Lettonie

Au cœur de la Baltique : Riga sous toutes les coutures

La grande difficulté, quand on explore les capitales baltes à la queue leu leu, est de ne pas céder à la tentation de comparer sans cesse Vilnius, Riga et Tallinn. Prenez la capitale lettonne, Riga, la plus grande du trio : à première vue, elle n’a ni la coolitude exubérante et le grain de folie baroque (and roll) de Vilnius, ni la féérie pastel de Tallinn, et bon nombre de voyageurs expédient la visite en une seule journée en s’en tenant au vieux centre.

Vieille ville de Riga

Pourtant en grattant sous la surface et en allant chercher derrière l’image léchée et un poil guindée qui ressort à première vue, une multitude d’autres Riga apparaissent, de plus en plus fascinantes à mesure que le vernis s’écaille.

Si vous aimez prendre votre temps et trainer vos baskets hors des sentiers battus, peu de chances que vous échappiez au charme de Riga et que vous quittiez la ville sans être plus indécis encore. Riga ? Vilnius ? Tallinn ? Exæquo ? La seule chose à peu près sûre est que loin des yeux des Européens de l’ouest se cachent certaines des capitales les plus attachantes du continent !

Façade Art Nouveau Riga

Une capitale renversante – impressions générales avant d’attaquer la visite

N’allez pas croire que Riga serait une ville malaimée, froide, tristoune ou difficile d’accès. La réalité est l’exact opposé et on aurait tort de bouder son plaisir. Riga en jette d’entrée de jeu : la ligne d’horizon est hérissée de flèches et de clochers, partout hauts immeubles bourgeois et enchanteresses façades Art Nouveau s’entremêlent… Tout l’enjeu est de ne pas s’en tenir à cette seule vitrine, au risque de n’attribuer à Riga que le statut riquiqui de « capitale sympathique à cocher parmi d’autres » et de passer à côté de l’essentiel : l’énergie contagieuse de la capitale lettonne.

Vieille ville de Riga

Riga mérite mieux qu’une simple visite de courtoisie. Derrière sa plastique parfaite, la ville pulse et s’amuse à brouiller les pistes, muer et se réinventer. Riga bouillonne et mélange tout : les époques, les genres, les langues, les cadres et les identités. Elle place ses pions culturels dans d’anciennes usines désaffectées, parle le letton aussi bien que le russe et l’allemand, se moque des tendances quand elle ne les devance pas (dans le grand tourbillon des années 1970/1980, Riga brillait par ses groupes de rock alternatifs, parmi les plus avant-gardistes d’URSS), joue la carte de la vie campagnarde autant que de la modernité la plus tapageuse, s’affiche tour à tour ostensiblement bourgeoise et furieusement populaire.

Vieille ville de Riga
Mouette, pont et bibliothèque Riga
Street art Riga

Pour filer la métaphore, Riga s’explore à la façon de ronds dans l’eau. Au centre la vieille-ville médiévale restaurée. Autour, les boulevards construits au XIXe siècle et une ville nouvelle convertie à l’Art Nouveau. Plus loin encore, les anciens quartiers populaires, situés à l’extérieur des boulevards, émaillés de maisons de bois des XVIIIe et XIXe siècles et de baraquements soviétiques. Les ronds se succèdent ainsi du plus clinquant au plus casse-gueule, du plus touristique au plus banal et « confidentiel ».

Façade Art Nouveau Riga
Maison en bois Riga
Vue sur Riga

Riga multiplie les visages et les passeports à n’en plus finir. Il n’y a qu’à jeter un œil à son histoire pour s’en rendre compte. D’abord allemande (Riga a été fondée au XIIIe siècle pour servir de bastion aux chevaliers Porte-Glaive en croisade contre « les païens du nord de l’Europe »), la ville est ensuite prise par les Polonais, puis arrachée par les Suédois qui en font l’une des pièces maîtresses de leur empire – Riga est à l’époque plus grande que Stockholm -, avant d’être avalée par la Russie fin XVIIIe.

Façades Art Nouveau Riga

La Lettonie n’a droit qu’à 20 petites années d’indépendance au début du XXe siècle avant de basculer à nouveau dans le giron soviétique en 1940, puis sous la coupe des nazis et le feu des bombardements de la Seconde guerre mondiale. Le pays rempile avec 40 années de dictature communiste jusqu’au début des années 90, le petit État balte ne goûtant à l’indépendance, pour la seconde fois de son histoire, qu’au mois d’août 1991, une fois la chute de l’URSS enclenchée.

Ville médiévale Riga
Vue sur la ville nouvelle de Riga

Déambuler dans Riga donne donc l’impression de se déplacer dans un livre d’histoire et de jongler en permanence entre des mondes différents, qui se côtoient et se télescopent.

