Chine,  Yunnan

Dans les rizières de Yuanyang

De Hekou (河口) à Nansha (南沙) ce ne sont que bananiers et cultures d’ananas à flanc de collines. Ananas, bananes, bananes, ananas, à perte de vue et 4 h durant. Il faut attendre de grimper dans la montagne et se rapprocher de Xinjie (新街) pour voir enfin apparaître les premières rizières – impressionnant jeu de miroirs nappé de brume.

On raconte qu’il aurait fallu plus de 1000 ans aux Hani pour façonner les rizières de Yuanyang (元阳梯田), étagées sur près de 16 000 ha. Une manière de s’affranchir des terrains escarpés et de parvenir à développer une région naturellement peu propice à l’agriculture. Mais au-delà de l’ingéniosité de ces cultures en terrasses – qui se répandirent à travers toute l’Asie du Sud-Est à partir du 14e siècle -, c’est aussi et surtout la beauté de ces paysages qui fascina les voyageurs de passage et valut aux Hani une reconnaissance impériale : artisans « sculpteurs de montagne ».

En certains endroits elles sont près de 3000 terrasses accrochées aux pentes de vallées encaissées, suspendues au pied de forêts denses sur lesquelles repose l’équilibre de l’ensemble – un système complexe de canaux et de fossés transportant l’eau des sommets boisés vers les terrasses.

Les rizières de Yuanyang fonctionnent comme un trait d’union entre les hommes et leur environnement. À la fois œuvre d’art, bâtie sur des structures sociales et religieuses anciennes (culte des ancêtres et des esprits – des forêts, des rivières, des montagnes, de la lune et du soleil) et système d’agriculture intégrée, mêlant culture du riz rouge et élevage. Ici les canards servent à fertiliser les jeunes plants de riz, les cochons les plants plus mûrs, les buffles à labourer la terre et les escargots d’eau à débarrasser les rizières des différents organismes nuisibles.

Si les Hani demeurèrent isolés du reste de la Chine durant de nombreux siècles, il ne fallut pas plus de 20 ans pour faire de Yuanyang l’un des fleurons touristiques du Sud-Yunnan et ce qui s’est rapidement imposé comme « le plus beau paysage de rizières au monde ».

Flairant le bon filon, les autorités ont encouragé la construction de plusieurs plateformes d’observation payantes, surplombant trois immenses ensembles de terrasses irriguées : Duoyishu (多依树), Laohuzui (老虎嘴 – parfois appelée Mengpin) et Bada (坝达). Un glissement de terrain causé par les pluies diluviennes de l’été 2018 a conduit à la fermeture du belvédère de Laohuzui et réduit les possibilités d’exploration de la zone. Ailleurs, les minivans pleins à craquer continuent de sillonner les routes en bondissant, croisant dans un concert de klaxons les voitures rutilantes des touristes chinois venus à la journée.

Depuis cinq ans, le tourisme a littéralement explosé dans la région. Mais là où on s’attendrait à ne croiser qu’une suite de stands de souvenirs ou d’installations flambant neuves, on ne trouve le plus souvent que de tranquilles villages campagnards – et des rues livrées aux porcs et aux poulets bien plus qu’aux foules de visiteurs. Même le costume traditionnel que l’on suspecte d’abord d’être porté à des fins commerciales n’est finalement qu’un détail parmi d’autre, parfois dissimulé derrière un gilet orange dès lors qu’il s’agit de faire la circulation ou de conduire des travaux. Pour un peu, personne ne porterait attention aux voyageurs qui déambulent d’un village à l’autre.

Alors certes, les villages champignons caractéristiques de la région ont progressivement laissé la place à une série d’immeubles d’habitation sans charme – où le béton remplace l’adobe – et Pugao (普高) semble plongé dans un état d’effervescence et de construction-rénovation permanent. Mais Yuanyang n’est pas (encore ?) ce monstre touristique que l’on craignait de rencontrer. Et sur les chemins de terre qui serpentent de Shengcun (胜村) à Bada, ou du côté de Quanfuzhuang (全福庄), il n’y a bien souvent personne en vue. Parfois pas même un villageois. Ou alors un minuscule point, là en contrebas, pieds dans l’eau et bêche à l’épaule.


