Kirghizstan

Song Kul par la face sud

Tout voyage au Kirghizstan passe à un moment ou à un autre par Song Kul : c’est comme ça que se décline la trilogie du « kul » (ou « köl », lac) – Ala-Kul, Issyk-Kul, Song-Kul. La version kirghize du tourisme de masse étant néanmoins restrictive, elle évite sans trop de mal de faire rimer « kul » et « foule ».

Résultat le « cool » à la kirghize ne se retrouve nul part ailleurs : immenses lacs d’altitude aux eaux scintillantes, marche en montagne, steppes battues par les vents, troupeaux de chevaux lancés à plein galop dans les pâturages d’été, tapis d’edelweiss, enfants au teint hâlé courant parmi les bêtes dans les plis des collines, arrêts fréquents sous la yourte, thé noir fumant, pains chauds et kumys.

Yourtes Song Kul Kirghizstan
Lac Song Kul Kirghizstan

Rejoindre Song-Kul/Song-Köl : le casse-tête

En arrivant au Kirghizstan, on sait globalement peu de choses sur Song-Kul : que la plupart des voyageurs rejoint le lac en deux jours de cheval, que les agences se trouvent au niveau de Kochkor, que le départ se fait généralement depuis Kyzart et que pour les amateurs de lecture binaire, la rive « la plus belle et la plus sauvage » serait la sud-ouest, son pendant maléfique « pourri par les jeeps et les camps de yourtes pour touristes » situé à l’exact opposé.

Quand on quitte Bokonbaevo et la rive sud d’Issyk Kul (« la rive la plus belle et la plus sauvage etc. »), on a 5 jours devant nous avant de retrouver Fabien à Naryn. Trop juste pour envisager l’option Kochkor/Kyzart. Si l’on veut avoir le temps de profiter de Song-Kul, c’est depuis le sud qu’il faudra se frayer un chemin – et à ce niveau là on ne dispose d’aucune information.

Naryn Kirghizstan

Le point de convergence pour les touristes égarés à Naryn a pour nom Kubat. Kubat propose du matos de rando, des produits alimentaires, des tours organisés et une aide illimitée aux voyageurs échoués au milieu des montagnes ocres et des barres d’immeubles blêmes qui bordent les rues ‘narynoises’.

En 30 minutes l’affaire est pliée, carte soviétique stabilotée et issue cryptique à la clé : « un chauffeur viendra vous récupérer dans 4 jours à l’extrémité est du lac, un peu avant le col des 32 perroquets ».

Naryn Kirghizstan

La première tentative est un échec. La marshrutka de 9 h est en réalité celle de 8 h 15 et la marshrutka de 8 h 15 partie, pas moyen de rejoindre Ak-Tal en transports en commun.

« Vous allez à Song Kul depuis Ak-Tal ? » Le plan B consistant à trouver un chauffeur au bazar n’est pas plus concluant. « C’est impossible depuis Ak-Tal les gars. Il faut des journées entières de marche et y’a des animaux sauvages partout ». Sur la carte de Kubat il y a une grosse route carrossable, une cinquantaine de bornes jusqu’au lac, deux jours de marche supplémentaires vers l’est, quelques spots de bivouac et 32 perroquets à l’arrivée. Pas de danger apparent.

« Impossible, impossible ».

Deux hommes Kirghizstan
« Des ours, des loups, des tigres à dents de sabre… »
Naryn Kirghizstan

Un type accepte malgré tout de nous débarquer à Ak-Tal. Il ouvre le coffre, balance les sacs à l’intérieur, esquisse un signe vague et se volatilise. Assis sur la banquette arrière on attend. 10 h, 11 h. Des passagers déposent leurs affaires, repartent, se pointent à nouveau les bras chargés de paquets, profitant d’être sur Naryn pour faire les courses de la semaine.

Midi. 13 h 30. Il suffit de claquer les portes pour que ré-apparaissent aussitôt le chauffeur, les passagers et une foule de curieux prêts à entamer une discussion compliquée sur l’aspect très relatif et certainement pas universel du temps. « Bientôt ». Niet. Zaftra, demain, peut-être, si l’on rate à nouveau notre marshrutka mais là c’est terminé. Dasvidania. Le chauffeur larmoie, les passagers aussi, la foule un peu plus fort encore et quelqu’un finit par tendre un téléphone. « What’s the matter guys? ». Quelques billets laissés au chauffeur plus tard, le mélodrame prend fin.