Ville médiévale Riga

Le vieux centre médiéval, Vecrīga

Vecrīga, le Vieux Riga, l’épicentre touristique de la capitale, est un écheveau de ruelles médiévales sinueuses. De son positionnement stratégique entre l’Europe et la Russie, Riga a tiré trois avantages : le droit de faire partie du club très sélect des villes hanséatiques (cette fameuse Ligue qui fédérait les principaux comptoirs commerciaux sur le pourtour de la Baltique), des ressources confortables engrangées par le commerce de l’ambre, du cuir et des fourrures, et une myriade de styles architecturaux différents.

Le tissu urbain reflète à merveille les identités successives de Riga. Pour vous faire une idée de ce que peut donner ce joyeux méli-mélo, prenez une poignée d’église gothiques, une grosse rasade de maisons de marchands à colombage ou à pignon, un assortiment de bâtiments de briques rouges, ajoutez encore un château et quelques casernes, saupoudrez le tout de façades Art Nouveau et de deux ou trois expérimentations contemporaines plus ou moins réussies et vous aurez un bon aperçu de l’allure générale du Vieux Riga, en notant au passage que bon nombre des bâtiments de la ville ont été détruits ou sérieusement endommagés pendant la Seconde guerre mondiale.

Ville médiévale Riga

Le mieux pour découvrir la vieille ville (classée comme il se doit à l’Unesco !) est de flâner au petit bonheur la chance et de se laisser porter au hasard des rues pavées et des places animées, que balaie le vent de la Baltique. La vieille ville est touristique mais suffisamment aérée pour qu’il soit possible de s’y promener sans trop subir la pression des groupes ou avoir l’impression de progresser dans un décor figé.

Ville médiévale Riga

L’idéal pour commencer est d’aller se percher sur la plateforme d’observation installée dans le clocher de l’église luthérienne Saint-Pierre qui avec ses 120 mètres de hauteur, sert de point de repère en ville. Un coup d’ascenseur – et 9 euros de ticket d’accès – et vous obtenez une vue époustouflante sur les toits de la vieille ville dans un sens, ceux de la ville moderne et des anciens quartiers soviétiques de l’autre, plus un coup d’œil sur la rivière Daugava à mi-chemin. Une fois redescendu, un pas de côté permet de se glisser sur la petite place Jana Seta, dissimulée aux regards et bordée de bars et de cafés.

Vue sur le marché et l'Académie des Sciences Riga

Une centaine de mètres plus loin, la pimpante façade Renaissance rouge et or de la Maison des Têtes noires capte tous les regards. Le monument emblématique de Riga hébergeait autrefois la confrérie des Têtes noires, une guilde de riches marchands célibataires. Détruit en 1941 puis rasé par les soviétiques, l’ancien palais a été reconstruit à l’identique au tournant des années 2000 pour fêter les 800 bougies de Riga. L’intérieur abrite l’Office du tourisme ainsi qu’un petit musée intéressant à parcourir pour comprendre l’histoire de la vieille ville.

Maison des Têtes Noires Riga
Maison des Têtes Noires Riga

A quelques rues de là, la cathédrale protestante de Riga (Rigas Doms, XIIIe siècle) dissimule un orgue monumental de plus de 6 000 tuyaux, tout en dorures, qui fut en son temps le plus grand au monde.

Cathédrale Riga

Sur la même place, l’ancienne Bourse restaurée au début des années 2010 abrite un superbe Musée d’Art et des expos temporaires consacrées au dialogue entre l’Est et l’Ouest.

Musée de la Bourse Riga
Musée de la Bourse Riga

Tout proche, les trois maisons côte à côte qui forment les « trois frères de Riga » – le pendant des « trois sœurs » de Tallinn – représentent chacune un pan de l’histoire de la ville, du XVe au XVIIe siècles. Si vous vous demandez pourquoi les fenêtres des étages sont aussi microscopiques, la réponse est à chercher du côté des impôts fonciers, qui dépendaient autrefois de la taille des fenêtres en question.

Trois frères Riga

Enfin, ne quittez pas la vieille ville sans faire un crochet par Torna iela et sa ribambelle de monuments d’époques différentes, parmi lesquels les casernes de Jacob, construites au XVIe siècle, qui hébergent aujourd’hui boutiques et cafés. A proximité, la porte suédoise est la seule porte des anciens remparts médiévaux à avoir traversé les siècles sans se casser la figure.

