Vietnam

Dans la famille des pics karstiques je voudrais…

– Phong Nha Ke Bang –

Quand Hung nous dit qu’il nous attend devant la gare de bus, on commence par scruter les voitures par réflexe. Et puis non, l’homme qui nous fait un grand signe de main est juché sur une moto. Une autre est à l’arrêt à côté. « Tu sais conduire ? Vous montez tous les deux avec un sac et j’emporte le deuxième. » Peut-être qu’une semaine plus tôt on aurait démarré sans autre hésitation que le maintien d’un sac de 15 kg à peu près en équilibre sur l’engin, mais cette fois impossible. Ma jambe ne se plie pas, on a une trouille monstre à l’idée de remonter tous les deux à scooter et Hung nous regarde sans comprendre ce qui peut bien nous faire paniquer de cette façon.

Alors faute de mieux on fera deux voyages. Combattre le mal par le mal. Se remettre en selle les yeux fermés, le souffle court, agrippé à ce type qui n’avait pas demandé tant d’étreintes…

Passer quatre jours dans un bungalow posé à quelques mètres du sol quand on ne peut pas marcher, c’est une drôle d’idée. Dans un bungalow planté en plein milieu d’un parc national dont le principal intérêt consiste à explorer des grottes et parcourir la jungle à moto, c’est plus absurde encore.

Trois jours en compagnie d’une unique vue. Une maison, des rizières, quelques pics barrés d’un immense panneau PHONG NHA KE BANG. Histoire de ne ne pas perdre le fil. Jeff, lui, tient encore sur deux jambes à défaut de pouvoir se servir de ses deux bras, ce qui pour partir à l’assaut de la Hang Tien Cave fera l’affaire. Alors pour cette fois fois, on fait bande à part.

Hung regarde mon genou d’un air entendu. La grand-mère qui habite la maison voisine également. Pas émue par ce côté suintant qui témoigne pourtant de la gravité de la chose…

Mais non, ce n’est pas grave du tout ! Ici on en a vu d’autre. C’est en se cassant la gueule que l’on apprend, comme le jour où gamin on quitte enfin les petites roues. D’ailleurs dans les rues du centre-ville de Phong Nha, des estropiés il y en a des tas. Des boiteux, des types à béquilles, des nénettes en mini-short arborant de larges bandages. Dans le jargon sud-asiatique, on appelle ça « Asian tattoos ». On se salue gravement, hochements de tête compréhensifs, accolades silencieuses liées à cette appartenance commune au club des loosers de la route.

Parfois la solidarité s’étend aussi aux personnes âgées, dont le claudiquement est probablement plus imputable aux rhumatismes qu’à la chute de moto mais qu’importe. Dans ce sens là, la rencontre fait surtout naître de grands éclats de rire et un langage corporel commun, déglingué et sans paroles.

Pour éviter que la contagion ne s’étende, certains hôtels ont opté pour la manière forte et cessé de louer des motos aux voyageurs de passage. Trop d’accidents sur les routes de Phong Nha. Trop de backpackers amochés. À la place a émergé une formule alternative qui, en plus d’être sécurisante, participe à un développement éco-responsable du parc : confier le pilotage à des motards du coin et aider ainsi à faire vivre la région autrement que par les trafics de bois ou d’animaux.

Situé au centre du Vietnam, à 200 km au nord de Huế, Phong Nha compte parmi les plus belles et les plus anciennes zones karstiques d’Asie du Sud-Est. Les premières expéditions de spéléo, menées dans les années 1990 et 2000, ont permis de mettre au jour plusieurs grottes gigantesques noyées dans la forêt vierge, parmi lesquelles Son Doong, présentée comme la plus vaste au monde (plus d’infos concernant les grottes en fin d’article).

