Kirghizstan

Song Kul par la face sud

La découverte du lac Song Kul constitue probablement l’une des étapes les plus marquantes d’un voyage au Kirghizstan.

Itinéraire : le casse-tête

La plupart des gens qui visitent Song Kul, à pied ou à cheval, le font depuis Kyzart, au nord-ouest du lac, en partance de Kotchkor. Les tours organisés et les 4×4 vrombissants préfèrent quant à eux emprunter la grande route de l’Est et gagner rapidement les immenses camps jouxtant le lac sur sa côte orientale.

De notre côté, la suite du voyage nous oblige à partir de Naryn. Pour autant, pratiquement aucune info ne ressort en ligne sur les possibilités de rejoindre Song Kul à pied depuis Naryn et les itinéraires paraissent tous plus obscurs les uns que les autres. On débarque donc en ville avec une pointe d’appréhension, et on pousse la porte de chez Kubat avec hésitation. 30 minutes plus tard pourtant, on ressort de l’agence regonflés à bloc, carte en main.

Première rencontre avec Naryn…

La première tentative est un échec cuisant. Le bus local parti plus tôt que prévu, la seule solution reste de négocier un taxi au bazar. « Vous allez à Song Kul depuis Ak-Tal ? Mais c’est impossible ! Il faut plusieurs jours de marche et puis il y a des animaux sauvages partout. » On re-regarde la carte, les distances, 55 km, 2 jours de marche. Des bêtes sauvages ? Kubat nous a assuré qu’on pouvait bivouaquer sans problème. C’est qu’ils nous fileraient presque des sueurs froides ces abrutis. On trouve malgré tout une voiture, avec l’aide de deux jeunes qui se débrouillent en anglais, on pose les sacs dans le coffre et on attend le feu vert. 30 minutes, 1 h, 2 h. Le chauffeur se volatilise. Deux autres passagers déposent leurs affaires avant de s’éclipser à leur tour, pour refaire des apparitions ponctuelles les bras chargés de sacs. On comprend vite que tous profitent d’être sur Naryn pour faire des courses avant de regagner les villages alentour. Mais nous pendant ce temps là, on continue de gamberger, craignant de se faire surprendre par la nuit en partant aussi tard et, pourquoi pas, finir capturés par une horde de bandits ou dévorés par un chacal sauvage. 4 h 30 plus tard, énervés, on claque les portes de la voiture et on quitte le marché sous les supplications du chauffeur, des passagers soudainement réapparus, et de spectateurs désœuvrés qui tentent tous de nous faire rester. On s’en sort par un mélange de russe de dictionnaire, de conversation téléphonique en anglais avec un type sorti de nulle part et quelques billets laissés pour dédommager le chauffeur en sueur.

Les deux jeunes qui tenteront tant bien que mal de nous sortir d’affaire…

On passe l’après-midi à tourner en rond au Khan Tengri, à se demander si on ne devrait pas parfois arrêter avec cette histoire de sentiers battus. Mais bon, oh, on est des aventuriers oui ou non ?

Le lendemain matin on arrive à la gare routière à 7 h 15, frais dispos au taquet et cette fois, on démarre bien pour Ak Tal (le départ ne se fait pas de Naryn même mais d’une petite ville à un peu plus d’une heure de route de là).

Nous ne rencontrerons pratiquement personne lors de la première journée de marche, à peine quelques cyclos redescendus du lac. L’orage tonne dans le lointain, heureusement sans jamais nous atteindre.

Le camp atteint ce soir là est plutôt déprimant et la soirée aurait été franchement maussade si l’on n’était pas tombé par hasard sur un couple français super sympa, ayant trouvé refuge ici aussi pour la nuit.

La deuxième journée fait davantage chauffer les mollets, on avale rapidement du dénivelé, sous un crachin glacial que ne renierait pas un bon vieux Breton. Soudain émerge du brouillard un cavalier et une voix rocailleuse qui interroge « At Kudat? » « D’où venez-vous ? ». Ici s’arrête notre connaissance du kirghize. Dans le lointain se découpent d’immenses pics enneigés et à leur pied la vaste étendue argentée du lac. Pour autant, la route est encore longue avant d’atteindre réellement les berges de Song-Kol.

Le Kirghizstan, seul pays où l’on peut se rouler dans les édelweiss

On s’arrêtera pour la nuit dans un camp beaucoup plus chaleureux que la veille, où l’on retrouve par hasard nos amis français qui, en cheval, ont eu tôt fait de nous devancer.

Les deux derniers jours (que l’on aurait pu combiner en une seule journée) seront probablement les moins exaltants. La piste s’éloigne du lac et il n’y a plus pour nous qu’à regagner l’extrémité est, en attendant qu’un taxi nous redescende sur Naryn.

