion que le comité d’accueil nous reçoit en fanfare. Il est même magistral, dans la lumière dorée du couchant, les flancs blanchis et quelques nuages épars en guise de couvre-chef. Pas étonnant que les Arméniens n’aient d’yeux que pour eux. Enfin plutôt pour « lui », sire Ararat, au sommet double aussi imposant qu’omniprésent – il ne nous quittera pas de tout notre séjour à Erevan et dans ses environs. Le ton est donné !


Depuis 2017 et notre première rencontre avec une capitale post-soviétique, nous avons développé une affection particulière pour ces villes peu chouchoutées par le public. Nous ne classerions pas Erevan dans la catégorie des capitales les plus ravissantes que nous ayons croisées sur notre route – Tbilissi, par exemple, nous avait davantage bluffés – mais nous la rangerions à coup sûr du côté des villes tranquilles et attachantes. Erevan nous séduit par sa décontraction et son centre ramassé. Les monuments à y visiter ne sont pas très nombreux, et on ne tombe pas à la renverse en parcourant ses rues mais on s’y sent bien, et c’est déjà pas mal du tout.




Dans cet article nous allons vous orienter vers les lieux et les expériences qui nous ont emballés et qui, selon nous, donnent le tempo d’Erevan.
Quelques points clés pour se repérer
Commençons par parler urbanisme. A grands traits, le centre-ville d’Erevan s’apparente à un damier, ceinturé par un boulevard périphérique circulaire. La ville centre est tellement compacte que la traverser d’un bout à l’autre à pied (naviguer à l’intérieur du « cercle ») ne prend pas plus de 30 minutes.
Ajoutez à cela de larges trottoirs ombragés, avec d’astucieuses rampes qui rendent les déambulations faciles même avec une poussette – un détail qui a désormais son importance -, une constellation de places, quelques axes piétons et des bâtiments au pimpant teint rose poudré-blush orangé et vous comprendrez pourquoi se balader dans la capitale arménienne tient plutôt de la partie de plaisir.


| La place de l’Opéra
Pas tout à fait au milieu du cercle, la place de l’Opéra est le centre névralgique de la ville. Pas symboliquement, pas par sa fonction ou parce que les habitants aimeraient s’y rassembler plus qu’ailleurs, mais parce que tous les grands axes y mènent d’une façon ou d’une autre, et que nous n’arrêtons pas nous aussi d’y passer et d’y re-passer.
La place est flanquée d’un petit bassin, le « lac des cygnes », et jouxtée par deux parcs : le parc Martiros Saryan, qui aimante tous les peintres du dimanche, et le parc Komitas.

| La Cascade
Quelques pas plus au nord, deux passages piéton conduisent vers un des lieux les plus populaires d’Erevan : la Cascade. Cette « cascade » qui n’a de cascade que le nom, s’apparente peu ou prou à un monumental escalier de pierre dans lequel s’intercalent quatre paliers émaillés de fontaines, de bassins et d’étonnantes sculptures. L’intérieur du bâtiment abrite un centre d’art contemporain (le Centre d’art Cafesjian), dont les différents niveaux sont desservis par un escalator à l’abri des regards.


Que vous visitiez le Cafesjian ou non, prenez au moins la peine de grimper les quasi 600 marches extérieures : pour peu que vous soyez chanceux, vous serez gratifiés au sommet d’une vue imprenable sur l’emblématique mont Ararat, qui de toute sa hauteur domine la ligne d’horizon de la capitale arménienne – vu d’ici, un ensemble de tours disparates. C’est sur les flancs d’Ararat que l’arche de Noé aurait terminé sa course et, dans l’imaginaire collectif arménien, rien n’a autant de portée que cette gigantesque montagne campée désormais en territoire turc, juste de l’autre côté de la frontière.