Informations pratiques – comprendre Yuanyang

Pas facile de comprendre la géographie des lieux d’emblée. « Yuanyang » ne désigne pas une ville à proprement parler mais plutôt une région (元阳县), au sein de la préfecture autonome Hani de Honghe (红河). Dans les faits, la grosse ville – hideuse – de fond de vallée, sur la route principale entre Kunming et Hekou, se nomme « Nansha » (南沙镇), ou « Yuanyang New City ». De là, une route serpente dans la montagne jusqu’à Xinjie (新街镇)- ou « Yuanyang Old City » -, porte d’entrée de la zone de rizières et terminus des lignes de mini-bus depuis le reste de la région. 82 villages au total émaillent la zone, mais celui où se concentre la grande majorité des logements est le vieux village de Pugao (Pugao laozhai, 普高老寨, dit aussi « Duoyishu village », 多衣树村). De quoi s’embrouiller dès qu’il s’agit d’acheter un billet un bus.

– Accès et déplacements entre les rizières –

Pour éviter toute confusion, une fois en gare – de Kunming, de Jianshui ou de Hekou -, le plus simple est encore de demander un billet pour « Yuanyang Xinjie ». Si vous arrivez du Vietnam, une fois la frontière Lao Cai/Hekou franchie, dirigez vous vers la gare routière de Hekou. Le tableau des horaires indique toujours deux départs, à 6 h et 9 h, ce qui semble être le cas depuis des années. Pour autant, d’autres départs sont programmés qui n’apparaissent pas officiellement. On a ainsi pu récupérer un bus à 11 h directement pour Xinjie, pour 58 yuan par personne et environ 5 h 30 de trajet.

Dans l’autre sens, pour quitter Yuanyang et rejoindre Jianshui (ou Kunming), deux options. La moins coûteuse consiste à rejoindre Xinjie dans un premier temps, puis Nansha à 1h de route, qui concentre la majorité des bus. Des trajets directs existeraient également depuis Xinjie, mais les horaires fournis en gare ne sont pas plus d’actualité que ceux donnés à Hekou.
La seconde option, plus simple à défaut d’être économique, revient à prendre un taxi partagé directement de Pugao laozhai vers Jianshui, où il est ensuite possible de récupérer un train. Compter alors 100 yuan par personne et 4 h de trajet. Le taxi devrait en théorie vous conduire directement à votre hôtel.

Depuis Xinjie, des minivans circulent entre les différents points de vue et villages. Le trajet entre Xinjie et Pugao laozhai ne dépasse – en principe – pas les 20 yuan par personne (une petite heure de route), à condition que la voiture soit remplie. Ne pas céder aux manœuvres des chauffeurs qui vous proposeront toutes sortes de combines du type : « vous payez la voiture complète, on part sans attendre et je vous fais éviter les droits d’entrée »…

La zone des rizières, gigantesque, s’étend sur plusieurs versants des monts Ailao, entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. Impossible donc de la parcourir à pied. Oubliez également l’idée de faire du vélo ou du scooter. Pour se déplacer d’un spot à l’autre, rien de compliqué : il suffit de se placer sur la route principale et de faire du stop, les minivans qui sillonnent la zone vous prendront sans problème. Pour une idée des prix : de Pugao à Shengcun, compter 5 yuan ; de Pugao à Bada, 10 yuan.

– Droit d’entrée et randonnées –

Un billet combiné donne accès aux différents points de vue. En théorie, trois plateformes sont accessibles avec ce billet : Duoyishu (belvédère situé le long de la route principale, juste au-dessus des rizières du même nom et du village de Pugao), Bada et Laohuzui. Laohuzhui étant fermé début 2019, le prix du ticket a été revu à la baisse, passant de 100 à 70 yuan. D’avis général, Duoyishu serait le meilleur endroit pour assister au lever du soleil et Bada au coucher – ce que l’on n’a pas cherché à vérifier par nous-mêmes…

Pour se déplacer entre ces trois zones, pas d’autre choix donc que de grimper dans un minivan. Toutefois, plusieurs sentiers de randonnée existent qui offrent la possibilité d’aller explorer chaque zone de plus près et d’aller se perdre au cœur des rizières. On en a testé deux, qui peuvent être cumulés en partant tôt le matin. Tout est tracé sur Maps me.