Vieille ville de Riga

| Vecrīga : où manger, où boire un café

Dans la vieille ville, ou à proximité immédiate, les restaurants Petergailis et Milda proposent une cuisine lettonne savoureuse, revisitée. Dans un autre registre, plus classique, la chaîne de cafétérias Lido, qui comporte de nombreuses antennes en ville, reste une valeur sûre pour les touristes comme pour les Rigois. La cuisine traditionnelle y est à l’honneur et en particulier la pomme de terre, préparée de 1 000 façons… Enfin, Martina Bekereja est l’endroit parfait pour déguster de délicieuses pâtisseries, et le petit café Pienene, en plus d’être croquignolet, propose de jolies pièces d’artisanat.

La reine du Jugenstil

Passons maintenant à la ville nouvelle. Celle-ci commence une fois franchis les jardins Bastejkalna et le canal Pilsetas, qui marquent la frontière entre le centre médiéval et les beaux quartiers. C’est ici que se trouvaient les anciennes douves de la ville et ici que viennent aujourd’hui se promener, courir, pédaler et pagayer les Rigois en goguette.

Le boulevard Brīvības, qui s’engouffre au beau milieu de cette charmante coulée verte, constitue la colonne vertébrale de la ville nouvelle et la principale porte d’entrée vers le « Centrs ». L’axe est flanqué de deux marqueurs indéboulonnables : l’horloge Laima, sponsorisée par le principal chocolatier du pays, qui sert de point de rendez-vous à toute la capitale (qui ne badine pas avec la ponctualité !) et le monument de la Liberté, symbole de l’indépendance âprement acquise, utilisé comme lieu de rassemblement pour toutes les manifestations et cérémonies officielles. Le boulevard file ensuite vers le vaste parc de l’Esplanade, bordé par l’Académie des beaux-arts de Lettonie, le fabuleux Musée national des Arts et la vaste cathédrale orthodoxe de la Nativité, bâtie par les Russes au XIXe siècle.

Canal Pilsetas Riga
Les jardins Bastejkalna et le canal Pilsetas
Musée des Beaux-Arts Riga
Plongée dans les collections du Musée national des Arts
Musée des Beaux-Arts Riga
Musée des Beaux-Arts Riga
Cathédrale de la Nativité Riga
Vue sur l’Esplanade et la cathédrale orthodoxe
Vue sur Riga

Mais si la ville nouvelle en impose c’est surtout grâce à ses prouesses architecturales et à sa passion sans bornes pour l’Art Nouveau. Aujourd’hui encore, c’est à Riga que l’on trouve la plus grande concentration d’édifices Art Nouveau d’Europe, avec une cinquantaine de bâtiments disséminés dans la vieille ville médiévale, plus de 300 dans le Centrs (la ville nouvelle) et pas moins de 750 au total d’un bout à l’autre de la capitale !

Façades Art Nouveau Riga

Quand au tournant du XXe, Riga voit sa population grimper en flèche et ses besoins immobiliers exploser en conséquence, la ville – qui est alors un grand centre industriel et une cité en pleine effervescence, rivalisant avec Moscou et Saint-Pétersbourg – décide de faire voler en éclats ses anciennes fortifications et de se déverser hors de son enclave médiévale.

Toute une flopée de parcs, de larges boulevards arborés, de musées, d’élégants théâtres et d’immeubles cossus sortent de terre, d’abord construits en bois puis en optant pour le style Art Nouveau (« Jugendstil » en allemand), très à la mode au début des années 1900. Riga se prend tellement au jeu du Jugendstil qu’elle en saupoudre toute la ville, piochant çà et là dans le folklore national et les vieux mythes et légendes lettons.

Façade Art Nouveau Riga

Ce feu d’artifice Art Nouveau n’a été reconnu que tardivement, une fois tournée la page de l’occupation soviétique et après réalisation d’un vigoureux travail de rénovation. L’Unesco ne s’y est pas trompée et a depuis classé la capitale lettonne au patrimoine mondial de l’humanité, en 1997.

Façade Art Nouveau Riga

Résultat, explorer le Centrs fait courir le risque d’attraper un sérieux torticolis : impossible de déambuler autrement que le nez en l’air et les yeux au ciel. Pour en prendre plein les mirettes, rien ne vaut la rue Alberta iela et ses voisines Elizabetes et Strelnieku, de très chics avenues bordées d’ambassades et de boutiques design. Un peu plus loin, toujours dans les beaux quartiers, Gertrudes iela ne s’en sort pas mal non plus.

Façade Art Nouveau Riga

Partout les architectes s’en sont donnés à cœur joie : les façades rigoises sont une explosion de moulures, d’arabesques et de volutes, un immense canevas parsemé d’animaux fantastiques, de visages stylisés, de cariatides et d’atlantes.