Au pied de la Cascade, une flopée de statues hétéroclites (le « jardin de statues ») parsème les allées et les parterres fleuris dans une partition sans queue ni tête. Un drôle d’oiseau bleu côtoie une théière en fer forgé, un trio potelé laissé par Botero (un chat ventru, un guerrier romain nu et une fumeuse tout aussi dévêtue) exhibe ses formes au regard des passants et le tout fait s’esclaffer un homme hilare, signé Yue Minjun.

| Northern Avenue / l’avenue Nord
Un coup d’œil jeté à la statue beaucoup plus sage d’Alexandre Tamanian, le « Haussman » d’Erevan, et nous faisons demi-tour en contournant la place de France (l’idylle franco-arménienne est bien réelle) et en coupant à nouveau par la place de l’Opéra. Nous voici maintenant engagés sur l’avenue Nord, la vitrine contemporaine de la ville. La grande diagonale tirée à quatre épingles, fréquentée de jour comme de nuit, est le repère des jeunes, des amateurs de shopping plutôt chic et de tous ceux qui apprécient les déambulations rythmées par toutes sortes de chanteurs de rue et d’enceintes à plein volume.

| La place de la République
En 10 petites minutes de marche nous atteignons la place de la République (la place Lénine jusqu’en 1991), qui adopte elle-aussi un nuancier fruité, oscillant entre l’abricot et la pêche. C’est ici, sous les fenêtres et les arcades gouvernementales, que se tiennent tous les grands rassemblements, légers, festifs, politiques et militants.



Minérale et écrasée par le soleil en pleine journée, l’immense place un brin rigide change de visage à la nuit tombée. Les bassins s’agitent, les fontaines se mettent à danser en musique, les couleurs fusent et la foule se rassemble pour profiter du spectacle, papoter sur les bancs et les marches du Musée d’Histoire et se laisser entraîner par l’ambiance vitaminée.

Attention : les fameuses fontaines musicales ne fonctionnent qu’aux beaux jours, à compter du mois de mai.
D’une époque à l’autre
Outre son urbanisme aéré, sa mine joyeuse et son rythme nonchalant, Erevan est une ville absolument pas uniforme. Les bâtiments massifs du XXe siècle donnent le ton et tiennent le haut du pavé, mais la capitale arménienne a plus d’un visage et nous nous prenons vite au jeu, sautillant d’une ambiance, d’un monde, d’une histoire à l’autre.


| Le vieux quartier de Kond
Les traces du vieil Erevan se comptent pratiquement sur les doigts d’une main. Les rues qui bordent la place de la République ont conservé quelques jolis édifices en tuf noir du XIXe siècle mais ailleurs, nous peinons à déceler un vrai centre ancien.
A force de scruter la ville sous toutes les coutures, on finit quand même par débusquer une petite enclave perchée sur une colline, bizarrement épargnée par les grands plans d’aménagement urbain et restée à peu près intacte. Ce quartier à part c’est celui de Kond, un assemblage de vieilles bicoques de guingois, rafistolées à grand coups de tôle, de planches, d’escaliers tordus et d’étages empilés sans logique apparente.

Les promoteurs immobiliers ne sont jamais loin, de grands complexes grignotent du terrain mais Kond semble tenir bon et conserve sa physionomie médiévale, tout emberlificotée autour d’un écheveau de ruelles sinueuses. Le coin n’est pas particulièrement beau, les vestiges historiques sont durs à identifier, et l’histoire même des lieux n’est pas facile à déchiffrer sans guide, mais l’atmosphère du quartier tranche avec le reste de la ville.
Ces dernières années, les habitants se sont lancés dans une opération d’art urbain originale (#kondgallery), disséminant des peintures murales et des touches de couleurs un peu partout.


En parallèle, des familles ont aussi décidé d’ouvrir les portes de leurs maisons ou de leurs jardins aux promeneurs, s’improvisant café ou restaurant sans chichis. C’est le cas du Kondi Hayat notamment, où nous atterrissons un peu par hasard. Immersion garantie !
Le quartier est accessible par plusieurs volées de marches depuis les rues Saryan, Paronyan ou Leo.
| Églises et mosquées
Contrairement au reste du pays, qui foisonne de vieilles églises (l’Arménie est le premier pays à avoir adopté le christianisme comme religion d’État, en 301), Erevan compte peu d’édifices religieux anciens. Les églises sont pour la plupart cachées dans les méandres de blocs d’habitations passe-partout, noyées au milieu de bâtiments moderne ou le long d’artères passantes – quand elles ont tenu bon face aux assauts soviétiques.
La plus connue d’entre elles, la minuscule église Katoghike, date du XIIIe siècle. Plus que l’édifice, si petit que le tour est bouclé en deux micro minutes, c’est surtout la juxtaposition entre la vieille église Katoghike, la toute nouvelle et beaucoup plus grande église Sourp Anna, construite en 2011, et l’imposante barre d’habitation en toile de fond qui attire notre œil. Nous n’en avons pas gardé de trace en photo mais ce mélange des genres est le meilleur condensé qui soit d’Erevan.