L’UNESCO ne s’y est pas trompée et, dès 2003, inscrivait la région sur la liste du patrimoine mondial. Avec deux conséquences. Les populations locales qui se servaient jusque là de la jungle comme d’un « supermarché à ciel ouvert » (pour reprendre les mots de An à Kon Tum) se retrouvèrent du jour au lendemain coupées de leur principale source d’approvisionnement et de revenus. Quant aux touristes qui ne tardèrent pas à débarquer en nombre, en majorité des Vietnamiens au début des années 2000, ils étaient pour beaucoup en demande « d’expériences exotiques », dont la dégustation de viande de jungle (variante asiatique de la viande de brousse) faisait intégralement partie. Résultat : le braconnage s’est emballé et la faune n’a pas tardé à être décimée à l’intérieur du parc.

Depuis les choses ont évolué. La consommation de « jungle meat » est passée de mode et les tours organisés vietnamiens ont laissé place à une génération de vingtenaires/trentenaires en marcels, mini-shorts et genoux écorchés. Et puis surtout, l’équipe des Thang’s Phong Nha Riders a pris possession de l’asphalte – ou des pistes poussiéreuses du parc -, anciens bûcherons-braconniers reconvertis en guides-bikers. Plus question cette fois d’épuiser les ressources, l’équilibre financier s’est inversé – du vide vers le plein.

– Tam Cốc – Ninh Bình – Baie d’Ha Long terrestre

Deux semaines plus tard on quitte Hanoï pour Tam Cốc. On a récupéré coude et genou mais pas l’envie de repartir sillonner la campagne à scooter. Pourtant ici pas franchement d’écotourisme, de copain biker à qui s’agripper, pas de parc national et pas d’UNESCO. Tam Cốc est une ville, tout comme Ninh Bình, les deux servant par extension à désigner la zone karstique avoisinante. Une région que chacun englobe sous le nom de « Baie d’Hạ Long terrestre », faite de roche noire et de rizières fluorescentes. Et à la différence de Phong Nha, ce n’est pas tant le braconnage que l’on redoute que le développement anarchique des environs. À la verticalité des pics dentelés répond celle des hautes colonnes des cimenteries, enveloppées d’un brouillard grisâtre. Plus loin c’est une ribambelle de constructions en béton qui surgit entre les affleurements karstiques.

Sur les « toits » de Bích Động

À Tam Cốc cette fois pas de grotte, pas de scooter mais du bateau : seuls avec notre rameuse dans la lumière diffuse de fin d’après-midi, ou embarqués à la queue leu leu dans un flot continu de gilets orange, selon que l’on tombe sur un bras de rivière oublié ou non des foules.

Et puis du vélo. Entre les embarcadères, entre les temples, entre Bích Động et Hoa Lu. Entre les rizières. Entre les pics. Entre Tam Cốc et Ninh Bình, entre les bus d’Hanoï et d’Hạ Long. Entre ces chemins touristiques qui se croisent et se réinventent en permanence.

Vue depuis Huang Ma

Informations pratiques

Phong Nha Ke Bang

L’accès au parc de Phong Nha reste très réglementé, en raison notamment de la présence d’engins explosifs. Un guide est donc obligatoire pour s’aventurer « hors des sentiers battus » et dans la jungle en général.

– Découvrir les grottes de Phong Nha –

La grotte du Paradis, la grotte de Phong Nha et la Dark Cave se visitent sans guide. Pour les autres (Hang En, Tu Lan, Hang Tien etc.) et pour les expéditions de plusieurs jours (ou pour explorer plus en profondeur les grottes de Phong Nha ou du Paradis), il faut faire appel à une agence. Oxalis et Jungle Boss, les plus réputées, se partagent les plus gros morceaux – avec une agence habilitée par grotte. Pour ce qui est de visiter Son Doong (LA grotte), tout est une question de budget et d’organisation : comptez environ 2650 euros par tête et des réservations courant sur plusieurs mois. Les porteurs engagés par Oxalis sont tous des locaux et, comme dans le cas de Thang’s Phong Nha Riders, souvent d’anciens braconniers.

