Arménie

Dilijan et le lac Sevan, en quête d’itinéraires bis

Nos premières étapes arméniennes nous avaient conduit dans des régions à l’écart des foules, ni très fréquentées, ni trop apprêtées. Poursuivant notre exploration du nord du pays, nous changeons de registre et nous attaquons à deux des fleurons du tourisme arménien, archi-côtés depuis l’époque soviétique et toujours très prisés des vacanciers : l’ancienne station thermale et climatique de Dilijan, et la presqu’île de Sevan (Sevanavank).

Homme tenant un cheval devant l'église de la péninsule de Sevanavank

Nous aurions bien aimé succomber nous aussi au charme des lieux, mais nous n’accrochons qu’à moitié. La faute sûrement au trop grand battage autour de Dilijan et de Sevan, que nous trouvons trop touristiques, trop « anecdotiques » – bref, nous ne sommes pas convaincus.

Pour autant, en tournicotant dans la région à la recherche de chemins de traverse, nous dégotons tout un tas de lieux épatants, bien moins courus et finalement plus attachants que les deux destinations vedettes. Mis bout à bout, ces arrêts compensent notre manque d’atomes crochus avec le duo Dilijan-Sevan et ne nous font pas regretter d’avoir glissé dans notre itinéraire un détour par ce coin d’Arménie un poil trop sous les projecteurs.

La région de Tavush : le parc national de Dilijan

Toon Armeni Dilijan

Dilijan

La région de Dilijan a hérité du surnom flatteur de « petite Suisse arménienne ». C’est peu dire que nous nous imaginions déjà déambuler dans les rues d’un village coquet et fleuri, pimpant comme tant d’autres lieux de villégiature du siècle passé, pour autant nous déchantons illico. « Quelconque » est le premier mot qui nous vient en tête pour qualifier le micro centre ancien de la ville.

Vieille ville de Dilijan

Nous y mettons pourtant du nôtre, parcourant deux fois de suite la rue centrale du « Vieux Dilijan », jolie mais si petite qu’en moins de 5 minutes nous en joignons les deux bouts. Trois photos, une tête passée par politesse dans une des boutiques de souvenirs, un détour pour une vue d’ensemble depuis une terrasse voisine et voilà déjà notre visite terminée.

Vieille ville de Dilijan

Pour ne pas donner l’impression de baisser les bras si facilement, nous tournons encore un peu dans les rues attenantes, descendons vers le rond-point central autour duquel Dilijan s’organise, remontons, furetons à l’arrière des hôtels et des restaurants de l’axe principal, glissons un œil en direction d’un parc ou d’une fontaine, mais sans résultat probant. Des belles villas de la grande époque de Dilijan ne reste qu’une mince collection d’édifices brinquebalants :

Vieilles bâtisses Dilijan
Vieilles bâtisses Dilijan

Dilijan n’est ni plus ni moins qu’une petite ville piquetée de bâtiments hétéroclites, 100 % dépareillés, combinant en un drôle de mélange constructions soviétiques vieillies, nouveaux assemblages en béton et expérimentations plus ou moins (souvent moins) heureuses.

Vues de Dilijan
Vue sur Dilijan
Vues sur Dilijan

Le lieu qui nous plaît le plus est finalement notre logement, le Toon Armeni, petit cocon composé de chambres douillettes dispatchées autour d’une maisonnette aux boiseries bleutées et d’un sympathique café-restaurant avec vue sur les montagnes.

Toon Armeni Dilijan
Toon Armeni Dilijan

Pas la peine d’aller chercher plus loin : si vous vous aventurez dans la région, zappez Dilijan et retenez que le principal atout de la province de Tavush est précisément cette chaîne de montagnes qui ceinture la ville, et dont les flancs boisés dissimulent toute une ribambelle de monastères.