Façade Art Nouveau Riga

Deux noms tournent en boucle du côté des architectes : les très prolifiques Konstantīns Pēkšens, le maitre du genre, et Mikhail Eisenstein, le père du réalisateur Sergei Eisenstein, responsables de plus de la moitié des constructions de la ville. Au n°12 de la rue Alberta, le Musée d’Art Nouveau héberge l’appartement-musée de Konstantīns Pēkšens, resté pratiquement inchangé depuis 1903. Même si vous ne visitez pas le Musée, poussez au moins la porte de l’immeuble pour apercevoir le fabuleux escalier en colimaçon posé dans le hall d’entrée. Quelques étages plus haut, l’ancien appartement du peintre Janis Rozentals, un des peintres lettons les plus appréciés du début du XXe siècle, n’a pas bougé davantage.

Escalier Art Nouveau Riga
Art Nouveau Riga

Riga derrière le vernis : quartiers tendance ou cabossés

Encore une onde et déboulent les quartiers périphériques, plus ou moins réhabilités, plus ou moins populaires, hipsters (dits « berlinois ») et dans le vent ou underground et contestataires, résidentiels ou animés. Ces quartiers-là, à la lisière de la ville nouvelle, sont plus fourre-tout encore que les précédents. Tout s’y mélange : blocs d’habitation soviétiques, vieilles maisons de bois bringuebalantes, anciens entrepôts ouverts aux quatre vents ou transformés en espaces de concert, bars alternatifs, centres culturels et galeries d’art. Il faut prendre le temps d’aller se perdre dans ces quartiers à la marge pour comprendre ce qui fait vibrer Riga. C’est ici que le cœur de la capitale bat le plus fort, ici que se retrouve la jeunesse, que les idées fusent et que les anciennes places fortes industrielles se dérobent pour donner vie à toutes les excentricités artistiques possibles.

Quartier de Maskavas Riga

Le programme de balade ? Flâner sans but, plonger dans les entrailles de la ville, fouiller ses recoins, naviguer d’une rive à l’autre, arpenter les marchés et se laisser gagner par ce que Riga a de plus excitant : une énergie débordante, des idées à foison, une vie nocturne remuante, un goût pour le bizarre et le décalé, une myriade de lieux alternatifs bruts de décoffrage – et des stands de fleurs en veux-tu en voilà. Pas de cases à cocher, les trouvailles sont infinies et souvent un hasard.

Vieille bâtisse en bois Riga
Marché central de Riga
Street art Riga
Vieille bâtisse en bois Riga

| Le marché central

A deux pas du centre, plus de 3 000 stands s’amoncellent à l’intérieur et à proximité des cinq anciens hangars à dirigeables zeppelins qui forment le marché central de Riga (Rīgas Centrāltirgus, lui aussi inscrit au patrimoine mondial), un des plus grands marchés d’Europe. A chaque halle d’acier sa spécialité – légumes, viande, poisson, produits laitiers ou restauration – le tout drainant gourmets, anciens aux cabas chargés et touristes de passage. Tout autour se dresse une multitude d’étals, tenus par des vieilles dames aux fichus colorés.

Marché central Riga
Marché central Riga
Marché central Riga

| Latgale / Maskavas Forštate

Le quartier qui s’ouvre à l’arrière des hangars était connu, jusqu’en 2024, sous le nom de Maskavas Forštate, la « petite Moscou ». Le processus actuel de « dé-russification » du pays a rebattu les cartes : il faut désormais l’appeler Latgale.

Ce quartier âpre, à l’importante population russe, est coincé à l’ombre de la tour de l’Académie des Sciences (Zinātnes Akadēmija). Cette dernière, construite dans les années 1950, est semblable aux sept tours staliniennes moscovites et au Palais de la Culture et de la Science de Varsovie. Longtemps redouté et considéré comme le quartier le plus sulfureux de Riga, Latgale oscille aujourd’hui dans une sorte d’entre deux.

Tour de l'Académie des Sciences Riga
Entrepôts Riga

Progressivement réhabilité sur son flanc ouest, du côté des entrepôts Spikeri, l’est du quartier reste en grande partie à l’écart des opérations de renouvellement urbain et flirte avec un sérieux vague à l’âme. Le coin n’est ni touristique ni forcément facile d’accès, mais il reste fascinant pour qui souhaite se heurter à une Riga moins consensuelle et plonger un peu plus encore dans l’histoire tortueuse de la ville. Les rues de Latgale entassent baraques ouvrières, immeubles soviétiques, églises catholiques et orthodoxes, art urbain, entrepôts réhabilités et maisons en bois (on y trouve la plus forte densité de maisons traditionnelles de la ville). C’est aussi ici que l’histoire juive de Riga est la plus palpable, que fut établi le ghetto juif durant l’occupation nazie et que se tient à présent le Musée du ghetto de Riga et de l’Holocauste letton, en écho.