Un peu plus au nord, nous passons aussi une tête du côté de Surb Zoravor, mais une tête seulement car l’endroit est plein à craquer lorsque nous y mettons les pieds le matin de Pâques.

Les églises d’Erevan nous auront finalement plus marqués par leur animation que par leur architecture. Si vous manquez de temps, passez votre chemin : vous aurez tout le loisir d’en prendre plein les yeux en sillonnant le pays un peu plus tard.
En revanche, passez absolument le seuil de la mosquée bleue, la seule mosquée encore en activité en Arménie. Le bâtiment original, construit au XVIIIe et fermé au culte à l’époque soviétique, a été rénové de fond en comble à la fin des années 1990 avec le soutien de l’Iran.

Toute de faïence vêtue, inspirée des édifices religieux perses, la mosquée détonne dans l’environnement urbain voisin et rappelle que le territoire arménien n’a jamais cessé de faire le yoyo entre les différents empires régionaux (Empire Perse, califat omeyyade, Empire ottoman pour l’Arménie occidentale et Empire russe pour l’est) tout au long de son histoire.
En retrait de la rue, et dissimulé au milieu des immeubles, le complexe abrite un joli jardin ombragé.
| Vestiges socialistes
Si les bâtiments perses, turcs ou russes se sont plus ou moins évaporés, Erevan a par contre conservé une multitude de traces de ses quasi 70 années passées dans le giron soviétique (1920/1991). Jigouli et Niva sont toujours fidèles au poste, les expérimentations brutalistes fourmillent à chaque coin de rue et cette drôle de patine socialiste qui colle à la peau d’Erevan donne souvent le sentiment que le temps s’est arrêté à la chute de l’URSS.


Lors de nos premières virées en terres post-soviétiques il y a quelques années, l’architecture costaude et anguleuse déclinée à toutes les sauces nous apparaissait excessivement déprimante. Et voilà qu’à force de naviguer dans l’ancien bloc de l’est nous avons fini par nous attacher à cet urbanisme moderniste pas glamour et à faire de la trouvaille de bas-reliefs, statues, fresques et bâtiments rouges un de nos jeux préférés – une chasse aux trésors alternative !



A Erevan, notre exploration se limite au centre-ville mais la capitale ne manque pas de « pépites » socialistes et pour plus d’infos, on vous renvoie vers ce guide de l’architecture soviétique à Erevan.

| L’Erevan moderne : destination street art
L’Erevan de la fin de XXe siècle et début XXIe n’est pas forcément plus majestueuse avec ses grands bâtiments impersonnels et ses tours à foison. D’ailleurs plus que les contours lisses et les boutiques clinquantes des alentours de l’avenue Nord, l’Erevan contemporaine la plus attachante est surtout celle qui fait chanter ses murs et les barbouille de couleurs.

Elle y va fort en plus : des dizaines de pans d’immeubles, de passages voûtés et de façades à l’abandon sont recouvertes de peintures, de tableaux poétiques, de dessins d’enfants, de portraits de soldats morts au front et d’immenses graffs aux couleurs éclatantes. Sans être tout à fait une galerie à ciel ouvert comme le sont Tbilissi ou Tirana, Erevan louche de plus en plus du côté du street art pour se propulser dans une autre dimension, plus pétillante et moins austère.