Visiter Dilijan : conseils pratiques

| Loger à Dilijan

Nous l’avons mentionné plus haut, nous avons eu un vrai coup de cœur pour le Toon Armeni, né de la restauration de plusieurs maisons traditionnelles. Le prix des chambres est plutôt élevé mais le confort et le charme des lieux atténuent la déception causée par Dilijan (et justifieraient même un détour à eux seuls !).

| Se restaurer à Dilijan

Par facilité, nous avons pris la plupart de nos repas au restaurant du Toon Armeni. Les plats sont bons sans être exceptionnels – manger sur place nous dépannait bien avec un enfant – mais l’endroit est tellement agréable qu’on vous le recommande ne serait-ce que pour prendre un verre.

Nous avons également donné sa chance au Cafe#2, situé au niveau du rond-point principal de Dilijan, qui met aux manettes des jeunes en insertion professionnelle. L’idée est bonne mais là encore, nous n’avons pas été conquis par notre repas.

Enfin, et pour une expérience qui change drastiquement (avec un coût beaucoup plus conséquent…), 2492 propose une Wild Table sur les hauteurs de Dilijan. Celle-ci est concoctée en partenariat avec les propriétaires de l’hôtel-restaurant Vanatun, posé à deux pas du monastère d’Haghartsin (voir plus bas). Notre expérience dans les gorges de la Debed nous avait enchantés et nous sommes certains que la formule dans les bois de Dilijan est tout aussi exceptionnelle. A défaut de pouvoir vous offrir ce festin, poussez donc directement la porte du Vanatun. Le restaurant était fermé lors de notre venue mais peut-être aurez-vous plus de chance.

| Rejoindre Dilijan depuis Erevan

Les transports collectifs partent pratiquement toutes les heures, à heure pile, de la station de bus Avtokayaran (aussi appelée Northern Bus Station). Le trajet dure entre 1 heure 30 et 2 heures, via Sevan.

Haghartsin

Soyons honnêtes, les monastères dont nous croisons la route dans le parc national de Dilijan ressemblent à s’y méprendre à ceux rencontrés jusque-là. Pourtant même si notre liste de qualificatifs s’épuise petit à petit, nous ne boudons pas notre plaisir.

Monastère d'Haghartsin - Dilijan

S’il fallait trouver un trait distinctif à Haghartsin, nous dirions que ce monastère-ci est plus rutilant que ses comparses. Pour cause : l’émir de Sharjah, aux Émirats Arabes Unis, en a financé la restauration dans les années 2010 avec beaucoup de bonnes intentions, mais peut-être un chouïa trop d’entrain au niveau du décapage des pierres du XIIIe siècle. Haghartsin brille comme un sou neuf !

Monastère d'Haghartsin - Dilijan
Monastère d'Haghartsin - Dilijan

Le coup de foudre de l’émir et la mobilisation de l’Armenian Fund se sont accompagnés de la construction d’une route bitumée en direction du monastère, de l’installation d’un vaste parking et de toilettes publiques, et surtout de l’arrivée d’une petite échoppe de gata sur laquelle nous nous jetons goulument. Nous étions déjà emballés par la version sucrée de ces gâteaux traditionnels. La déclinaison salée nous conquiert tout autant.

Tout à côté, l’immense hôtel-restaurant Vanatun jure dans le paysage avec son architecture tape à l’œil – disons le, plutôt moche – mais il s’y cache semble-t-il une des meilleures tables de la région (voir conseils plus haut au sujet des restaurants de Dilijan).

Côté paysage, et Vanatun mis à part, nous trouvons d’ailleurs la localisation du monastère d’Haghartsin particulièrement photogénique, au beau milieu d’une forêt profonde rendue plus mystérieuse encore par la brume qui joue ce jour-là avec les sommets.

Monastère d'Haghartsin - Dilijan

Pour profiter davantage du cadre, et pour digérer la pile de gatas avalée, nous avons repéré une balade bucolique sur l’application Hike Armenia. En une petite demi-heure, et pas mal de contorsions pour enjamber les troncs d’arbres éparpillés en travers du chemin, nous débouchons sur une jolie cascade cachée dans les bois. Ce n’est pas la rando la plus époustouflante d’Arménie mais l’option est très chouette pour un shoot de verdure et se dégourdir les jambes.

