Chine,  Sichuan

Siguniangshan

Dame Nature est capricieuse. À peine se met-on en route qu’elle nous ensevelit sous un crachin glacial, gommant les sommets, avalant les chemins. Des quatre sommets de Siguniangshan (四姑娘山, « quatre sœurs » ou « quatre jeunes filles », pour la traduction littérale) on n’aperçoit rien – de la neige sur les pentes pelées, une succession de forêts fantomatiques, des camélias détrempés.

Le lendemain, alors qu’on se tient hors des sentiers de randonnée du parc, le soleil inonde la vallée. Un jour de plus et rebelote, le cirque se répète : la boue, le froid, aucune vue de toute la balade, tout juste un pan de montagne capté entre deux nuages. Il faut attendre le départ pour Chengdu pour qu’au détour d’un virage les quatre sœurs acceptent de s’exposer sans fard…

Dame Nature se fout ouvertement de nous.

Pourtant, elle non plus n’a pas les coudées franches en Chine. Libre et sauvage, la nature affole. Trop dangereuse, on la barricade. Laissée à elle même, elle ne rapporte rien. Alors « Dàzìrán Mŭqīn » (大自然母亲) est domestiquée, liftée à grands coups de télésièges, de chemins en bois, de navettes et de guichets d’entrée. Les parcs naturels chinois sont faits pour la contemplation à distance, pas pour être parcourus par des alpinistes échevelés, de doux-dingues romantiques ou des rigolos en tente Quechua (bien que la côte de popularité de Décathlon dans l’empire du Milieu soit au plus haut…). En Chine, les virées en montagne se font aux horaires de bureau et pas question de dépasser 17 h.

Siguniangshan : quatre sœurs et trois vallées

Au Sichuan, deux réserves naturelles captent tous les regards : Jiuzhaigou et Yading. Inscrite sur la liste du patrimoine mondial depuis 2006 en tant que « Sanctuaire du grand panda du Sichuan », la réserve des « quatre sœurs » (Siguniangshan) n’a cependant rien à envier à ses illustres voisines. Encore mieux : son relatif anonymat lui permet d’éviter les foules et le côté « parc d’attraction » qui caractérise trop souvent les sites emblématiques de Chine. Pour autant, les choses changent et Siguniang n’échappe pas aux aménagements qui, année après année, pénètrent au cœur des vallées.

Les quatre « sœurs », ou quatre sommets principaux de Siguniang, surplombent trois vallées distinctes : Haizi, Changping et Shuangqiao. Il n’existe pas de billet combiné pour l’ensemble de la réserve, chaque vallée disposant de son propre système de ticket, valable uniquement sur une journée. La haute saison s’étend du 31 mars au 30 novembre, la saison basse du 1er décembre au 30 mars.

| Haizi (海子沟) – 19 km

Facilement accessible à pied depuis la ville de Rilong, Haizi était jusqu’ici la plus sauvage des trois vallées – comprendre, la moins aménagée. Un chemin fait de planches de bois est en cours de construction sur les premiers kilomètres de la vallée. À la journée, la randonnée se fait principalement sur les crêtes et à travers bois jusqu’au lac Dahaizi, avec, par temps clair, une vue splendide sur le pic Yaomei Feng, la benjamine des quatre sœurs perchée à 6 250 mètres.

Les billets* s’achètent directement à l’entrée de la vallée, une fois passés les escaliers qui serpentent au milieu des rhododendrons. Comptez 60 yuans de droit d’entrée en haute saison, 40 yuans en saison basse.

| Changping (长坪) – 29 km

Une navette part du centre touristique, à l’extrémité est de Rilong, pour rejoindre le départ de la randonnée, 7 km plus loin, à proximité du « lama monastery ». A nouveau, pas de sentier à proprement parler mais des chemins de planches et des pistes pour chevaux. L’exploration se fait en fond de vallée, le long de la rivière et sous le couvert de forêts profondes.

Les billets* s’achètent au centre touristique de Changpingcun : 70 yuans/personne en haute saison, 50 yuans en basse saison + 20 yuans de navette.

| Shuangqiao (双桥沟) – 40 km

Contrairement à Haizi ou Changping, qui ne se parcourent qu’à pied ou à cheval, la vallée de Shuangqiao est accessible aux navettes dans son intégralité. Une promenade, toujours ponctuée de planches de bois, court en parallèle de la route sur une trentaine de kilomètres. La vallée se rejoint en transport en commun depuis Rilong (l’entrée se situe à un peu moins de 10 km de la ville).

Le billet d’entrée* est fixé à 80 yuans en haute saison, 50 yuans hors saison + 70 yuans de bus touristique. Des trois vallées, Shuangqiao est la seule que nous n’avons pas explorée.

EDIT 2025 : il semblerait que les billets soient aujourd’hui entièrement numériques et à acheter en avance sur le site internet de l’Office du tourisme d’Aba. Le système ne fonctionne apparemment pas pour les visiteurs étrangers… Si vous avez plus d’informations, nous sommes preneurs.

Randonner dans le parc de Siguniangshan

Bivouaquer à l’intérieur du parc est étroitement encadré et possible uniquement en présence d’un guide (300 yuans en 2019), et du 1er juin au 31 octobre. D’avis général, le service proposé est minimal mais la réglementation étant la réglementation, il faudra vous y plier pour pouvoir parcourir en totalité les vallées de Haizi et de Changping, ou pour profiter de la nuit en montagne.