Informations pratiques

En raison du peu d’infos précises disponibles en ligne, je préfère entrer dans les détails, en espérant pouvoir aider de futurs voyageurs. Mais pour commencer, mieux vaut s’armer d’une carte.

La majorité des voyageurs organise le trek vers Song Kul depuis Kotchkor, le grand « camp de base nord », en passant notamment par l’agence Jailoo qui semble avoir bonne réputation. Plusieurs itinéraires conduisent au lac, majoritairement depuis Kyzart ou Jumgal (grosso modo selon le chemin suivant, identifiable sur maps me : Chaar-Archa pass, Kilemche jailoo, Jalgyz Karagai pass, Jaman Echki, Tuz Ashuu/Tulpar Tash, Uzbek Pass, Kyzart).
Le « camp de base sud » se situe à Naryn et, de ce côté-ci, mieux vaut s’adresser à Kubat. La majorité des agences est de toute façon de bon conseil, notamment pour identifier les passages ou faire un topo sur l’état des chemins.

Le lac peut également être rejoint en voiture privée, mais l’addition est salée. Comme on était contraint par le temps, un taxi est venu nous chercher directement à l’issue du trek pour nous ramener à Naryn mais sans impératif, mieux vaut faire du stop pour redescendre ! Une route circulaire permet de contourner la totalité du lac, parcourue avant tout par les bergers et les voitures de tourisme. La circulation est peu dense mais trouver un chauffeur pour revenir sur Kyzart/Kotchkor ou Ak-Tal/Naryn n’est pas bien compliqué.

Sur la route reliant Ak Tal à Song Kul, en direction du col de Moldo Ashuu

La route principale débouche au Nord-Est du lac, à proximité de Kotchkor, sur ce qui est de fait la partie la plus visitée – voire « bondée » et peu agréable selon certains (camp de Batai Aral). Deux autres routes permettent de relier également Song Kul depuis Naryn, que nous avons suivies de notre côté. L’une part d’Ak-Tal, tout au Sud et file plein Nord en passant par le col de Moldo Ashuu (route qui peut être rattrapée depuis Karakeche), l’autre part au Sud-Est vers l’axe Kotchkor/Naryn et permet d’emprunter le col des « 32 perroquets » (le nombre de perroquets est toutefois sujet à controverse…). Ces deux itinéraires sont absolument somptueux.

Le fameux col des  » 32 perroquets « 

Il est tout à fait possible de réaliser le trek en indépendant, à l’aide d’une carte ou de maps me. Avoir son propre matériel de camping est quand même un vrai plus, quitte à poser la tente à proximité des yourtes et à se restaurer au campement. C’est ce que nous avons fait, ce qui est à la fois plus économique et permet d’éviter certaines yourtes pour touristes un peu crasseuses…
Sur l’itinéraire Ak-Tal/Song Kul : un unique camp existe, peu avant la montée pour le col de Moldo Ashuu. Le chemin « piéton/cheval » en direction du lac part sur la droite, à quelques centaines de mètres après le camp. Les camps suivants sont situés en bordure du lac. Concernant la route de l’est (la fameuse route des « perroquets »), empruntée en voiture, elle paraît relativement peu fréquentée et je ne suis pas certaine que des yourtes puissent accueillir les trekkeurs. A voir.

Au niveau de l’itinéraire, et d’avis général, les parties les plus sauvages et intéressantes à explorer sont les rives ouest et sud. Faute de temps, nous n’avons pas pu suivre le chemin repéré initialement mais si c’était à refaire, j’opterais pour marcher d’Ak-Tal à Song Kul (tronçon très peu emprunté et véritablement superbe) puis cap à l’ouest avant de ressortir par Kyzart/Jumgal. La rive sud-est, que nous avons longée, ne présente pas un intérêt fou : en raison des marécages, la route s’écarte vite du lac et les yourtes des nomades ne sont installées que loin au pied des collines. On ne croise donc personne. Deux camps permettent un arrêt, un peu avant l’embranchement routier, mais n’ont rien de franchement enthousiasmant.

Pour se rendre à Ak-Tal – qui marque donc le début du trek depuis Naryn : le bus part à 8h15 de la gare routière de Naryn.

Sur Naryn : des logements peuvent être trouvés via Kubat ou le CBT. On a testé une nuit dans une pension, plutôt sympa. L’option « luxe » reste le Khan Tengri – qui dispose aussi d’un des « meilleurs » (tout est relatif) restaurants de Naryn. Compter environ 30 euros la nuit.

La ville de Naryn n’a pas forcément bonne presse, ce qui se justifie moyennement. Certes elle manque de charme mais la région, peu visitée, est très belle et mérite largement que l’on s’y attarde !

Voyage effectué en août 2017

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