Randonnée en forêt - Hidden Waterfall trail Haghartsin

| Gochavank

La brume qui drapait Haghartsin donnait au site une ambiance un peu magique. La purée de pois qui engloutit le monastère de Gochavank a elle un effet nettement plus plombant… Plus de montagnes, plus de village alentour, plus de vue. Nous pourrions nous trouver en plein centre-ville, ou à deux pas d’une mine soviétique comme à Alaverdi, nous ne verrions pas la différence. C’est tout juste si nous savons où nous mettons les pieds !

Monastère de Gochavank - Dilijan
Monastère de Gochavank - Dilijan
Monastère de Gochavank - Dilijan

Heureusement que l’intérieur accroche le regard. Nous trouvons même une vraie délicatesse aux khatchkars dentelés qui cernent le monastère, parmi les plus fabuleux du nord du pays.

Monastère de Gochavank - Dilijan
Monastère de Gochavank - Dilijan

Tant pis pour les balades que nous avions repérées pour rejoindre le lac voisin de Gosh, ou du côté d’Aghavnavank. La température qui plafonne à 0°C a raison de notre motivation et nous nous replions au Toon Armeni pour échapper au mauvais temps.

| Matosavank

Pour notre dernier après-midi, frustrés de tourner en rond dans notre chambre – aussi douillette soit-elle – nous nous décidons à braver brouillard et crachin glacial pour tenter une ultime sortie au pas de course – pas question que Romane se change en glaçon. La voiture garée au bout d’une route pleine de nids-de-poule, nous traversons la rivière et bondissons sur le chemin forestier, préférant au petit sentier qui serpente entre les arbres une piste « carrossable » musclée coupant droit dans les bois. 12 minutes plus tard nous rejoignons le monastère abandonné de Matosavank le souffle court, explosant la demi-heure de marche annoncée par le topo.

Monastère de Matosavank - Dilijan

La forme trapue qui surgit dans la brume semble tout droit sortie d’un livre de contes avec ses contours moussus et ses pierres patinées.

Monastère de Matosavank - Dilijan

Envoûtés, nous nous laissons enfin porter par la forêt et rebroussons chemin en optant pour le petit sentier qui tournicote et en accordant plus qu’un vague coup d’œil au décor qui nous entoure. Quel spectacle ! Les sous-bois sont constellés d’un tapis de fleurs jaunes et de pétales blancs. Notre nez a beau couler, nous ne regrettons pas un instant de l’avoir mis dehors.

Monastère de Matosavank - Dilijan

Explorer les alentours de Dilijan : monastères et randonnées

Aucun transport collectif ne dessert les monastères évoqués ci-dessus. Sans véhicule, la meilleure option sera de se rendre sur place en taxi. A Haghartsin et Gochavank, rien n’empêche de tenter le stop pour retourner sur Dilijan. En revanche, si vous parvenez à trouver quelqu’un qui puisse vous conduire jusqu’au départ de la rando de Matosavank, assurez-vous qu’il vous attende ou qu’il vous récupère 2 heures plus tard car personne ne passe par là.

La visite des trois monastères est gratuite.

| Haghartsin

Le sentier de randonnée qui conduit à la cascade démarre à proximité d’une construction en ruine (une station de téléphérique soviétique jamais terminée, située ici) qui offre une très jolie vue sur le monastère et la vallée. Une splendide collection de khachkars perdus dans les bois s’élève tout à côté. Vous trouverez les informations nécessaires concernant la marche sur le site/application de randonnée Hike Armenia. La balade est toute simple et sympathique, idéale pour les amateurs de marche en forêt.

