Aksou-Jabagly
Après quelques jours plongés dans la fournaise des steppes kazakhes, nous avons soudain besoin de nous carapater fissa dans les montagnes. Et comme nous sommes chanceux, deux heures de minibus suffisent pour changer radicalement de décor et troquer les abord étouffants et arides de Chimkent contre les plis vert tendre d’Aksou-Jabagly.

Dans cet article nous allons tâcher de vous donner un maximum de renseignements sur le parc d’Aksou-Jabagly. Excusez-nous par avance pour le peu de péripéties du récit. Nous n’avons passé que 2 jours sur place mais vu le peu de ressources en ligne, nous nous disons que toute contribution est bonne à prendre, fût-elle très pratico-pratique.

Une réserve alpine au milieu des steppes
Posée au sud du massif du Karatau, dans les Tien Shan occidentales, la réserve naturelle d’Aksou-Jabagly (ou Aksu-Zhabagly) est la plus ancienne du Kazakhstan. Elle abrite ce qui se fait de mieux en matière de faune dans la région : des loups, des ours bruns, des moutons argalis, des bouquetins, des léopards des neiges, et plus de 260 espèces d’oiseaux qui attirent chaque année des colonies d’ornithologues migrateurs. Ceux-ci sont rejoints fin avril par des cohortes de botanistes, aimantés par les tapis de tulipes sauvages qui constellent les prairies au printemps.

Début juillet, quand nous débarquons à Zhabagly (Jabagly), les tulipes ont déserté les pentes et aucun animal ne pointe le bout de son museau dans l’objectif de nos jumelles. Dommage. Mais nous ne boudons pas notre plaisir pour autant. Kazakhstan oblige, le charme opère quoi qu’il en soit : des chevaux semi-sauvages courent au milieu des herbes folles, l’eau claire des torrents dévale les pentes rocheuses, le vent fait frémir les peupliers qui bordent la grande yourte blanche posée dans le jardin de notre hôte, Ruslan, et celui-ci s’empresse de nous accueillir avec un sens de l’hospitalité tout centre-asiatique.



Explorer le parc d’Aksou-Jabagly
Rejoindre Zhabagly, le village qui sert de porte d’entrée au parc du même nom, ne pose aucune difficulté. En revanche, s’aventurer dans le parc lui-même est une autre paire de manches. Il nous faut farfouiller un moment avant de récupérer des informations à peu à jour concernant les permis, les autorisations de circulation, le périmètre précis de la zone protégée (payante) et les possibilités d’exploration. Nous retenons qu’un guide local est obligatoire pour découvrir les canyons et crapahuter à l’intérieur de la réserve, et que l’exploration du parc se trouve en conséquence limitée et rapidement coûteuse.

En revanche, rien n’empêche de se promener dans les environs immédiats d’Aksou-Jabagly sans rien débourser. La maison de Ruslan, posée à la lisière du parc, constitue pour cela une alternative idéale, que ce soit pour randonner au milieu des troupeaux de chevaux et de moutons, ou simplement prendre un grand bol d’air, dormir sous la yourte et passer la journée à bouquiner la tête posée dans les fleurs, à l’ombre des peupliers.


Nous en profitons comme il se doit, et nous aurions pu rester plusieurs jours à alterner sieste et balades dans les alpages si l’envie de voir ce qui se cachait dans la réserve ne nous avait pas autant chatouillés. Notre budget un poil contraint de vadrouilleurs en année de disponibilité ne nous permettant pas de nous lancer dans une grande expédition, nous signons pour le tour le plus populaire et le moins coûteux du parc, en direction du canyon Aksu.
Les paysages nous emballent, nous en prenons plein la vue et nous ne regrettons pas un instant notre virée mais pour ne rien cacher, nous restons un peu sur notre faim côté randonnée. L’essentiel du tour se fait en jeep, avec quelques arrêts au programme pour grimpouiller au travers des herbes et des genévriers à la recherche de points de vue, puis dégringoler de 300 mètres jusqu’aux eaux laiteuses de la rivière au fond du canyon (et remonter ensuite).

