Arménie

Explorer les alentours d’Erevan

Le nord de l’Arménie n’est pas bien grand et une bonne partie des endroits les plus touristiques est accessible en moins de 1 heure 30 de voiture depuis Erevan. Même sans pousser aussi loin, les environs de la capitale regorge de monastères et de sites historiques facilement visitables en une demi-journée ou une journée aller-retour au départ de la capitale.

Le monastère d'Hovhannavank en Arménie
Le monastère de Khor Virap cerné par les vignes et les pentes du Mont Ararat en Arménie

Nous en profitons en début de voyage, délaissant la ville pour quelques heures histoire de prendre la température de « l’arrière-pays » avant d’entamer notre périple de trois semaines sur les routes arméniennes.

Rayonner depuis Erevan est pratique, et beaucoup de touristes utilisent d’ailleurs la capitale comme camp de base, mais nous trouvons deux bémols à cette exploration en étoile. Primo, elle ne permet pas de s’immerger complètement dans l’ambiance des régions voisines. Secundo, elle oblige à subir le trafic routier de la capitale, qui met nos nerfs à rude épreuve. Pour vous donner une idée, nous roulons depuis une journée à peine avec notre voiture de location quand on assiste à un valdingage de voiture cauchemardesque. Le bruit de la tôle froissée nous filera la chair de poule pendant plusieurs semaines.

Autant dire que le choix est vite fait : nous prenons la poudre d’escampette et nous écartons fissa d’Erevan.

Détails intérieurs du monastère d'Hovhannavank dans les alentours d'Erevan

Quelle que soit l’option retenue, les possibilités de visite ne manquent pas et nous vous livrons illico nos plus belles trouvailles à proximité de la capitale, à découvrir depuis Erevan ou à intégrer en chemin.

Garni et le monastère de Gherart

| Garni

C’est par Garni que nous choisissons de commencer notre exploration, en quittant Erevan de bon matin pour tenter de doubler bus et groupes de touristes. Peine perdue : à notre arrivée le parking est déjà bien… garni… et le soleil éblouissant !

Le temple de Garni dans les alentours d'Erevan
Différentes vues du temple de Garni en Arménie

C’est d’abord le temple hellénistique (Ier siècle après J.-C.) qui nous fait les yeux doux, tout beau, tout propre et fièrement campé sur une cohorte de solides piliers. Sa mise en pli impeccable, l’édifice la doit aux restaurateurs du XX siècle qui ont patiemment réempilé toutes les pierres éparpillées – un séisme avait balayé le site au XVIIe siècle.

Différentes vues du temple de Garni en Arménie

Le temple ne manque pas d’allure mais si vous voulez notre avis, la région de Garni a bien d’autres atouts à faire valoir que sa colonnade à quatre épingles. Le cadre, pour commencer, nous en met plein la vue. Construit en bord de falaise, le site offre une vue imprenable sur les gorges de l’Azat en contrebas.

Vue les gorges de l'Azat dans les alentours d'Erevan

Ces dernières abritent d’ailleurs une vraie curiosité géologique – c’est le deuxième point fort de Garni : d’immenses orgues basaltiques tapissent le défilé rocheux. Cette incroyable « Symphonie des pierres » (c’est son nom) se rejoint en un petit coup de voiture ou une poignée de kilomètres de marche depuis le temple de Garni (en suivant maps.me ou cet itinéraire de rando donné par Hike Armenia).

La Symphonie des pierres à Garni en Arménie
Les orgues basaltiques de Garni en Arménie

Enfin moins grandiose mais pas moins plaisant, nous apprécions notre découverte – fortuite – du petit village de Garni, que nous arpentons à la recherche d’une table d’hôte à l’écart des restaurants touristiques. Nos pas nous mènent jusqu’à un homestay, Aghbyuri Achq, pas donné mais qui ravit nos papilles.

Vue sur le village de Garni au milieu des cerisiers en fleurs

| Le monastère de Gherart

Reprenant la voiture, nous nous enfonçons un peu plus encore dans la belle vallée de l’Azat, classée au patrimoine mondial de l’Unesco au même titre que le monastère de Gherart (ou Geghard), vers lequel nous mettons cap.

