Vietnam

Dalat : porte d’entrée des Hauts-Plateaux

Le bus qui devait nous laisser à 6 h du matin en gare de Dalat (Đà Lạt) nous expédie avec trois heures d’avance sur l’horaire convenu. 3 h tapantes. Trop tôt pour partir travailler la terre, trop tôt pour installer les étals du marché, trop tôt aussi pour que les grand-mères vietnamiennes entament leur sport matinal et trop tard pour sortir – les rues sont désertes. Pas une silhouette, même animale. Pas un bruit. Nuit d’encre.

Il n’y a que les taxis pour croire qu’il est encore possible de tirer quelque chose de la ville à 3 h du matin. Et que les touristes pour s’en étonner – de l’heure, de la ronde des taxis, d’être là, du silence, des bus de nuit qui systématiquement se sentent pousser des ailes, s’étonner de devoir tambouriner sur les portes d’hôtel pour échouer n’importe où dans un coin, à attendre que la ville s’éveille.

D’HCMV/Saigon on débarque donc à Dalat, dans la région dite des « Hauts plateaux ». Perchée à 1500 mètres d’altitude, la petite ville évoque une déclinaison vietnamienne de la birmane Pyin Oo Lwin : une jolie station climatique ondulant sur de multiples collines, faisant alterner élégantes villas coloniales et nouvelles constructions colorées, au beau milieu de lacs, de forêts de pins et de plantations agricoles. Une ville renommée pour ses fraises, son café et ses immenses serres fleuries, en complet décalage avec le reste du pays – un pied en Asie, l’autre en Europe.

Dalat n’a pas hésité non plus à se servir de son charme pour jouer à fond la carte du romantisme (kitsch), s’auto-proclamant tour à tour « petit Paris » et « Cité de l’éternel printemps » – allusion faite à la douceur d’un climat oscillant toute l’année entre 15 et 25 degrés.

De quoi faire rêver la jeunesse branchée de Saigon et attirer en vrac amoureux transis et nouveaux mariés, instagrammeurs égocentriques, flots de touristes russes en excursion depuis les plages de Nha Trang et backpackers en quête de fraîcheur.

– Vintage Dalat –

À la fin du XIXe siècle et sur recommandation du docteur Yersin (ce même docteur qui découvrira un peu plus tard le bacille de la peste) les Français, assommés par la touffeur de Saigon, appuient la construction d’une station climatique dans les hauteurs du centre du Vietnam. Les plans sont dressés à la demande de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine française, suivant les codes architecturaux et les principes propres à la Belle Époque. De Dalat on décide alors de faire une « cité-jardin », en tous points intégrée au paysage naturel environnant. Des lacs artificiels sont créés, un casino, des hôtels, des palais, des bâtiments religieux et administratifs, des écoles, des chalets se déploient le long des collines, sous le couvert des forêts de pins.

Un accord tacite passé par la suite entre les différentes parties prenantes permettra de préserver la ville des bombardements et de traverser les deux guerres sans encombre.

Un temps délaissée, Dalat retrouve finalement des couleurs au tournant des années 2000, portée par sa configuration particulière et par son climat tempéré – séduisant les agriculteurs aussi bien que les riches urbains.

Vous trouverez quelques beaux exemples d’architecture coloniale au sud du lac Xuân Hương, du côté de la cathédrale de Dalat, de l’Hôtel du Parc et de l’ancien lycée Yersin (École des maîtres).

L’édifice le plus séduisant reste néanmoins la petite gare de train à crémaillère inspirée de la gare de Trouville-Deauville.

Dalat abrite également trois palais, désignés sous le nom de « dinh », autrefois occupés – pour deux d’entre eux – par le dernier empereur du Vietnam, Bảo Đại.

Le Dinh I (« King Palace »), construit au début des années 1930 dans un style néo-classique, est racheté en 1949 par Bảo Đại – devenu chef d’État du Vietnam – afin de servir de quartier général à son gouvernement, en pleine guerre d’Indochine. Bảo Đại renversé et contraint à l’exil, le palais terminera sa course entre les mains du Premier ministre Ngô Đình Diệm – assassiné en 1963.

Le Dinh III, d’esprit Art Déco, sera lui utilisé comme Palais d’Été par Bảo Đại jusqu’à son départ pour la France en 1954.

Juste ce qu’il faut pour plonger dans les méandres de l’histoire vietnamienne du XXe siècle et la fin de règne mouvementée de la dynastie Nguyễn…

– De lacs en cascades –

L’itinéraire touristique classique voudrait que l’on consacre une journée entière à l’exploration des chutes d’eau situées à proximité de Dalat – ce que l’on s’abstient scrupuleusement de faire. En revanche à défaut de contempler les cascades, on passe deux après-midi à arpenter les berges des lacs Xuân Hương et Tuyền Lâm.

Le premier, Xuân Hương, créé suite à la construction d’une retenue d’eau en 1919, sert de centre névralgique à la ville et de lieu de rendez-vous aux habitants, nombreux à venir y courir, y pédaler (à vélo comme à pédalo) et surtout y pique-niquer – équipés pour l’occasion d’enceintes géantes.

Mais le mieux est encore de ne rien faire du tout sinon se poser au milieu des fleurs, boire des cafés sữa đá et regarder les coureurs-pédaleurs-pique-niqueurs en croisant les doigts pour que les sonos restent à la maison.