Pour l’heure, les façades d’immeubles entièrement peintes sont peu nombreuses mais le lancement du « City of the Future Street Art Festival » devrait changer la donne. Nous sommes prêts à parier que les graffs monumentaux se multiplieront dans les années à venir et que dans leur sillage, Erevan changera peu à peu de visage.
Exploration gastronomique
| Food Tour et restaurants
Si on rembobine au début, notre toute première approche de la ville se fait via un walking tour. Ou plus exactement, un « Gastrotrip » – un food tour… Nous joignons ainsi l’utile à l’agréable. Non seulement nous ingurgitons une montagne d’informations concernant le contexte géopolitique actuel, l’histoire de la ville et celle des Arméniens, mais nous remplissons notre estomac en proportion similaire, avalant tout rond ce que la cuisine arménienne fait de mieux :dolma (feuilles de vigne ou de choux farcies), lahmajoun (simili pizza, à réserver plutôt aux amateurs de viande), lavach (emblématique pain plat et sans levain, inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’humanité Unesco en 2014) garni d’herbes fraîches et de fromages en guise d’apéritif, khorovats (barbecue), qyoufta (boulettes de viande), jingyalov hats (crêpes aux herbes totalement addictives), ponchik (beignets)…
Nous achevons le tour – de 4 heures ! – en roulant et le bouton du pantalon détaché.

| Le Gastrotrip de 2492
Le « Gastrotrip » est proposé par 2492 Travel, une plate-forme de voyage durable liée à One Armenia, la principale ONG dédiée au développement de l’écotourisme dans le pays. La visite gastronomique d’Erevan est plutôt dans la fourchette haute au niveau des prix – nous n’étions que deux adultes et n’avons pas pu diminuer les coûts – mais nous nous sommes régalés. La qualité est au rendez-vous et nous avons surtout adoré découvrir la cuisine traditionnelle hors des restaurants touristiques, à la manière des locaux. D’un point de vue pratico-pratique, nous avons réalisé six arrêts-repas et sillonné le quartier de l’Opéra/Cascade en long en large et en travers, le tout en français. Nous vous recommandons chaudement l’expérience pour débuter un voyage.
Côté restaurants, si on met de côté les prouesses gastronomiques de la maison-musée de Lusik Aguletsi (nous vous en reparlons plus bas), nous n’avons pas eu de vrai coup de cœur et n’avons pas dégoté de petite table confidentielle qui aurait ensorcelé nos papilles. Sur la demi-douzaine de restaurants testés, touristiques ou pas du tout, deux nous ont paru plus savoureux que les autres : Ararat Tavern, pas intimiste pour un sou mais disposant d’une carte bien garnie et de plats alléchants, et Tumanyan’s Art, spécialisé dans la cuisine de l’Artsakh (Haut-Karabagh), à qui nous décernons une mention spéciale pour ses délicieux jingyalov hats.

| Les marchés d’Erevan
Nous n’en parcourons finalement qu’un, le plus connu de tous – le GUM Market – mais nous ne sommes pas déçus de notre choix. Le lieu nous plaît d’emblée avec ses montagnes de fruits secs, d’épices, d’herbes séchées et de bocaux de légumes marinés.




Et puis nous n’avons pas fait un pas sous la halle que nous sommes déjà interpelés de toute part, invités à croquer dans un abricot sucré ou un morceau de lavash tout chaud. N’allez pas imaginer que les vendeurs sont tous d’habiles commerçants – et nous d’affreux gourmands : si tout le monde nous fait de grands coucous c’est moins pour nous refourguer des sacs remplis de fruits confits que pour avoir droit à une séance de cajolerie-chatouillis-gazouillis. Deux virages dans le marché et voilà Romane ensevelie sous les bonbons et les gouzi-gouzi par-ci, dorlotée dans les bras d’un pépé la seconde d’après.

Encore une preuve de l’accueil caucasien inimitable, devenant presque stratosphérique un enfant dans les bras (nous ne l’aurions pas cru !).