  • La première randonnée part de Shengcun, village situé à 5 km à l’ouest de Pugao et qui abrite l’un des marchés de la région (voir plus bas). À partir de là, suivre la route en direction de « Lao Yin Zui » ou « Eagle’s mouth », qui offre l’un des plus beaux panoramas de la région. La route continue ensuite vers Bada via Malizhai. Attention, la zone de jonction juste avant Bada est très mal indiquée. Un escalier tout proche du point de vue (« free balcony », sur maps me) permet de regagner une route secondaire et peu de temps après, la route principale et le point de vue de Bada.
  • Dans la fameuse « zone de jonction », un chemin descend entre un kiosque et le point de vue sans nom, direction Quanfuzhuang (全福庄) et Qingkou (箐口). L’itinéraire est cette fois beaucoup mieux fléché.

Outre les trois grands points de vue aménagés et payants, vous trouverez de nombreux autres belvédères – gratuits et tout aussi beaux – le long de la route principale et au gré des chemins de randonnée. C’est notamment le cas sur le tronçon Quanfuzhuang/Bada, ou en contrebas de la place centrale de Pugao laozhai.

L’un des itinéraires les moins fréquentés, et qui semble aussi l’un des plus intéressants, permet de relier Pugao et Laohuzui via les villages de Puduo et Dongpu. Il faut toutefois compter une grosse journée de marche, d’autant plus qu’avec la fermeture du point de vue de Laohuzui, les chances sont faibles de trouver une voiture à l’arrivée. Pas d’autre solution dans ce cas que de poursuivre vers l’axe principal Xinjie/Pugao ou d’organiser le transfert à l’avance. Compter 200 yuan le trajet depuis ou vers Pugao.

– Marchés de Yuanyang –

L’autre attrait de la région est de pouvoir aller à la rencontre des Hani, Yi, Miao ou Dai installés dans tout le Sud Yunnan – même si dans les faits, la « rencontre » se limite le plus souvent à un échange de sourires timides… Les marchés fonctionnent par roulement, grosso modo selon le rythme suivant : un jour à Xinjie, le lendemain à Niujiaozhai, le troisième jour à Shengcun, suivi d’un jour de pause.

– Où loger et où se restaurer –

S’il est possible de loger à Xinjie, se baser à Pugao laozhai reste une meilleure option. Le village est plus agréable et surtout plus proche des différents points de vue et départs de randonnée. Pugao compte aussi le plus grand nombre d’hébergements. Timeless Hostel et Jacky’s Guesthouse semblent avoir la préférence des backpackers et c’est là que vous croiserez le plus de voyageurs. On s’est nous installé au Flowers Residence et si on n’y a pas rencontré grand monde, on a au moins profité du calme de l’hôtel. Le gérant est très sympa et parle anglais. Petit-déjeuner et repas (non inclus) se prennent à l’hôtel Beyond the Terrace, en contrebas du village, qui appartient au même propriétaire. La cuisine y est excellente et la vue depuis la terrasse magnifique.

Quant à la question cruciale « à quel moment visiter Yuanyang ? », difficile d’y apporter une réponse précise. Fin mars, les rizières étaient en eau – ce qui semble être le cas tout l’hiver. Elles sont d’un vert lumineux au cours de l’été puis jaunissent avant la récolte d’automne. Les mois d’octobre et novembre sont peut-être les seuls à « éviter », la terre étant alors marron et sèche.

Yuanyang – 26 au 29 mars 2019

One Comment

  • DARDE MICHELE ET SERGE

    Toujours aussi passionnant et les photos!……..à me faire pâlir de jalousie.
    Merci pour tout cela et aussi merci pour la carte postale: quelle belle surprise ce fut de découvrir votre prose « exprès » pour nous.
    J’ai tardé à vous écrire mais l’été fut un peu cahotique, nous aurons le plaisir de vous entendre lorsque nous vous verrons à votre retour.
    Bises de nous deux

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