Détails du temple de Gherart dans les environs d'Erevan

Gherart est le tout premier monastère arménien que nous saluons et la claque est sérieuse. Bim, tout nous impressionne : le site niché au pied de hautes falaises, la lumière tremblotante des bougies, les murs noirs des chapelles, les bas-reliefs et les khachkars* dentelés, recouvrant les parois des cellules monastiques creusées dans la pierre, et même l’âge avancé des lieux -Gherart aurait été construit au fur et à mesure entre le IVe et le XIIIe siècles.

Le temple de Gherart dans les environs d'Erevan
Khachkars sculptés dans la pierre et vue sur le monastère de Gherart

En prolongeant la balade à l’arrière du monastère, nous tombons sur un petit pont, puis sur un chemin slalomant entre un lieu de recueillement dissimulé dans une grotte et un gros rocher, au sommet duquel nous dégotons une vue plongeante sur le complexe agrippé à la falaise.

Le tableau est bigrement poétique : l’orage tonne dans le lointain et les bourrasques de vent font tourbillonner les pétales des cerisiers éparpillés à la manière d’une pluie de confettis.

Ferveur religieuse au monastère de Gherart

| Conseils pour visiter Garni et Gherart

  • Se déplacer : La visite de Garni et Gherart se combine très bien sur une petite journée depuis Erevan, les deux sites étant situés à proximité l’un de l’autre (une quinzaine de minutes de route). Sans voiture, la meilleure option sera d’emprunter une marshrutka (transport collectif) depuis la Gai Bus Station à Erevan, puis de faire du stop ou de récupérer un taxi pour rejoindre Gherart (idem pour retourner ensuite sur Erevan, à une grosse heure de route de Gherart). Si vous êtes véhiculés, marquez l’arrêt au point de vue de « Charent’s Arch » en chemin : la vue sur le mont Ararat y est majestueuse.
  • A déguster : Nous n’avions pas encore l’info, en tant que néo-visiteurs et néo-gourmets, mais on trouve fréquemment sur les chemins menant aux monastères arméniens de petites échoppes spécialisées dans la confection de gata, des galettes sucrées traditionnelles. Nous avons découvert après coup que les gata de Gherart étaient réputées particulièrement délicieuses… Goûtez-les pour nous !
  • Tarifs : Le monastère de Gherart se visite gratuitement, comme tous les lieux de culte du pays. L’accès au temple de Garni est lui payant (1 500 AMD), ainsi que celui à la « Symphony of Stones » (300 AMD).

Moughni, Hovhannavank et la Noosh Guesthouse

| L’église Sourp Gevorg de Moughni

Le lendemain, en route vers Gyumri, nous faisons une première halte dans le petit village de Moughni pour jeter un œil à la mignonnette église Sourp Gevorg (XVIIe siècle). Ou plutôt… Nous faisons halte à Moughni parce que l’info nous est parvenue que la boulangerie attenante préparerait de divins gatas.

Dans l'enceinte de l'église Sourp Gevorg à Moughni, dans les environs d'Erevan

Nous confirmons. Les gatas tout chaud et sucrés qui s’empilent derrière le comptoir sont un pur délice.

| Le monastère d’Hovhannavank

Rassasiés, nous déboulons quelques minutes plus tard au pied d’un monastère qui nous en met, lui, plein la vue : le monastère d’Hovhannavank (XIIIe). Nous faisons au passage notre second constat du jour – après la découverte des échoppes de gatas nichées en sortie de monastère : les monastères arméniens ont le chic pour s’amarrer dans les endroits les plus époustouflants qui soient. Hovhannavank ne fait pas exception et nous le trouvons même fabuleux, posé en surplomb des gorges de la Kasagh, presque en équilibre au bord du précipice.

Le monastère d’Hovhannavank dans les environs d'Erevan
Le monastère d’Hovhannavank dans les environs d'Erevan

L’intérieur ne démérite pas non plus et mérite lui aussi des applaudissement nourris pour ses khachkars délicats et son beau décor sculpté que nous prenons plaisir à scruter dans les moindres détails.