Tombes entre Ak Tal et Song Kul
Entre Ak Tal et Song Kul

Le lendemain matin, la marshrutka de 8 h 15 quitte Naryn à l’heure dite et nous avec.

On ne croise pratiquement personne au cours de cette première journée de marche. La route n’accueille que quelques rares voitures brinquebalantes, une poignée de cyclos redescendus du lac et deux ou trois tracteurs soulevant des nuages de poussière sur leur passage.

Montagne et campagne Kirghizstan
Tombes Kirghiszstan
Montagne pelée Kirghizstan
Campagne et montagne Ak Tal Kirghizstan
Campagne et montagne Ak Tal Kirghizstan
Montagne sur la route de Song Kul
Montagne sur la route de Song Kul
Camp de yourtes Moldo Ashuu

Le campement du soir, coincé dans un pli de vallée, est aussi noir que les nuages qui barbouillent le ciel.

Le matin suivant, les quasi 1 000 mètres de dénivelé du trek sont engloutis sous un crachin glacial. Le brouillard dissimule tout, les montagnes, le lac, les troupeaux, jusqu’au cavalier au manteau épais dont la voix rocailleuse découpe le silence. « Откуда? / Otkuda ? » – « d’où venez-vous ? ». L’un répond d’Ak-Tal ; l’autre de France. L’homme reste songeur un moment, hausse les épaules et s’enfonce à nouveau dans le brouillard.

Hauts plateaux en direction de Song Kul
Yourtes lac Song Kul Kirghizstan
Edelweiss Kirghizstan

Le plafond nuageux se déchire peu avant le bout du plateau, laissant entrevoir la vaste étendue argentée du lac coiffée de pics enneigés. 10 km nous séparent encore du rivage.

Yourtes lac Song Kul Kirghizstan
Campement lac Song Kul Kirghizstan

On passera la nuit au camp Joki, troquant la tente contre une mini-yourte à la forte odeur de mouton. La frontale éteinte, les rayons de lune filtrent au travers des peaux qui obstruent le tunduk – comme en d’autres lieux la pâle lueur des réverbères entre par la fenêtre.

Yourtes et voiture lac Song Kul Kirghizstan
Yourtes lac Song Kul Kirghizstan
Yourtes lac Song Kul Kirghizstan
Yourtes lac Song Kul Kirghizstan
Garçon lac Song Kul Kirghizstan
Yourtes lac Song Kul Kirghizstan

Les deux derniers jours traînent en longueur. Non que les étapes soient longues – de Joki jusqu’à l’extrémité est du lac, il n’y a qu’une vingtaine de kilomètres tout au plus. Mais la terre spongieuse n’en finit plus d’avaler nos pas. Les marécages qui bordent la rive sud ont rejeté les yourtes loin au pied des collines. La seule piste valable tient le lac à distance, filant droit au milieu de la steppe sans plus croiser ni campement ni cavaliers. Il ne se passe rien.

Alors on plante la tente à midi et on reste une après-midi et une matinée entières à regarder passer les nuages, la tête enfouie dans les edelweiss.

Chameau lac Song Kul Kirghizstan
Lac Song Kul Kirghizstan
Yourtes Song Kul Kirghizstan
Lac Song Kul Kirghizstan

Explorer Song-Kul : conseils pratiques

1. État des lieux

Deux villes servent de base arrière pour préparer les expéditions vers Song-Kul : Kochkor, au nord-est, et Naryn, au sud-est.

