Kirghizstan

Sur la route – de Bosogo à Tach Rabat

La voie rapide qui court depuis Naryn en direction de la frontière est impeccable. Des fonds chinois permettent d’entretenir ce tronçon de route, largement emprunté par les camions qui font la navette entre les deux pays. Les voitures filent, pour une fois sans avoir à se soucier des nids de poule, de la poussière ou des cailloux qui donnent aux voyages en marshrutka des allures de fête foraine.

On abandonne toutefois rapidement la grande route pour bifurquer vers Ak-Muz. La route longe un temps la rivière, avant de gagner les vallées alpines de Bosogo. Le temps invite à la marche. Tandis que l’on grimpe à travers les sapins, un jeune garçon d’un camp en contrebas s’engage timidement derrière nous. Il chemine un moment à distance, craintif, avant de s’adoucir petit à petit et de rester à mes côtés. Un instant il me tend la main, soucieux de m’aider à avaler la pente plus facilement, ses grands yeux noirs posés sur moi, puis comme surpris par son propre geste, se renfrogne et repart à toute vitesse droit devant.

Le plateau est tapissé de fleurs jaunes et violettes formant un tapis chamarré rappelant le moelleux intérieur des yourtes. Les insectes crépitent. Le regard dérive, du moiré des étoffes alpines aux « grains de beauté » verts qui émaillent les prairies kirghizes, petits amas d’arbustes circulaires.

Le chemin qui serpente vers le bas de vallée nous fait buter sur un groupe de citadins enjoués venus profiter du week-end pour pique-niquer dans les alpages. Les invitations ne tardent pas, ni les shots de vodka ponctués de grands éclats de rire. L’une nous tend à manger, l’autre nous ressert à boire. On remercie pour l’accueil, on se serait bien attardé davantage mais Samira nous attend pour le repas.

De la vaste yourte émane une atmosphère paisible. Je me plonge dans cet univers qui me plaît tant depuis le début du voyage : odeur discrète mais bien présente de la peau de mouton, feutre rêche enserrant les treillis et perches de bois peints en rouge, nattes cousues de pailles de roseaux et de laine, lumière filtrant à travers le tunduk – clef de voûte de la yourte et du drapeau national -, chatoiement et chaleur des tissus, couleurs vives des shyrdaks et des passementeries – et j’admire avant tout la beauté des ouvrages cousus main par Samira des semaines durant, à l’occasion de son mariage, il y a de cela bien longtemps.

On nous apporte une pastèque gorgée d’eau et de sucre et, devant notre enthousiasme peu commun pour le kumys, Samira nous tend une pleine bouteille pour la route. Acide, étrange pour un palais français mais loin de la boisson diabolique conspuée par tant de voyageurs.

La voiture redémarre, dépassant les yourtes voisines où l’on s’active à fouler le feutre qui servira à la création de shyrdak ou de vêtements.

On repasse en sens inverse quelques jours plus tard, de retour de Kel Suu. Il y a cette fois trop de monde chez Samira pour que l’on puisse s’y arrêter. On profite toutefois de la présence de « camions-ruches » pour s’approvisionner directement en miel. Les apiculteurs arrêtent leur véhicule pour un temps, laissant leurs abeilles butiner les fleurs alentour. La récole « épuisée », ils n’ont plus qu’à rassembler les caissons de bois colorés et élire domicile un peu plus loin.

Tach Rabat

La route nous conduit cette fois vers l’ouest, du côté d’At-Bachy et de ses montagnes pelées. Un embranchement sur la voie qui mène au col de Torougart, frontière avec la Chine, permet de gagner Tach Rabat à 3500m. Encastré dans la montagne, le caravansérail (supposément) du XVe témoigne seul de la grandeur passée de la route de la Soie. Son positionnement éloigné, loin des grands axes de passage, à la lisière des hauts cols, continue pourtant de susciter bien des interrogations. Certains avancent que l’édifice serait venu remplacer un monastère chrétien nestorien. D’autres voix, aux accents plus nationalistes, affirment qu’ils se seraient au contraire agi du château d’un khan local.

On aimerait pouvoir interroger les pierres, connaître l’histoire des caravanes qui n’ont pas manqué de s’arrêter en ces lieux, nomades fourbus se glissant pour la nuit entre leurs bêtes, marchands montés à cheval, voyageurs venus de toute l’Asie Centrale, des provinces chinoises ou de la lointaine Turquie.

Les bergers ont peu à peu peu cédé la place aux touristes qui chaque année sont un peu plus nombreux à gagner le jailoo. D’une route de la Soie à l’autre…

Informations pratiques

On a de notre côté profité du tour avec Nomad’s Land pour se rendre à Tach Rabat. Il est toutefois facile de trouver un chauffeur à Naryn, en faisant appel à Kubat ou au CBT. Autre option, se rendre à At-Bashy et négocier un taxi sur place. Plusieurs camps de yourtes sont installés à l’arrière du caravansérail. On est resté au camp le plus éloigné en venant du caravansérail – rien à redire (et en bonus, le camp abrite un banya, qu’on était bien heureux de croiser après une semaine sans douche).

Comme on était trop juste niveau temps on ne s’est pas aventuré jusqu’au lac Chatyr Kul. Un visa est semble t-il nécessaire pour pénétrer plus avant vers le lac mais si vous demeurez en amont (col de Tash Rabat ou rive nord), vous devriez vous en tirer sans trop de difficulté. La randonnée est visiblement magnifique !

Sur la fabrication de la yourte, voir ici.

Voyage effectué en août 2017

One Comment

  • Manu

    Hello les globes trotters… Vous me faites rêver par procuration.
    Votre blog est superbe, le texte fait rêver, les photos sont dignes d’un reporter…

    Je vous suivrai au fil de votre voyage, m’imaginant assis autour d’un verre dans un endroit reculé, au bout du monde, à la rencontre de ces civilisations encore inconnues pour moi.

    Je vous embrasse fort, profitez de ce beau périple. On vous envi.

    Manu

    Ps : nous nous rapprocherons de vous d’ici 15 jours… On part au Sri-Lanka en famille.

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