| Matosavank

Un panneau marque le départ de la randonnée, à proximité d’un petit pont. Pour vous repérer, référez-vous à Maps.me ou bien à l’application Hike Armenia. L’itinéraire en question est le « Medieval monasteries trail », que nous n’avons suivi qu’en partie, sans pousser jusqu’au monastère de Jukhtakvank.

| Autres pistes d’exploration

L’application Hike Armenia est géniale pour identifier des randonnées d’un bout à l’autre du pays. Il en existe de tous niveaux, de la balade familiale tranquille à la sortie plus technique sur un ou deux jours, en suivant certaines portions du Transcaucasion Trail (TCT). Allez sur cette page et cochez « Tavush » pour vous faire une idée des parcours possibles dans la région de Dilijan. Une randonnée qui nous aurait bien plu si nous avions eu plus de temps, et meilleur temps par la même occasion, est celle qui relie le village de Hovk au monastère d’Haghartsin, via le mont Dimats et ses falaises surplombant de verts alpages. L’itinéraire est réputé exceptionnel !

Notre avis sur la province de Dilijan : Dilijan n’est pas l’étape qui nous a le plus bluffés, même si nous avons trouvé le détour agréable pour nous mettre au vert et prendre un bon bol d’air. Nous aurions adoré randonner davantage et nul doute qu’avec un peu plus soleil, et des températures plus clémentes, notre ressenti aurait été plus positif. Vraiment n’attendez rien de Dilijan ville et si vos pas vous mènent jusqu’à la région de Tavush, concentrez vous sur la randonnée.

Itinéraires bis autour du lac Sevan

Repus de verdure, nous filons à présent vers les eaux bleutées du lac Sevan. Le tunnel qui sépare la région de Dilijan et celle du lac franchi, le brouillard se dissipe et nous retrouvons une météo plus clémente avec… oh !… un coin de ciel bleu ! Et même un rayon de soleil !

Lac Sevan Arménie

| La péninsule de Sevanavank

Tout revigorés nous roulons jusqu’à la péninsule de Sevanavank, dont des photos nous parviennent depuis le début de notre voyage arménien.

Église sur la péninsule de Sevanavank

Reste que comme à Dilijan l’arrivée est en demi-teinte, et nous ne pouvons pas nous empêcher de nous sentir un poil dupés par l’image trompeuse, ou en tout cas partielle, mise en avant partout. Au lieu du monastère isolé que nous nous attendions à trouver, on débusque deux parkings saturés, une poignée d’hôtels et une multitude de vendeurs de souvenirs et d’échoppes se livrant une féroce bataille musicale (déci)bel et bien crispante pour nos oreilles.

Églises sur la péninsule de Sevanavank
Églises sur la péninsule de Sevanavank

On vous laisse imaginer l’ambiance car comme tout le monde, nous nous contentons de photographier le large, les eaux du plus grand lac du Caucase et les deux églises (non visitées), en évitant d’inviter trop de sujets sur nos clichés.

Église sur la péninsule de Sevanavank

En contrebas de la colline, la Sevan Writer’s House (1933) attire moins les regards. Elle est considérée comme un des plus beaux exemples de modernisme socialiste en Arménie, mais son architecture clivante lui assure bien plus de confidentialité.

Sevan Writer's House

| Tsaghkunk

Pour retrouver nos esprits, et rassasier nos estomacs grondants, nous filons en suivant en direction de Tsaghkunk, un tout petit village de campagne niché dans les collines à 10 km de Sevan.

Monts Pambak Arménie
Monts Pambak Arménie

C’est ici que se cache une des tables les plus encensées du pays : le Tsaghkunk Restaurant & Glkhatun. Nous nous attendions à trouver salle comble mais… nous sommes absolument seuls ce midi-là. Tant mieux ! Nous avons du coup tout le loisir de discuter avec l’équipe aux manettes, profiter des lieux et prendre le temps de savourer le contenu de nos assiettes. La cuisine est d’ailleurs à la hauteur de sa réputation : savoureuse, créative, moderne, et nous sommes d’autant plus surpris du prix riquiqui payé pour ce repas quasi gastronomique.