Reste que nous ne croisons pratiquement aucun autre visiteur, que nous avons une guide-ornithologue rien que pour nous, à qui nous posons plein de questions malgré la barrière de la langue, et que nous profitons à mi-parcours d’un repas animé avec les gardes du parc, réfugiés eux aussi à l’ombre des peupliers.


Avec plus de temps, un budget plus fourni, et davantage d’explications sur les itinéraires de randonnée, nous aurions aimé explorer la réserve plus en profondeur. Des treks sont envisageables sur un ou plusieurs jours, à pied comme à cheval, mais web et réseaux sont tellement peu bavards que nous ne sommes pas parvenus à dégoter d’informations plus précises. Au final, l’absence de balisage – presque rien n’est tracé sur les applis type Maps.me – et les prix élevés poussent les voyageurs à esquiver la région, laquelle poursuit sa route loin du tourisme et sans se préoccuper d’être accessible ou non. Peut-être les choses évolueront-elles : si vous mettez les pieds à Aksou-Jabagly, dites-nous ce qu’il en est.
Derniers conseils encore plus pratiques pour profiter d’Aksou-Jabagly
| Loger à proximité du parc
Tarifs élevés ou non, l’éco-tourisme s’est développé ces dernières années avec la venue régulière d’ornithologues et de botanistes étrangers. En parallèle, le réseau de pensions et de logements chez l’habitant s’est structuré, avec une adresse phare qui sort du (petit) lot : la maison de Ruslan.
Au moment de notre venue, en 2019, Ruslan disposait de deux maisons, situées l’une dans le village de Jabagly, l’autre à deux pas de l’entrée du parc. Depuis la pandémie et le rebattage des cartes touristiques, seule la maison dans la montagne semble avoir été conservée. Tant mieux : le cadre est magnifique, il suffit de pousser la porter pour pouvoir gambader dans la nature, Ruslan est très sympa et pour ne rien gâcher, sa mère est une excellente cuisinière. La propriété compte trois chambres double ainsi qu’une yourte installée dans le jardin.
Ruslan vous aidera à obtenir les autorisations nécessaires pour accéder au parc et organiser les excursions avec chauffeur et guide/ranger dans la réserve. Côté budget, nous avons payé notre virée 29 000 tenge pour deux personnes, soit une soixantaine d’euros la journée. N’hésitez pas non plus à demander à Ruslan des idées de randonnée alternatives, à proximité de la réserve.

| Rejoindre/quitter Aksou-Jabagly
- Transports depuis Chymkent : un minibus quitte Chymkent tous les matins de la gare routière Aina, et rejoint Jabagly en 2 heures environ. Des bus desservent également la ville de Tyulkubas (500 tenge), où il est possible de récupérer un taxi partagé pour Jabagly (500 tenge à nouveau). Dernière possibilité : des trains circulent entre Chymkent et Tyulkubas. Si vous choisissez cette option, organisez votre transfert vers Jabagly en amont. La gare de Tyulkubas se trouvant à l’extérieur de la ville, très peu de transports collectifs s’y arrêtent.
- Transports vers Almaty : le mieux est de réserver une couchette dans le train qui quitte Tyulkubas chaque jour en fin d’après-midi (en juillet 2019 : 16 h 30), pour arriver le lendemain matin à Almaty aux alentours de 6 h.
Ruslan pourra vous récupérer à Jabagly ou à la gare de Tyulkubas (ou inversement, vous y conduire) mais prévenez le quelques jours en avance.
| S’évader dans les montagnes, plan B
Une alternative « petit budget », pour profiter du coin sans se ruiner, serait de visiter le parc national de Sayram-Ugam, situé non loin d’Aksou-Jabagly. A nouveau, difficile de trouver des renseignements en ligne : si vous organisez une virée sur place, dites-nous ce que vous en avez pensé.
Aksou-Jabagly – juillet 2019