Quartier de Maskavas Riga
Quartier de Maskavas Riga
Vue sur Riga depuis l'Académie des Sciences

| Latgale / Maskavas Forštate, pistes d’exploration

A l’ouest du quartier, les anciens entrepôts de brique de Spikeri ont été rénovés et accueillent concerts, marché aux puces et performances artistiques. A l’opposé, le « marché aux puces » de Latgale, plus à l’est, est resté dans son jus et renferme toutes sortes de vieilleries et d’objets issus de circuits plus ou moins légaux…

Le quartier abrite encore différents lieux liés au passé juif de la ville, un temple en bois présenté comme le plus grand de Lettonie (l’Église de Jésus) et une micro enclave gardée par un renard gigantesque, Lastādija, sorte de résidence d’artistes et communauté expérimentale, proposant ponctuellement concerts ou expositions.

Enfin, ne quittez pas le quartier sans grimper au 17e étage de l’Académie des Sciences (surnommée le « gâteau de Staline ») pour une vue imprenable sur la ville, et une visite qui par certains aspects tient presque de l’urbex. A part un gardien chargé de collecter les 6 euros de frais d’entrée, vous ne croiserez pas grand monde dans les couloirs du bâtiment…

| Avotu Iela et Grīziņkalns

La grande diagonale qui file entre Maskavas et la gare a pour nom Avotu iela. Celle-ci s’est longtemps traînée une réputation désastreuse, rendant le quartier infréquentable. Comme partout les choses changent, et il ne fait plus aussi mauvais arpenter les trottoirs d’Avoti aujourd’hui. Le quartier monte petit à petit, sans coller pour autant à la définition qu’on donnerait ailleurs à un quartier tendance : à l’horizon, des maisons de bois, des graffs, des boutiques ne payant pas de mine, un paquet de magasins de robes de mariée et une poignée d’adresses underground, pas forcément avenantes vues de l’extérieur : la librairie/café Bolderāja au n°29, le bar Aleponija à deux pas d’Avotu (au n°22 Ernesta Birznieka-Upīša iela)…

Aleponija bar Riga
Aleponija bar Riga

Un peu plus à l’est, Avotu iela se fond dans le quartier de Grīziņkalns, ponctué lui aussi de maisonnettes en bois. Construites dans la seconde moitié du XIXe, celles-ci devaient servir à loger la population ouvrière venue des quatre coins du pays travailler dans les usines de la capitale. Plus d’industrie aujourd’hui et pas de réhabilitation en vue. Grīziņkalns reste un quartier populaire, trop à l’écart des grands axes pour mériter un ravalement de façades. Une « aubaine », indirectement, pour les passionnés de balades insolites et les mordus d’architecture traditionnelle (architecture qui a valu à Riga son classement Unesco au même titre que ses frasques Art Nouveau), qui trouveront à Grīziņkalns un chouette terrain de jeu. Trois rues peuvent servir de point de départ à une flânerie sans touristes, sans prétention et sans incontournable : Lienes iela, Krāsotāju iela et Mūrnieku iela.

| Miera Iela, Tallinas Iela, Centrs

Demi-tour à l’ouest, en territoire un brin plus balisé : Miera iela (la « rue de la paix », en letton) est l’autre grande diagonale branchée, rebaptisée depuis quelques années « hipster street ». Le mot d’ordre du quartier ? « La paix est trompeuse ». Miera est la zone alter-artsy par excellence de Riga, mais version low-profile plutôt que prise de tête. Le quartier est constellé de bars, de clubs, de micro-brasseries et de cafés trendy dissimulés dans des maisons en bois déglinguées ou d’anciennes usines goûtant une seconde jeunesse – une constante dans la capitale lettonne. C’est ici que que se concentrait la majorité des usines à la fin du XIXe siècle. Si beaucoup ont été détruites et si une poignée seulement demeure en activité (dont la fameuse usine Laima, la plus grande chocolaterie du pays), les restantes, réinvesties, offrent au quartier certains de ses repères artistiques et festifs les plus audacieux.

Tout un écosystème alternatif s’est par exemple construit autour de l’ancienne brasserie « K.K. Fon Stricka Villa », qui draine une multitude de bars, galeries et clubs, prétexte à toutes sortes de performances, expos décalées, concerts électrisants et nuits enflammées (M/Darbnīca, Nemiers, club One One, Labietis…).