Tsaghkunk Restaurant & Glkhatun Arménie

Le Tsaghkunk Restaurant est le projet de l’ancien ambassadeur arménien Hrachya Aghajanyan, pensé pour préserver les traditions gastronomiques arméniennes et donner un nouveau souffle aux petits villages nichés au pied des monts Pambak. Pour donner vie à son restaurant, Aghajanyan a fait les choses en grand, allant jusqu’à s’associer au cofondateur du Noma à Copenhague (5 fois en tête de la liste « The World’s 50 Best Restaurants ») pour concevoir le menu. Un pari gagnant : le restaurant a vite reçu une pluie d’éloges, au point de figurer dans le classement 2025 de « La Liste » (le classement des classements, répertoriant les 1 000 meilleurs restaurants du monde) et décrocher le prix « Table à explorer ». Preuve s’il en est qu’en matière de cuisine, l’Arménie n’a rien à envier à sa voisine géorgienne !

Pour ne rien gâcher, le restaurant est construit à l’emplacement de l’ancienne cantine soviétique du village et jouxte une très vieille bâtisse, le « glkhatun », redécouverte à l’occasion de fouilles il y a quelques années. S’y dissimulent deux fours traditionnels du XIe siècle en argile enterrés dans le sol, les tonir, ainsi qu’un nouveau four que les cuisiniers du Tsaghkunk Restaurant utilisent pour faire cuire le lavash – ce pain plat incontournable en Arménie, reconnu au titre du patrimoine culturel immatériel par l’Unesco en 2014.

Tsaghkunk Restaurant & Glkhatun Arménie

Avant de quitter la vallée, nous grimpons jusqu’à l’église Saint Sargis, perchée au-dessus de Tsaghkunk. La visite de l’église, inaugurée en 2006, est optionnelle mais nous trouvons au site deux atouts. D’abord, la toute petite chapelle blottie à l’ombre de Saint-Sargis a un vrai cachet avec ses murs recouverts de suie et son histoire multi-centenaire (elle daterait du 7e siècle !).

Saint Sargis Tsaghkunk
Saint Sargis Tsaghkunk
Monts Pambak Arménie

Ensuite le panorama qui se dessine depuis le parvis de l’église sur le paysage dénudé nous enchante avec ses faux airs de plateau tibétain. Comme six ans plus tôt, lorsque nous découvrions dans les hauteurs sichuanaises le ballet des collecteurs de cordyceps, nous nous amusons cette fois aussi à repérer les silhouettes dissimulées un peu partout dans le repli des collines, dos voûté et sac à la main, affairées à collecter herbes et champignons sauvages.

Monts Pambak Arménie
Monts Pambak Arménie
Monts Pambak Arménie

De retour vers le lac, nous trouvons à la ville de Sevan mauvaise mine et l’air maussade. Exceptés une vieille maison russe glissée au milieu des barres blêmes, et un salon de thé et un restaurant qui nous avaient été recommandés (le Bohem Studio Teahouse et ce restaurant dont nous ne pouvons pas retranscrire le nom arménien), nous ne trouvons aucun intérêt au centre administratif de la région et pas de raison valable d’y marquer l’arrêt.

Maison russe, immeubles et statue soviétiques Sevan

| Le monastère Hayravank

En revanche celui qui mérite un arrêt c’est lui, le monastère Hayravank. Malgré la météo qui vire à la pluie et le ciel à l’encre, on trouve Hayravank bien plus séduisant que nos deux églises péninsulaires sur-fréquentées de la matinée. Peut-être parce que le monde ne s’y presse pas. Ou peut-être à cause de la lumière d’orage. Ou encore en raison de la finesse des khachkars qui ceinturent l’église. Ou parce que le cadre est majestueux et que cette vue sur le monastère amarré au sommet d’un petit promontoire rocheux au-dessus du lac est tout bonnement incroyable.