Nous aurions bien poursuivi notre route vers le monastère voisin de Saghmosavank, accessible via une randonnée de 7,5 km visiblement très chouette, mais l’heure tourne et nous sommes attendus pour le déjeuner dans la petite bourgade d’Ashnak, plein ouest, au beau milieu d’un paysage de steppe pelé.

Détails du monastère d’Hovhannavank dans les environs d'Erevan
Détails du monastère d’Hovhannavank dans les environs d'Erevan

| La Noosh Guesthouse (Ashnak) : une dernière étape gastronomique

Nous nous fions aux grands gestes d’une voisine qui, après nous ayant repérés du haut de son balcon, nous fait pénétrer dans un jardin fleuri. Nos hôtesses du midi nous attendent sur le pas de la porte.

Nos hôtesses du jour à la Noosh Guesthouse en Arménie

Le « restaurant » de la Noosh Guest House a ouvert ses portes en 2019 avec un credo : faire la part belle aux produits bio et locaux. Un coup d’œil jeté au jardin nous convainc sur l’ultra-proximité. Le verger est un feu d’artifice d’amandiers, pêchers, noisetiers, pommiers, poiriers, pruniers, grenadiers, citronniers, châtaigniers, pour ce que nous avons pu identifier.

Le tout est tellement planqué, à l’écart des regards et des chemins que, sans un article du magazine Forbes consacré aux initiatives d’éco-tourisme et aux tables émergentes en Arménie, nous n’aurions jamais marqué l’arrêt dans ce coin paumé du pays.

Dans le verger de la Noosh Guesthouse en Arménie : sous les fleurs de cerisiers

Réfugiés sous les cerisiers, nous nous laissons porter par nos formidables cuisinières. Tous nos sens sont en fête et le contenu de nos assiettes se révèle aussi savoureux qu’alléchant : dolma, salades, farandole d’herbes fraîches, bouillon dekasha, lavash et montagne de gâteaux maison se relaient sur la table au point que nous ne savons plus où donner de la fourchette. Redoutable.

Repas copieux à la Noosh Guesthouse en Arménie

Dommage que nous n’ayons pas croisé Ani et Gayane, les deux femmes à l’origine du projet ; nous aurions adoré leur poser quelques questions. Une chose est sûre, si jamais vos pas vous mènent dans ce coin d’Arménie, ne filez pas vers Gyumri sans tester une de ces épatantes adresses gastronomiques qui jalonnent la route.

| Conseils pour visiter l’ouest d’Erevan

Nous avons choisi de saupoudrer notre trajet entre Erevan et Gyumri d’arrêts variés, mais dans les faits, rien n’empêche de visiter ces lieux à la journée, depuis l’une ou l’autre des deux villes.

L’ouest d’Erevan ne manque pas d’intérêt et les possibilités d’étapes paraissent illimitées : sites historiques et religieux (ancienne cathédrale de Zvarnots, Etchmiadzin, forteresse d’Amberd et église Vahramashen…), vestiges brutalistes et possibilités d’urbex (à Metsamor ou Achtarak, télescope d’Orgov), arrêts gastronomiques, sans compter les destinations évoquées ci-dessus et les possibilités de randonnée offertes par les pentes du mont Aragats… Il y aurait de quoi occuper plusieurs journées et faire un choix n’a pas été évident !

  • Se déplacer : Le fait d’être motorisé est un vrai plus pour sillonner la région, mal desservie en transports en commun, et nous n’avons pas regretté d’avoir opté pour une voiture de location. Sans véhicule, la solution la plus « simple » sera de passer par un tour organisé, à moins de disposer d’un portefeuille assez fourni pour s’offrir les services d’un taxi à la journée. Depuis Erevan, les tours classiques combinent la visite des monastères de Saghmosavank et Hovhannavank, et celle de la forteresse d’Amberd.


| Focus sur la Noosh Guesthouse

La Noosh Guest House, la maison familiale de Ani Hovhannisyan, a été retapée de fond en comble pour accueillir les visiteurs de passage et leur faire découvrir la culture arménienne. Si l’expérience vous tente (repas traditionnel, cours de cuisine, événements culturels…), veillez à bien réserver en amont (contacts ici) : la guesthouse n’est pas située dans une zone touristique, les visiteurs y sont peu nombreux et le lieu tourne, de fait, au ralenti. En débarquant à l’improviste, vous risqueriez de trouver porte close.