À quelques kilomètres au sud de la ville, le lac Tuyền Lâm s’explore facilement en scooter – sans qu’il soit pour autant possible d’en effectuer le tour complet. La route qui conduit à Tuyền Lâm serpente en contrebas du monastère et centre de méditation Trúc Lâm, perdu au milieu de la pinède et d’une quantité phénoménale de fleurs. Les bâtiments religieux ne présentent pas de grand intérêt d’un point de vue historique mais la vue qui se dessine depuis la colline et la beauté des jardins justifient amplement l’arrêt.

– Serres, théiers et caféiers : en roue libre À TRAVERS LA CAMPAGNE –

Si la région de Dalat est réputée dans tout le pays pour son vin, ses fruits et ses fleurs, que l’on retrouve jusque sur les marchés d’Hanoï, elle l’est tout autant pour sa production de café. À côté des immenses serres qui tapissent les collines, l’œil attentif débusque rapidement de petits arbustes épars. Ce ne sont au départ que quelques tâches vertes surgies de l’ocre de la terre. Et puis, à mesure que l’on se rapproche de Cầu Đất, le drapé s’étend jusqu’à engloutir la totalité des pentes – ne laissant que théiers et caféiers à perte de vue.

Le café produit sur les Hauts plateaux du côté de Dalat et de Buon Ma Thuot est considéré comme l’un des meilleurs du Vietnam. Une source de fierté – et d’importants bénéfices économiques – dans un pays propulsé deuxième exportateur mondial derrière le Brésil, et dont le secteur du café génère près de 3 % du PIB national.

À cette époque de l’année (février), la récolte à la main se termine à Cầu Đất et les graines de café, tout juste lavées, sont mises à sécher en plein soleil pour plusieurs semaines.

Mais plus que le café, c’est le thé qui a fait le succès de Cầu Đất. L’exploitation, fondée au début du XXe, est aujourd’hui l’une des plus anciennes du Sud-est asiatique toujours en activité. Tournée à l’origine vers le thé noir, la production a progressivement évolué vers des thés verts et oolong à mesure qu’étaient introduits des théiers en provenance de Taïwan.

Les visiteurs de passage, en quasi-totalité de jeunes Vietnamiens, se contentent de séances photos délirantes au milieu des rangées de théiers. Dépassez les quelques terrasses aménagées pour grimper à l’assaut des collines et vous vous retrouverez rapidement complètement seuls.

25 km séparent Cầu Đất de Dalat. Si vous vous sentez à l’aise à moto, profitez-en : la route est belle et peu fréquentée, ce qui la rend d’autant plus agréable à parcourir.

Vous tomberez en chemin sur la pagode Linh Phước, l’un des lieux les plus courus de la région. L’endroit est littéralement pris d’assaut par les groupes de pèlerins et les touristes mais les mosaïques colorées et le côté vaguement Parque Guell du temple méritent le coup d’œil. Le petit village de Trại Mát tout proche offre également de beaux panoramas sur les exploitations agricoles alentour.

On quitte finalement Dalat après quatre jours pour s’enfoncer un peu plus encore dans la région des Hauts plateaux. Et pour une fois, le bus de nuit fait durer le plaisir : une heure de prolongation et une arrivée triomphante sur le coup de 5 h du matin. À une paire de lunettes près – explosée en cours de voyage – on quittait Dalat sur un quasi sans faute…


Visiter Dalat : informations pratiques
  • Où loger ? Europe Town Hostel. Les chambres doubles n’ont pas forcément de fenêtre et la décoration a un côté un peu… décalé, mais la tranquillité du quartier, l’ambiance de l’hostel et la gentillesse du type qui tient les lieux en font un bon point de chute.
  • Où se restaurer ? En vrac, le Chalet à deux pas de la Crazy House pour ses Mì Quảng divins, la cuisine biologique du Bep Nha The Vibe et le cadre magnifique du Biang Bistro.
  • La Viet Coffee, au nord de la ville, est le lieu de rendez-vous (branché) des amateurs de café. La production est locale et les grains torréfiés sur place. Il est possible de visiter la ferme en réservant à l’avance ou de se faire expliquer les différentes étapes de production du café entre deux tasses, le coffee-shop se trouvant au même endroit que les installations techniques.
  • La région de Dalat s’explore facilement à scooter. Pas la peine de tenter le diable pour autant : si vous ne vous sentez pas à l’aise sur un deux-roues, vous trouverez sans peine un tour Easy Rider (un conducteur expérimenté vous prenant en charge à moto) pour vous permettre de découvrir la région sans vous mettre en danger.
  • L’accès à la gare du train à crémaillère est payant (5000 VND/personne). Sans scooter, empruntez le petit train pour rejoindre le village de Trại Mát et la pagode Linh Phước à une dizaine de kilomètres au sud-est de la ville.
  • La ferme de Cầu Đất (Cầu Đất Tea Hill) se trouve à environ une heure de route au sud-est de Dalat, sur la QL 20. Le lieu, splendide, est virtuellement inconnu des touristes étrangers. Promenez-vous le long des collines, attablez-vous pour goûter le thé produit sur place et n’hésitez pas à pousser la porte des usines et ateliers installés dans le village – beaucoup sont ouverts au public.
  • Rejoindre Kontum depuis Dalat : un bus quitte Dalat chaque jour à 18 h (compagnie Thuan Anh bus), avec une arrivée prévue à 4 h du matin. Un bus partirait également à 5 h 30 de Dalat mais cela reste à confirmer confirmer. S’il y a de fortes chances pour que votre hôtel puisse vous réserver un siège, on vous conseille malgré tout de payer le billet directement dans le bus – la marge pratiquée est vite conséquente. Prix du trajet : 270 000 VND.

Dalat – février 2019

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