Vue sur le monastère Hayravank - Sevan
Monastère Hayravank - Sevan
Intérieur du monastère Hayravank - Sevan

| Le cimetière du village de Noradouz

Une dizaine de kilomètres plus au sud, c’est le cimetière de Noradouz qui nous en met plein les yeux. Nous avons fait durer la journée en longueur en espérant profiter de cette belle couleur miel qui inonde – paraît-il – les khachkars de Noradouz en fin d’après-midi. En vain… Le soleil a mis les voiles depuis belle lurette, nous laissant seuls avec un cortège d’épais nuages gris. Nous n’en sommes pas moins hypnotisés par ce fouillis de pierres multicolores qui jaillit sous nos yeux – des centaines et des centaines de khachkars, vieux pour certains du Xe siècle, constellent le cimetière à perte de vue. Noradouz abrite la plus vaste concentration de khachkars arméniens depuis la destruction du cimetière de Julfa (en Azerbaïdjan), à la fin des années 1990.

Khachkars dans le cimetière de Noradouz - Sevan
Khachkars dans le cimetière de Noradouz - Sevan
Khachkars dans le cimetière de Noradouz - Sevan

Focalisés sur nos pierres gravées, nous passons à côté de l’autre trésor du cimetière : d’étranges « sarcophages » médiévaux de petite taille, recouverts de représentations de la vie quotidienne des défunts, (involontairement) drôles et poétiques. Nous en dénicherons plusieurs au cours des semaines suivantes, mais moins grandioses que ceux de Noradouz. Ouvrez donc grand les yeux si vous passez dans le coin !

Khachkars dans le cimetière de Noradouz - Sevan
Khachkars dans le cimetière de Noradouz - Sevan

| Une dernière nuit à Tsaghkachen

La journée se termine et nous roulons doucement vers le petit village de Tsaghkachen, à l’ouest de la ville de Gavar, au pied des monts Gegham. Nos derniers kilomètres confirment notre impression générale de la journée : nous imaginions de loin la région du lac Sevan comme une destination balnéaire aux températures douces et aux longues berges-plages, loin du décor de steppes, marécages, collines pelées, pinèdes et maisonnettes en bois qui défile sous nos yeux depuis notre arrivée.

Cette nuit-là nous dormons chez Sahak, Hasmik et leur petit garçon, Daniel. Hasmik et Sahak sont tous deux professeurs à l’université de Gavar. La première est spécialisée en comptabilité ; le second enseigne les langues orientales et voue un amour immodéré au farsi, « la plus belle langue pour déclamer des poèmes ».

Une montagne de plats s’empile sur la table du dîner – sans qu’on ait besoin de trop se forcer pour y faire honneur, tout est divin. Entre deux coups de fourchette d’arishta, et une bouchée de salade aux herbes du jardin, les discussions fusent et Sahak nous abreuve d’histoires, de vidéos, de musiques, de recommandations de lectures et de films, pour nous familiariser avec la culture arménienne.

Comme souvent depuis le début du voyage, le génocide de 1915 finit par débouler au milieu de la conversation. Nos interlocuteurs ont beau varier, jeunes ou vieux, guides, chauffeurs ou parfaits inconnus attendant que l’averse passe, tous évoquent l’immense traumatisme collectif, le déracinement, la perte de « l’Arménie occidentale » (les territoires à l’est de la Turquie) ou celle plus récente de l’Artsakh (le Haut-Karabagh), avalée par l’Azerbaïdjan.

Pour trouver du réconfort, Sahak a son truc à lui : il invoque avec fierté la brillante communauté arménienne installée aux quatre coins de la planète. Cher, Andre Agassi, Atom Egoyan, System of a Down… tous Arméniens de la diaspora ! Et bien sûr, Charles.

Le voilà d’ailleurs, Aznavour, perché sur un tourne-disque au-dessus du piano du salon, et c’est sous son regard doux que Daniel se met à chanter de fougueux airs d’opéra. Notre maestro est un pro de la musique, enchaînant les compétitions de chant dans toute l’Europe avec son grand frère !