L’idée de départ était de visiter Hang Tien à la journée, ce que Jeff a finalement fait tout seul – et adoré. Pour le reste il a fallu se contenter des grottes de Phong Nha et du Paradis, seules grottes « aménagées » qui, bien que touristiques, restent impressionnantes à visiter (et c’est une grotto-sceptique qui le dit) !

  • Grotte de Phong Nha : accès uniquement par bateau. L’embarcadère se situe tout au bout du village de Phong Nha (aussi appelé Son Trach Village). Au ticket d’entrée (150 000 VND) s’ajoutent les frais liés au bateau, le prix de l’embarcation étant divisé par le nombre de personnes à bord (60 000 VND par personne pour nous).
  • Grotte du Paradis (Paradise Cave) : l’accès se fait à pied ou en navette pour le premier kilomètre, puis à pied sans feinte possible pour les 500 mètres restants (à la louche). Une volée de marches permet de descendre ensuite à l’intérieur de la grotte. Coût : 250 000 VND/personne.
  • La grotte du Paradis est probablement la plus belle des deux grottes visitées. Pour autant, le chemin pour s’y rendre est aussi envoûtant que la visite en elle-même. Et c’est là que les Thang’s Phong Nha Riders entrent en scène. La boucle qui conduit du village de Phong Nha à la Paradise Cave est splendide, mais pas forcément évidente pour qui n’a pas l’expérience du scooter. Pour tout un tas de raisons abordées plus tôt, faire appel à un chauffeur constitue donc une option à ne pas négliger. Les chauffeurs conduisent avec une parfaite maîtrise et s’arrêtent fréquemment pour laisser la possibilité aux passagers de faire des photos. Pour réserver, passez par leur site ou allez les voir directement : le garage se trouve pratiquement en face du Easy Tiger (prix : 350 000 VND/personne).

– Accès et logement –

  • Aller/quitter Phong Nha Ke Bang : depuis Huế, comptez environ 4 h 30 de trajet en bus en incluant arrêts et tour des hôtels (180 000 VND par personne approximativement). Des bus couchettes circulent également entre Phong Nha, Ninh Bình et Hà Nội, avec un départ chaque soir depuis le parc pour ces deux destinations. À Phong Nha, les départs se font devant le Easy Tiger Hostel – où s’achètent également les billets. De manière générale, voyager par bus s’avère beaucoup plus simple que de se déplacer en train, la gare ferroviaire se situant à Đồng Hới, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Phong Nha.
  • Se loger : Hung Phat Bungalow – calme et vue splendide, à l’extérieur de la ville. Un coup de cœur.
  • Se restaurer : le village de Phong Nha se limite à une seule et unique rue bordée de guesthouses et de restaurants. Le Easy Tiger constitue LE repère des backpackers en mal de bières, de burgers et de pizzas. De notre côté, on a surtout apprécié le Veggie Box.

Tam Cốc / Ninh Bình / Baie d’Hạ Long terrestre

La Baie d’Hạ Long terrestre a beau être bien moins connue que sa grande sœur maritime, sa côte de popularité n’en a pas moins explosé ces dernières années. À juste titre, tant les paysages sont beaux. Mais l’ensemble reste moins sauvage et surtout moins réglementé que le parc de Phong Nha.

– Explorer la région de Tam Cốc –

La région compte un nombre important d’embarcadères. Notre préférence va à celui de Bích Động (dit aussi Sun Valley ou Thung Nang), à environ 2,5 km de vélo à l’ouest de Tam Coc. De loin le plus tranquille : on s’y est retrouvé seul en fin de journée, avec une batelière adorable. Le prix est à négocier, mais comptez plus ou moins 200 000 VND/bateau pour 1 heure 15 de balade.

On a également tenté l’embarcadère de Tam Cốc, l’un des plus connus, mais la foule était telle que la magie n’a pas opéré. En revanche, l’itinéraire comprend une vue magnifique, accessible depuis le petit promontoire situé sur la gauche à la sortie de la première grotte. Avant cela, il vous faudra néanmoins négocier sévère avec votre rameuse et promettre un pourboire en bout de course. Le prix du tour en bateau est fixe à Tam Cốc : on s’en est tiré pour 390 000 VND au total (grosso modo 15 euros), pour 2 heures de navigation.