Nous avons exploré Haizi et Changping par nous-mêmes, sur une dizaine de kilomètres seulement. Aussi sympa que soit le cadre (sous la pluie et dans le brouillard), se trouver limité aux planches de bois des chemins finit par générer pas mal de frustration. Un conseil donc : quitte à vous aventurez jusqu’à Siguniangshan, profitez du parc et lancez-vous dans un « trek » de deux ou trois jours. La seconde moitié de la vallée de Haizi est réputée particulièrement belle. C’est d’ailleurs depuis ses flancs que se fait l’ascension vers la plupart des sommets du coin, notamment vers le pic Daguniang Feng (ou Dafeng, la « sœur aînée », 5 025 mètres), le « 5 000 » le plus accessible de la région.

Deux conseils supplémentaires pour profiter au mieux de votre visite :

  • Faites attention aux horaires : chaque vallée « ferme » aux alentours de 17 h/17 h 30. Jeff qui était parti se balader seul n’avait pas fait attention à ce détail… A 18 h, la police appelait l’hôtel en panique.
  • Vous trouverez quelques refuges à l’intérieur du parc, généralement des cabanes avec point d’eau et quelques paquets de nouilles lyophilisées proposés à la vente. Faites plutôt les courses dans les supérettes de Rilong avant de partir, et emportez avec vous le nécessaire pour la journée.

Rilong/Siguniangshanzhen : comment circuler et où loger

La ville qui sert de porte d’entrée à la réserve de Siguniang a pour nom Rilong (日隆镇) ou « Siguniangshan zhen » (四姑娘山镇 – « zhen » désignant les villes de petite taille) : grosso modo une série d’hôtels, de restaurants et de boutiques dispatchée de part et d’autre de la route provinciale.

  • Rejoindre Rilong depuis Chengdu : les bus partent de la Chadianzi Bus Station (茶店子汽车站) en direction du comté de Xiaojin (小金). Demandez au chauffeur de vous débarquer à Rilong. Le trajet coûte 95 yuans/personne et deux départs ont lieu chaque jour à 9 h et 12 h.
  • Rejoindre Rilong depuis Danba (丹巴) : des minibus desservent régulièrement Xiaojin depuis Danba (au moins un départ chaque matin à 8 h), où vous pourrez récupérer un second van à destination de Rilong. Comptez un peu moins de 1 heure 30 pour effectuer le trajet Danba/Xiaojin (30 yuans) et 2 heures pour le tronçon Xiaojin/Rilong (20 yuans). À Danba, adressez-vous au Zhaxi Zhuokang Hotel pour que l’on vous aide à réserver une place dans le minivan.
  • Regagner Chengdu depuis Rilong/Siguniangshan : comme personne n’était en mesure de nous indiquer les horaires de bus, nous avons fini par rallier Chengdu en taxi partagé, pour 120 yuans/personne (4 heures environ de trajet).

| Une chambre

Deux possibilités : vous baser du côté du Centre touristique, à l’entrée de la vallée de Changping (Changpingcun ou « village » de Changping), ou sur la ville de Rilong. Dans le second cas, le Tea & Panda Hotel constitue une bonne option, à une quinzaine de minutes à pied de l’entrée des vallées de Changping et Haizi. L’hôtel est neuf et les chambres sont très propres. Seul bémol : le staff ne parle pratiquement aucun mot d’anglais et n’est d’aucun secours en cas de difficulté ou de changement de plan.

| Une cantine

Les restaurants ne manquent pas le long de la route principale de Rilong. Le restaurant de fondue situé en contrebas d’un petit escalier (possiblement Laozao Hot Pot sur Google maps, 老灶火锅) vaut le détour. Sans maîtriser le mandarin, dirigez-vous en cuisine et pointez du doigt ce qui vous inspire, sachant qu’en général un légume = un plat.

Dernières informations en vrac

  • Passer par Siguniangshan et Danba constitue une alternative intéressante pour rejoindre le Sichuan tibétain depuis Chengdu, l’option classique consistant à transiter par Kangding. Attention toutefois : la ville de Rilong se situe à 3 100 mètres, contre 500 mètres pour Chengdu. Pour citer le jeune qui se chargeait du check-in au Tea & Panda Hotel le jour de notre arrivée : « No hot shower, go to bed »…
  • Les Sanctuaires du grand panda du Sichuan, composés de la réserve naturelle de Wolong, des monts Siguniang et des montagnes de Jiajin, sont classés à l’Unesco. Ils abritent à eux seuls 30 % de la population mondiale de pandas géants.
  • La région des monts Siguniang est réputée pour ses champignons. Si vous voyagez en septembre, profitez en !

Siguniangshan, mai 2019

2 Comments

  • Yoan

    Bonjour et merci pour ce super site que je découvre maintenant.

    Vous parlez d’un trek de 2-3 jours, auriez-vous des infos à ce sujet ? Il faut prendre un guide à Rilong ?

    Merci !

    • Fanny

      Bonjour,
      Merci pour votre message ! En 2019, il était possible de trouver un guide directement à Rilong mais il semblerait que les choses se soient complexifiées, notamment pour les voyageurs étrangers. Le plus « simple » semble de faire appel à une agence en amont ; malheureusement nous n’avons aucun nom à vous recommander… Désolée !

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