Au moment du départ, les cadeaux s’amoncellent. Un lapin en peluche, un lapin en plastique lumineux, des chocolats et des bonbons en pagaille pour Romane… Comme s’il fallait en rajouter encore. Nous avons le cœur lourd de quitter Sahak et Hasmik et si vous voulez notre avis, voilà bien le plus bel atout du lac Sevan – rien ne vaut les chemins de traverse, décidément.

Explorer les alentours de Sevan, au-delà de Sevanavank

Le tourisme dans la région du lac Sevan se concentre sur la péninsule de Sevanavank. Fin avril, la saison avait beau débuter, le site n’en était pas moins très fréquenté – nous imaginons que l’escapade peut être oppressante en plein été. Les deux églises perchées sur la colline sont accessibles au prix d’une volée de marches. Une fois sur place, poursuivez votre chemin jusqu’au bout de la péninsule : le panorama sur le lac est splendide. Attention, toute une partie de la péninsule est sous contrôle militaire et donc inaccessible.

| Où dormir à proximité du lac Sevan

A choisir, nous vous conseillerions de viser la ville de Gavar plutôt que celle de Sevan, beaucoup plus joyeuse et animée.

La Moreni Guesthouse (tenue par Sahak et Hasmik) se situe à une petite vingtaine de minutes de Gavar et du cimetière de Noradouz, et nous y avons passé une des nuits les plus mémorables du voyage. Nous n’avons pas particulièrement bien dormi car il faisait très froid et le petit réchaud installé à proximité du lit nous donnait l’impression d’être dans une rôtisserie, mais quel accueil ! Et quel repas !

Notez que si vous n’êtes pas véhiculés, ou si votre principal objectif est de visiter Sevanavank avant de poursuivre votre route vers Dilijan ou Erevan, mieux vaudra passer la nuit à Sevan pour plus de facilité.

| Rejoindre Sevan et se déplacer autour du lac

Des marshrutkas circulent tout au long de la journée entre Erevan et Sevan : elles partent de la station de bus Avtokayaran (Northern Bus Station). Peut-être existe t-il également un transport collectif entre Dilijan et Sevan mais nous n’avons pas récupéré d’information précise à ce sujet. A défaut, une course en taxi ne devrait pas coûter plus de 5/6 euros (2 600 AMD).

Les marshrutkas sont peu nombreuses à circuler autour du lac et le plus simple pour vous déplacer sans voiture de location sera de faire appel à un taxi – en demandant bien à votre chauffeur de vous attendre pendant vos visites. Une alternative, pour rejoindre la péninsule de Sevanavank depuis Sevan, est d’opter pour cette proposition de randonnée, puis de revenir en stop. Les vues en chemin semblent particulièrement jolies.

| Autres pistes d’exploration

Le village de Tsaghkachen – où se situe la Moreni Guesthouse – fait office de camp de base pour gravir le volcan Azhdahak, le 3e plus haut sommet d’Arménie. C’est aussi dans les monts Gegham que l’été venu, les bergers yézidis font paître leurs moutons. Nous aurions bien aimé découvrir le coin plus en profondeur…

Notre avis sur les alentours du lac Sevan : Nous ne nous attendions pas à croiser autant de monde à Sevanavank et la visite nous a déçus. Quant au lac, même en étant motorisés et donc en théorie en capacité de nous arrêter où bon nous semble, nous avons eu l’impression de ne faire que l’effleurer. Au bout du compte, ce sont surtout les pas de côté qui nous ont séduits, en particulier nos haltes improvisées à Tsaghkunk et Tsaghkachen – des arrêts pour lesquels nous n’avions pas d’attente et que nous avons pourtant énormément aimé. Sans véhicule, et si vous restez moins de 2 semaines dans le pays, nous vous encourageons à zapper l’étape.

Dilijan / Sevan – mai 2025

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