  • À Kochkor, c’est l’agence Jailoo qui reçoit le plus d’avis positifs. Le début du trek (à pied ou à cheval) se fait généralement depuis Kyzart, à l’ouest de Kochkor. Plusieurs chemins sans nom sont tracés sur maps.me qui débouchent sur la rive nord du lac.
  • Depuis Naryn la « porte d’entrée » est Ak-Tal plein sud, ou plus précisément, le petit village de Kurtka, situé de l’autre côté de la rivière. Le chemin suit la route et remonte en direction du col de Moldo Ashuu. Une sente herbeuse permet aux trekkeurs de couper peu après le camp de yourte encaissé qui précède les lacets pour gagner directement le plateau. Vous trouverez deux interlocuteurs à Naryn : Kubat et le CBT.
  • Une route effectue le tour complet du lac, empruntée par les bergers et par quelques rares véhicules de tourisme. Le trafic est loin d’être saturé mais si vous devez regagner Kochkor ou Naryn par vos propres moyens, vous n’aurez aucun mal à le faire en stop (en haute saison). Le principal axe routier relie les bourgades d’Ak-Tal, au sud, et de Sarybulak, à l’est. L’itinéraire bis dit des « 32 perroquets » permet lui de rallier plus rapidement l’est du lac depuis Naryn. L’embranchement se fait à une grosse trentaine de bornes au sud de Sarybulak.
Song Kul Kirghizstan col des perroquets
« 32 perroquets »
Lac Song Kul Kirghizstan : troupeaux

2. Dormir à Song Kul

  • La route principale débouchant au nord-est du lac, c’est dans cette zone que se trouve la plus grande concentration de yourtes, affiliées aux différentes agence de tourisme communautaire de Kochkor (CBT, Sheperd’s Life…).
  • Côté sud, et en venant d’Ak-Tal, vous tomberez d’abord sur le « Baiysh yurt camp » puis, à une quinzaine de minutes de marche vers l’est, sur un camp plus petit désigné sous le nom de « Joki » (« Soloman » sur maps.me, « Joloman » pour Google) – le plus sympa des trois testés cet été là.
  • Plus globalement, des camps destinés à l’accueil des touristes émaillent tout le pourtour du lac, distants de quelques kilomètres les uns des autres – exception faite de la section est du lac qui n’en compte aucun (« Even Tours », indiqué sur Google, est le dernier camp au sud-est). Pas besoin de réserver en avance : il y a largement de quoi loger tout le monde et le réseau téléphonique est de toute façon inexistant.
  • Une alternative consiste à planter la tente à proximité des campements et à prendre le repas sous la yourte (300 soms/personne). L’option a le mérite d’être économique, permet d’être autonome et évite d’avoir à partager la yourte avec d’autres groupes. Comptez 600 à 800 soms pour la nuit sous la yourte + petit-déjeuner. Dans tous les cas, n’imaginez pas dormir – ni même prendre le repas – avec la famille.
Route du col de Moldo Ashuu Kirghizstan
Sur la route reliant Ak Tal à Song Kul, en direction du col de Moldo Ashuu

3. Kochckor ? Naryn ? Quel itinéraire choisir ?

Sans avoir arpenté l’itinéraire nord, difficile de trancher en faveur de l’un ou l’autre des itinéraires. Pour ce qui nous concerne, on a adoré la portion sud Ak-Tal/Moldo Ashuu, totalement sauvage. Vous ne trouverez sur le chemin qu’un seul camp, situé peu avant la montée vers le col. L’arrivée vers Song Kul est également splendide. En revanche, toute la partie sud-est du lac est pénible à explorer en raison des marécages qui obligent à marcher loin du rivage. À refaire, on poursuivrait plutôt le trek vers l’ouest pour sortir au niveau de Kyzart. Dans tous les cas, on vous conseille de prendre la peine de marcher ou de grimper à cheval plutôt que d’engager un chauffeur pour rejoindre directement le lac – vous passeriez à côté de Song Kul…

Lac Song Kul Kirghizstan : chevaux et edelweiss

4. Loger sur Naryn

La ville de Naryn n’a pas forcément bonne presse, la faute sûrement à ses rues poussiéreuses et sans charme. Pourtant la région est belle, peu visitée et mérite largement que l’on s’y attarde.

  • Où loger sur Naryn ? Le CBT et Kubat pourront facilement vous trouver une chambre en guesthouse, voire carrément un appart dans une de ces barres d’immeubles qui ponctuent l’axe principal de la ville. Autre option : dirigez-vous vers le Khan Tengri, probablement le meilleur hôtel en ville (comptez environ une trentaine d’euros la nuit). Pour info, l’hôtel dispose également d’un restaurant plutôt bon.

Voyage effectué en août 2017

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