Le dernier embarcadère le plus cité, Trang An, semble aussi le plus fréquenté et nous a été déconseillé.

Un mot sur les pourboires attendus lors des tours en barque. Le véritable business du coin, vous l’aurez compris, c’est le bateau. En fonction des embarcadères, le prix peut être fixe ou laissé à l’appréciation des « compagnies » de bateliers. Mais au-delà du prix du tour, il est admis qu’un pourboire sera laissé aux rameuses d’une manière ou d’une autre. Ces dernières ne touchant qu’un pourcentage infime du prix payé pour la « course », toutes espèrent une contribution supplémentaire histoire d’arrondir un peu la fin du mois. Certaines proposeront de vous vendre quelques objets en cours de route, d’autres de quoi grignoter et parfois, c’est carrément une copine qui s’interpose. Pour couper court à toute tractation, annoncez clairement un pourboire en fin de parcours – de l’ordre de 50 000 VND, à moduler selon que le courant sera plus ou moins bien passé avec votre rameuse (un jeu de mot caché se trouve dans cette phrase).

  • Temples et visites historiques. Deux sites méritent d’être visités dans les environs de Tam Cốc : les jolis temples troglodytes de Bích Động, facilement accessibles à vélo, à l’ouest de ville ; et l’ancienne capitale de Hoa Lu du Xe/XIe siècle, située à une grosse douzaine de bornes au nord de Tam Cốc. La route vers Hoa Lua se parcourt en vélo sans difficulté, à condition d’éviter les voies rapides et de profiter de l’excursion pour explorer la campagne.
  • Panoramas : trois possibilités pour admirer la région d’en haut. Huang Ma, le panorama le plus connu, avec vue sur le circuit en bateau de Tam Cốc (100 000 VND l’entrée – vous identifierez le point de vue sans problème sur maps.me). La petite vue citée plus haut, à mi-chemin sur le parcours en bateau organisé depuis le centre-ville de Tam Cốc. Et le panorama obtenu depuis le sommet des temples de Bích Động – même s’il s’agit plus de grimpette bancale que d’itinéraire balisé.
  • La région offre également d’autres possibilités de balade à ceux qui auraient plus de 2 ou 3 jours à lui consacrer : la cathédrale de Phát Diệm, la réserve de Van Long, le parc national de Cuc Phuong etc.

– Accès et logement –

  • Accès : la région de Tam Cốc/Ninh Bình est facilement desservie depuis Hà Nội (environ 2 heures 30 de trajet), Hạ Long, Phong Nha et Huế. Depuis Hà Nội, sachez que la plupart des hôtels du vieux quartier vous proposeront leurs services pour organiser pick-up à l’hôtel et bus directement jusqu’à Tam Cốc. Idem au retour depuis Phong Nha. Comptez 120 000 VND environ. La formule la moins onéreuse est encore de se rendre à la gare de bus de Giap Bat, au sud d’Hà Nội, et d’acheter le ticket sur place. Dans l’autre sens, le gros hub de transport est Ninh Bình et non pas Tam Cốc (gare routière + gare ferroviaire).
  • Se loger : mieux vaut éviter la grande ville sans charme de Ninh Bình et se baser à proximité de Tam Cốc, soit sur la ville même, soit dans la campagne environnante. D’avis général, le plus bel hôtel du coin serait le Tam Coc Garden mais pour avoir une chambre, mieux vaut réserver à l’avance et avoir un budget un peu conséquent. Tam Cốc compte aussi un certain nombre de « homestays » relativement basiques mais sympas.
  • Se restaurer : malgré l’emballement touristique, les bons restaurants ne sont pas nombreux. C’est finalement le Aroma Indian Restaurant qui nous aura le plus plu.

Phong Nha Ke Bang et Tam Coc – mars 2019

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