Arts, culture et espaces hybrides
| L’Erevan alternative : « tiers-lieux », cafés et galeries
Les lieux les plus inventifs et alternatifs d’Erevan, nous les trouvons nichés dans de vieux bâtiments ou la cour intérieure de complexes d’habitation traditionnels. L’ambiance y est souvent épatante et nous adorons aussi ce qui nous apparaît comme une tentative de préserver l’histoire et le bâti de la ville, tout en expérimentant, bidouillant et imaginant d’autres récits.
Erevan regorge de ces endroits hybrides un peu planqués, à la fois bars et cafés, boutiques, friperies, galeries, populaires et pas excessivement « hypes ».


On déniche en quelques jours une poignée d’adresses géniales, qui nous servent de refuges pour reposer nos jambes fourbues, échapper à la chaleur et ralentir le rythme en fin de journée. Nous vous recommandons sans hésitation les époustouflantes boiseries et plafonds peints du Lumen Coffee 1936, la terrasse vibrante de l’Art Kvartal, l’énergie créative de l’A1 Art Space et le décor rétro de la Mirzoyan Library (fermée jusqu’à nouvel ordre à l’heure où nous écrivons ces lignes).

Plus loin du centre-ville, accessible en taxi ou en 15 minutes de marche depuis la station de métro Sasuntsi David, la maison-musée de Lusik Aguletsi nous enchante tout autant. Peintre et ethnographe haute en couleurs, Lusik Aguletsi s’était mise en devoir de préserver la culture arménienne et ses habits traditionnels, qu’elle revêtait au quotidien.

L’ancienne maison familiale abrite aujourd’hui un petit musée consacré aux recherches de l’artiste et à sa collection d’habits et d’antiquités, ainsi qu’un café-restaurant que nous élisons meilleur restaurant de la capitale (et plus beau jardin croisé) !

Un dernier mot au sujet de la vie nocturne et des bars de la capitale : nous avons trouvé les rues animées jusque tard dans la soirée et les terrasses qui parsèment Erevan, sous le couvert des arbres, y sont clairement pour quelque chose.
| Des musées en veux-tu en voilà
Sur ce volet aussi Erevan nous impressionne, déroulant toute une farandole de lieux culturels, du classique musée d’histoire aux plus confidentielles « maisons-musées ». Manque de chance pour nous, nos deux passages par la capitale coïncident avec deux jours fériés (et un lundi) : tout est fermé et nous devons tirer une croix sur la visite des musée Martiros Saryan et Sergei Parajanov, et surtout sur celle du musée et mémorial du Génocide de 1915 (Tsitsernakaberd). Dommage !
Nous ne parvenons finalement à glisser que deux visites le jour de notre arrivée, tout à fait par hasard – nous ne pensions pas trouvé porte close les jours suivants.


Nous poussons d’abord la porte du Matenadaran, le musée des manuscrits anciens, et comme tout le monde nous nous laissons happer par la beauté des enluminures et la finesse des miniatures – alors que soyons honnêtes, le sujet ne nous envoûtait pas follement d’entrée de jeu.
C’est entre les murs du Matenadaran qu’est entreposée la plus grande collection de manuscrits arméniens au monde, avec pas moins de 23 000 artefacts et près d’un demi-million de documents d’archives.

Le second musée dont nous croisons la route est le musée d’Art Moderne, une enfilade de quatre-cinq pièces mettant en avant la création contemporaine arménienne des années 1970 à aujourd’hui. Le tour est sympathique, la collection variée mais nous ne ressortons pas bouleversés par notre visite. D’ailleurs en matière d’art moderne, nous aurions surtout aimé découvrir les toiles de Martiros Saryan…
Si vous visitez le pays en avril/mai : planifiez vraiment vos visites mieux que nous ne l’avons fait !
| Ramener un petit bout d’Arménie chez soi : Vernissage et musée du tapis Megerian
Nous vous livrons une dernière facette d’Erevan pour la route – et nous laissons ensuite respirer. Avec son nom français très clinquant, le plus grand marché extérieur de la capitale fait beaucoup parler de lui. Nous nous attendions à tomber sur un marché aux puces dans son jus mais le Vernissage est surtout un vaste marché de souvenirs, articulé autour de trois ou quatre grandes allées et un défilé de stands qui empilent babioles des années soviétiques, broderies, bijoux, céramiques, couteaux, jeux d’échecs et peintures.