En dehors du restaurant, la guesthouse compte aussi quelques chambres, qui plairont avant tout aux digital nomades et aux voyageurs rêvant de se poser quelques jours dans un jardin pour ne rien faire du tout (il n’y a littéralement rien à faire dans les environs immédiats).

Le monastère de Khor Virap

Le tout dernier site que nous vous recommandons dans les environs d’Erevan est le monastère de Khor Virap, que nous découvrons à la toute fin de notre voyage, en rebroussant chemin depuis la région de Vayots Dzor.

Impossible de passer à côté de la photo du monastère cerné de vignes et « adossé » au pied du mont Ararat (5 137 mètres) : c’est la vue la plus emblématique du pays ! A raison : le jeu de couleurs entre le blanc des pentes parsemées de neige, le rouge des pierres du monastère et le vert éclatant des vignes et des vergers au premier plan a un côté magnétique.

Vue sur le monastère de Khor Virap dans les alentours d'Erevan
Le monastère de Khor Virap et le petit Ararat en Arménie

Tellement magnétique que, tout bien réfléchi, le cadre nous paraît plus impressionnant que le monastère en lui-même, plutôt pâlot. Pour être encore plus sévères, et peut-être parce qu’Ararat jouait ce jour-là les troubles fêtes, nous ne trouvons pas la virée par Khor Virap incontournable – en dehors de l’envie de « voir », et de « faire » cette fameuse photo.

A l'intérieur du monastère de Khor Virap en Arménie
Vue sur le monastère de Khor Virap dans les environs d'Erevan

Malgré nos rouspétailles, le son de cloche n’est pas le même pour les Arméniens qui placent Khor Virap sur le podium des monastères les plus importants du pays.

Nous apprenons par exemple que c’est ici que fut emprisonné Saint Grégoire l’Illuminateur, le premier « catholicos » de l’église apostolique arménienne et le plus ardent promoteur de la conversion de l’Arménie au christianisme au IVe siècle. Un sacré pedigree dans un pays encore très religieux.

Et puis surtout, c’est à Khor Virap que le mont Ararat en impose le plus, distant de quelques kilomètres seulement du monastère et pourtant désespérément inaccessible.

Aux alentours du monastère de Khor Virap en Arménie

Et à défaut de faire bouger les frontières, nombreux sont ceux qui viennent à Khor Virap se perdre dans la contemplation du géant chéri, le cœur lourd ou résolu à surmonter les conflits du siècle passé.


| Conseils pour un détour par Khor Virap

  • Khor Virap sous toutes les coutures : Si la photo est ce qui motive votre expédition, guettez la bonne fenêtre météo pour profiter d’une vue dégagée sur Ararat. Le géant un peu étourdi a souvent la tête dans les nuages. Pour la vue classique, jetez un œil à Maps me ou Google maps qui matérialisent l’alignement parfait avec les vignes. Pour une autre perspective, combinant monastère et petit Ararat (le « petit frère », flirtant avec les 3 925 mètres d’altitude), c’est la colline accolée au cimetière qu’il faudra viser. Enfin, n’oubliez pas de grimper sur la petite butte qui surplombe le monastère : d’ici aussi la vue est impressionnante sur Ararat, les champs et les vergers environnants.
  • Se déplacer : Une marshrutka permet en théorie de se rendre à Khor Virap depuis Erevan. Sinon, pour plus de flexibilité et arriver tôt sur place, il vous faudra prendre un taxi (Yandex). Comptez environ 40 min de route.

Notre avis sur les environs d’Erevan : Que de merveilles ! Nous avons eu du mal à choisir nos étapes tant les alentours d’Erevan (et au fond, toute l’Arménie) regorge de trésors. Les monastères de Gherart et Hovhannavank nous ont emballés mais quels que soient les sites pour lesquels vous optez, vous risquez peu de faire mauvaise pioche. Notre seul conseil serait de ne pas vous cantonner à Erevan et de vous déplacer à travers le pays – l’ambiance est radicalement différente d’une région à l’autre.

Alentours d’Erevan – avril/mai 2025

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