Bâtiments anciens et street art Riga
Boutiques Riga

A proximité de la rue Miera, le quartier créatif Tallinas ielas kvartāls a lui aussi le vent en poupe. L’ancien dépôt d’ambulance, longtemps à l’abandon, a été ramené à la vie en 2018 et égrène désormais son chapelet de bars, graffs, boîtes de nuit, salles de concert, stands de street food et espaces d’exposition.

Street art Riga
Tallinas ielas kvartāls Riga : street art
Tallinas ielas kvartāls Riga : street art

Vous vous sentez encore en jambes ? Poursuivez jusqu’au Grand Cimetière de Riga (Lielie kapi) et rentrez en tram, ou bien regagnez le centre en ajoutant un arrêt au Sporta 2 Kvartāls ou au Kaņepes Kultūras centrs (dit « KKC »).

Au menu du premier (Sporta 2 Kvartals, une ancienne usine de confiseries) : le centre d’art contemporain Kim? (acronyme de « Kas Ir Mākslas », « Qu’est-ce-que l’art ? » en letton), une fondation consacrée au poète Imants Ziedonis, une salle de spectacle (OratoriO), une pincée de bars et de restaurants, quelques boîtes et espaces de co-working, et une cour faisant le plein les soirs d’été.

Kaņepes Kultūras centrs Riga

Le Kaņepes Kultūras centrs a lui trouvé place dans une ancienne école de musique, autrefois repère de l’aristocratie germano-balte, devenu au fil des années l’un des bastions de la communauté artistique rigoise. Ici aussi la cour, gardée par un énorme lion multicolore, est bondée tous les soirs de fin de semaine. Le bâtiment en bois attenant, délicieusement rétro, propose toutes sortes d’événements culturels (expos photos, débats, projections de films etc.) et abrite un café/bar.

| Adresses en pagaille

Une constellation de micro-brasseries et de bars à bières fait scintiller le quartier : Labietis, Alkimikis et Valmiermuižas alus vēstniecība (ou Valmiermuiza Beer Embassy en anglais) tirent leur épingle du jeu côté brasseries, et le bar Taka en impose avec sa carte tentaculaire.

Sur la rue Miera même (Miera iela), le salon de thé Illuseum est un paradis pour les thé-ophiles, le Rocket Bean Roastery fonctionne de même pour les café-ophiles, le café Mierā fait se pâmer tous les gourmands du coin, et la boutique M50 est parfaite pour ramener des souvenirs d’artisans et designers lettons.

Dans l’enceinte de Tallinas ielas kvartāls, Tallinas Pagalms et Ezītis miglā sont deux rades sympas pour boire et danser, et Tu jau zini Kur l’endroit à retenir pour les concerts.

Enfin, et en retournant vers le centre-ville, le Miit Coffee sert de délicieux plats végétariens et pâtisseries.

| Pardaugava

Enfin, de l’autre côté du vieux Riga, Pardaugava englobe les quartiers situés « par-delà la rivière Daugava ». S’y côtoient une librairie nationale monumentale au design controversé, un centre d’art flottant (Noass), des ruelles alanguies parsemées de maisons de bois et de jardins fleuris, une île (Kipsala) en plein processus d’embourgeoisement, d’anciennes barres d’habitation élimées, quelques bâtiments Art Nouveau (à nouveau), des églises bariolées et de petits cafés tout mignons. Depuis le début des années 2000 et le regain d’intérêt des Rigois pour les maisons en bois traditionnelles, la périphérie ouest de la ville, autrefois ouvrière, connaît un nouveau souffle et une gentrification accélérée.

Āgenskalns Riga : ancien et nouveau

Les quartiers les plus emblématiques de ce renouveau sont ceux d’Āgenskalns et de Torņakalns, parfaits échappatoires à la frénésie du centre-ville, qui ne se trouve pourtant qu’à une vingtaine de minutes à pied. De vieilles maisons jouxtent des immeubles de bureaux modernes, des rues pavées longent parcs et jardins et la ville s’estompe pour laisser place à une ambiance villageoise et bohème, une sorte de leitmotiv culturel – tout Letton qui se respecte filant se mettre au vert dès que l’occasion pointe le bout de son nez.