Rien ne nous tape vraiment dans l’œil et le détour vaut surtout pour l’ambiance. Les photos qui étaient passées devant nos rétines avant de nous rendre sur place étaient celles des étalages de tapis formant une vaste tapisserie colorée. Nous avons eu l’impression qu’il y avait ces jours-ci deux écoles : les vendeurs plaçant en évidence des panonceaux interdisant toute photo, et ceux en ayant fait leur business, aménageant des espaces de mise en scène pour les réseaux sociaux.

Pour de vrais beaux tapis, avec plus de garanties d’authenticité et de qualité, c’est par le musée du tapis Megerian, hors du centre ville, qu’il faut faire un crochet. Le lieu combine une partie musée, des ateliers de tissage, un restaurant (!) et un impressionnant showroom/espace de vente rempli à ras bord de tapis anciens collectés aux quatre coins du pays, et de tapis nouveaux tissés sur place à la main. Les prix varient d’une petite centaine d’euros pour un tout petit tapis en laine, à plusieurs milliers d’euros pour les tapis les plus somptueux. Si vous n’avez pas le temps de quitter le centre, un atelier-boutique se trouve également au rez-de-chaussée de l’hôtel Tufenkian, tout à côté du Vernissage. Heureusement que nos valises ne nous permettaient pas de ramener plus de deux petits tapis soigneusement pliés, nous serions bien revenus avec un container entier.
Le musée du tapis Megerian est accessible en un coup de taxi tous les jours sauf le dimanche, de 10 h à 17 h 30. Une fois sur place, n’ayez pas peur de pousser la porte « anonyme » située à côté du grand portail : malgré l’absence d’indication, vous êtes au bon endroit.
| Derniers conseils pour visiter Erevan
- Combien de temps consacrer à la capitale arménienne : La ville est assez compacte et vous en aurez un bon aperçu en une seule journée, mais nous vous conseillons d’y passer au moins deux jours pour pouvoir inclure la visite de musées. Si vous aimez prendre votre temps, une 3e journée ne sera pas de trop.
- Se déplacer : Erevan se parcourt sans difficulté à pied. Pour rejoindre les sites les plus éloignés, Yandex est le plus pratique (l’équivalent d’Uber), ou un coup de métro selon la localisation (il n’existe qu’une ligne). Pour rejoindre le centre dpuis l’aéroport, le meilleur conseil que l’on puisse vous donner et d’activer une e-sim – ou de récupérer une carte sim chez Vivacell ou Beeline – et de réserver votre course via Yandex. Le trajet jusqu’au centre ville devrait ainsi vous revenir entre 2 000 et 2 500 AMD. En revanche, attendez-vous à payer beaucoup plus cher en récupérant un taxi à l’arrivée sans application.
- Loger à Erevan : Nous avons commencé par passer quelques nuits dans un appartement Airbnb perché au sommet d’une tour moderne construite à la va-vite. Cela étant dit, notre logeuse était aux petits soins, le logement bien situé (un peu à l’écart du centre) et l’apéro face au mont Ararat valait son pesant de cacahuètes grillées (ou d’abricots secs). Dans un autre registre, nous rêvions de passer une nuit dans une maison traditionnelle du XIXe siècle, et la Villa Delenda nous semblait tout indiquée pour cela. La chambre était jolie mais le lieu au final tellement bruyant que nous avons très mal dormi. Gardez donc votre argent pour autre chose.
- La petite info en plus : Si l’envie vous prend de vous désaltérer au cours de vos promenades à travers la ville, Erevan est truffée de « pulpulaks », de drôles de fontaines publiques. Un petit coup pour déclencher le jet et voilà votre soif étanchée (mais surtout n’y collez pas vos lèvres).
Notre avis sur Erevan : Erevan n’est ni particulièrement belle, ni dotée de monuments « incontournables », mais nous nous y sommes sentis bien et y avons passé trois jours sans nous ennuyer le moins du monde. Allez-y pour entrapercevoir une facette de l’Arménie moderne, inventive et décontractée.
Erevan – avril/mai 2025