Ici encore, pas d’adresses phares mais un petit nombre de lieux pouvant servir de prétexte à une exploration plus vaste : la rue Nometņu iela, version moins déglinguée de Miera iela, le grand marché couvert d’Āgenskalns, le petit marché de producteurs de Kalnciema (Kalnciema kvartāls) organisé tous les samedis matin…

Kalnciema market Riga
Kalnciema market Riga
Āgenskalns Riga : ancien et nouveau
Kalnciema market Riga

Virées à la journée depuis Riga

Si vous avez 3 ou 4 jours à consacrer à Riga et à sa région, rien ne vous empêche d’inclure une demi-journée ou une journée d’escapade dans les environs de la capitale. 30 à 60 minutes de train suffisent pour filer vers les plages de sable blanc de Jurmala, les jardins du château de Rundale ou les forêts du parc national de Gauja.

| Le palais baroque de Rundale (XVIIIe)

« Le petit Versailles » de Lettonie est une longue suite de pièces au luxe extravagant (pas moins de 138 pièces), alignant verroterie, poêles en faïence, fresques rococo, céramiques et bas-reliefs en stuc. Le palais se visite facilement sur une demi-journée depuis Riga, ou lors d’un transfert entre la capitale lettonne et Vilnius. Depuis Riga, et sans louer de voiture, le plus simple est de sauter dans un bus public jusqu’à Bauska, puis de prendre un second bus avec arrêt à Pilsrundale (départ toutes les heures). Sur place, deux visites sont proposées : une « petite visite », réalisable en moins d’une heure, et une « visite complète ». Quitte à pousser jusqu’à Rundale, optez pour cette dernière histoire pour ne pas rester sur votre faim.

Salles du château de Rundale
Château de Rundale
Salles du château de Rundale
Château de Rundale Lettonie

| Sigulda et le parc national de la Gauja

Le parc de la Gauja (prononcez « go-ya ») est le plus ancien et le plus plus grand parc de Lettonie, avec près de 900 km² de forêts profondes, de grottes, de rivières, de châteaux et… de pistes de ski. En partant à la journée depuis Riga, vous ne pourrez ni en faire le tour ni en explorer toutes les facettes, mais le déplacement vaut le coup ne serait-ce que pour souffler après plusieurs journées d’exploration urbaine. Le parc compte trois portes d’entrée principales : les villes de Sigulda, Līgatne et Cēsis.

La région de Sigulda (la seule visitée) est réputée pour ses châteaux noyés au milieu de la forêt. Le premier château est situé à Sigulda même. Les deux suivants (le manoir de Krimulda et son voisin médiéval) s’atteignent en un coup de téléphérique – ou une marche dans les bois. Quant à la forteresse de Turaida, de loin la plus envoûtante et le clou du spectacle, elle se rejoint par un chemin forestier qui tournicote entre étangs, bouquets de pins et grottes recouvertes de graffitis (pour certains, vieux de plusieurs siècles). La vue sur le parc depuis la tour de guet est fantastique. Au retour, si vous ne vous sentez pas de parcourir à nouveau les 5 km d’escaliers et de sentiers, récupérez le minibus qui file jusqu’à la gare routière de Sigulda.

Forteresse de Turaida Lettonie
Parc de la Gauja Lettonie
Parc de la Gauja Lettonie

Le parc de la Gauja se situe à l’est de Riga. Il est plus facile de s’y aventurer en étant motorisé, mais rien n’empêche de le parcourir en transports en commun, en prenant pour point de départ l’une des trois villes mentionnées ci-dessus. Vous pouvez par exemple grimper dans un bus ou un train depuis Riga pour rejoindre Sigulda (1 heure de trajet – plus d’informations ici concernant le train) puis circuler en bus entre les villes.

Enfin, sachez que le parc s’explore en toutes saisons, mais que vous en profiterez davantage en vous y baladant au printemps ou à l’été. Début mars, et sous un ciel plombé, l’ambiance était un poil lugubre…

Sigulda Lettonie

Visiter Riga : en pratique

| Explorer Riga : verdict

Riga est aussi magistralement belle que ses voisines Vilnius et Tallinn – chacune l’étant à sa manière. Mais là où Vilnius affichait sans ambage son esprit rebelle et décalé, Riga ne se livre qu’à la condition de prendre le temps de quitter le vieux centre et de se perdre dans les quartiers périphériques. La ville qui se découvre alors est peut-être plus radicale encore. N’hésitez donc pas à vous aventurer hors des sentiers battus, vous repartirez envoûtés par l’architecture merveilleuse de Riga et par l’énergie qui se dégage des multiples bars, cafés et espaces culturels alternatifs de la capitale lettonne.

| Combien de temps consacrer à la capitale lettonne

Bien sûr vous pouvez vous ruer sur la vieille ville et en faire le tour en une petite journée. Vous en prendrez plein les yeux mais vous ne ferez qu’entrapercevoir Riga. Pour vous imprégner de la ville, prévoyez de passer trois jours sur place. Un jour pour découvrir la vieille ville, ses églises et ses musées (le Musée de la Bourse, la Maison des Têtes Noires…). Un jour pour parcourir le Centrs et vous perdre dans la contemplation des incroyables façades Art Nouveau de la ville nouvelle – et dans celle des tableaux de l’épatant Musée national des Beaux Arts. Enfin, le dernier jour peut être consacré à l’exploration de la périphérie de Riga : Miera iela, « Moscou » et les quartiers de l’autre côté de la Daugava…

| Visites guidées de Riga, galeries et musées

Riga, elle aussi, a ses « free walking tours » au pourboire, permettant de découvrir la ville à travers les yeux de ses habitants. L’Alternative Free Tour suit un parcours intéressant mais le nombre (parfois très élevé) de participants peut rendre la visite fastidieuse. Côté tours payants, l’Alternative Tour de E.A.T Riga semble bénéficier de très bons retours.

Pour ce qui est des musées, galeries et autres points de ralliement culturels :

  • Ne ratez pas le Musée national des Beaux-Arts, dont les collections mettent à l’honneur artistes lettons et russes (les expositions temporaires font la part belle aux artistes contemporains) ;
  • Le Musée d’Art de la Bourse de Riga mérite également le détour : le lieu est très beau (un bâtiment du XIXe siècle rappelant les palais de la Renaissance vénitienne) et le parti pris en matière d’exposition est tout aussi intéressant (le dialogue des cultures entre Europe et Asie) ;
  • Le Zuzeum, le dernier né en matière d’art moderne et contemporain – et la plus grande collection privée d’art letton (20 000 œuvres de la fin du XIXe siècle aux années 1980) -, est installé depuis 2020 dans une ancienne fabrique de bouchons de liège. Le centre comprend un café, une boutique et une grande terrasse, qui accueille des projections les soirs d’été. Juste en face se tient la Low Gallery ;
  • Toujours en matière d’art, l’Arts Center Noass fonctionne comme une galerie/salle de concert flottante posée sur les eaux de la Daugava, face à la vieille ville, et Kim? aimante les amateurs d’art contemporain dans la capitale depuis plus de 15 ans.
  • La ville compte également un certain nombre de « maison-musées » d’artistes, peintres, poètes et écrivains lettons, à l’image de l’appartement du peintre Janis Rozentals, au numéro 12 de la rue Alberta (Alberta iela) ;
  • Dans un tout autre registre, la « Maison de l’angle » (61 rue Brīvības) dissimule, derrière une élégante façade Art Nouveau et un rez-de-chaussée tout ce qu’il y a de plus banal, l’ancien quartier général du KGB, devenu musée. Le lieu fait froid dans le dos : y furent emprisonnés (et souvent exécutés) près de 48 000 détenus, soumis aux privations et à la torture. La visite, en anglais, est « passionnante » mais à réserver aux cœurs bien accrochés.
  • Enfin, et pour repartir sur une note plus légère, si l’envie vous prend de vous faire une toile (cinématographique celle-ci), le Splendid Palace (ou Kino Riga), la plus ancienne salle de cinéma de la ville, accueille ses spectateurs dans un cadre éblouissant.

Si malgré tout cela vous êtes encore en panne d’idées pour occuper votre séjour, jetez donc un œil à ce site, une vraie mine d’or pour être au fait des dernières tendances en ville et découvrir Riga loin des projecteurs.

| Contempler Riga de haut

Différentes options s’offrent à vous : le clocher de l’église Saint-Pierre, dans le vieux centre (9 euros ; la vue est toutefois si belle qu’elle compense le tarif excessif…), la tour de la cathédrale de Riga (10 euros ; uniquement en visite guidée – non testé), le 17e étage de l’Académie des sciences (6 euros ; pour la vue autant que pour l’ambiance, le temps semblant suspendu) ou encore le Skyline bar, juché au sommet du Radisson Blu Latvija (vue plongeante sur la cathédrale orthodoxe de la Nativité).

| Boire un verre / sortir à Riga

Riga compte une telle quantité de lieux alternatifs (anciennes usines, dépôt d’ambulance, aérodrome reconvertis en clubs, bars-cafés et espaces culturels) qu’il est facile de s’y perdre : Tallinas ielas kvartāls, Kaņepes Kultūras centrs, K.K. fon Stricka Villa, Autentika, ou plus loin du centre Provodnik factory, Kombināts Māksla, Spilve Airport… vous n’aurez que l’embarras du choix. Et pour des adresses plus précises, on vous renvoie à celles égrenées tout au long de l’article.

| Se déplacer en ville

Tout est faisable à pied et au besoin, bus et tramways quadrillent la ville.

| Dormir à Riga

Malheureusement, plus d’adresse à vous fournir : les deux testées ont mis la clé sous la porte.

Riga – mars 2020

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