Birmanie

Bagan, au cœur de l’hiver

Le soleil étourdit l’immense plaine de Bagan, royaume des cactus, des tamariniers, des eucalyptus et des acacias. Le vert lumineux du delta de l’Irrawaddy a depuis longtemps disparu, cédant la place à un curieux nuancier de couleurs délavées, à commencer par le blanc crayeux du ciel. La terre est sèche, poussiéreuse. L’hiver ici n’a aucun sens ; l’idée même semble absurde. Pourtant, il n’y a qu’à regarder les vestes épaisses et les bonnets portés par les locaux… L’hiver est bien là !

Et puis soudain au milieu des épineux et des nuages de poussière collante surgit l’ocre des pierres. Les temples se découpent dans le lointain : un, puis deux, puis trois, puis des dizaines. Des centaines. Une fois passées les heures chaudes, une fois débarrassé de la lumière crue du plein midi, le site se déploie enfin de toute sa force. Le silence se fait peu à peu, le vrombissement des bus et des voitures disparaît dans le lointain. Ne reste que le bétail qui rentre des champs et le chant des oiseaux.

Bagan est véritablement magique dans ces interstices que sont le crépuscule et l’aurore. Pour le spectacle offert par le ciel qui s’embrase, d’une part, les rayons de soleil plongeant les façades des temples dans une belle lumière mordorée. Et puis pour le frisson suscité par cette ambiance étrange et vaguement mystérieuse quand, la nuit venue, les temples plongés dans l’obscurité semblent d’immenses gardiens de pierre endormis. Les chauves-souris tournoient autour des dômes et l’on se sent petit et un peu effrayé en progressant maladroitement à la lampe de poche.

On n’avait pas prévu de revisiter Bagan. Ce dont je rêvais c’était plutôt d’aller découvrir les temples de Mrauk U, perdus au nord de l’État rakhine et que certains considèrent comme les plus beaux du pays. Mais la situation sur place s’est dégradée et il a fallu revoir le programme. Alors après tout, pourquoi pas Bagan. Et il aurait quand même été dommage que Jef passe à côté du site le plus emblématique du pays et l’une des zones archéologiques majeures d’Asie du Sud-Est (oui oui, soyons un peu dithyrambiques !).

On a donc enfourché notre « e-bike » pour partir parcourir la plaine frappée par le soleil. Visiter les incontournables : Ananda, Upali, Htilominlo, Shwesandaw, Dhammayangyi, Sulamani. Puis emprunter des chemins de traverse sablonneux. Mais sans maîtriser tout à fait notre nouvelle monture, on s’étale magistralement en prenant un virage un peu trop sec…

Pahto Ananda

Temple Dhammayangyi

Les peintures du temple de Sulamani

Les temples de Bagan ont pour la plupart été édifiés entre le XI et le XIIIe siècle. Et puis les invasions mongoles auraient mis un terme à la toute puissance du royaume de Bagan. Les bâtiments en bois ont évidemment disparu avec le temps mais les centaines de temples de brique et de stuc toujours debout témoignent encore de la richesse de l’ancienne cité.

Depuis mon précédent passage, le site a été frappé par un important séisme en 2016. Celui-ci a eu raison des dômes de plusieurs des principaux temples, mais a surtout mis à terre les consolidations apportées à la va-vite depuis des décennies. D’ailleurs, si le site de Bagan n’a jamais été classé à l’UNESCO, c’est notamment à cause des travaux de restauration entrepris n’importe comment, au mépris total du style et des techniques d’origine. Pour parvenir au classement, il faudrait également déloger les hôtels de luxe implantés au cœur même des ruines. Et ce n’est pas gagné…

Les temples encore « coiffés » – septembre 2013

Enfin, changement d’ambiance complet mais on aura vraiment aimé se perdre dans le dédale du marché de Nyaung U, aux belles couleurs pastels, et profiter de la ferveur populaire dans l’enceinte de la pagode Shwezigon.

On retrouve ensuite un itinéraire moins balisé en mettant cette fois cap sur Monywa. « Monywa? But why are you going there? »…


Informations pratiques

  • Le site de Bagan est divisé en trois zones : Nyaung U, Old Bagan et New Bagan. Les temples sont répartis entre ces trois zones et tout le long de la grande plaine centrale. Si le site peut être exploré en vélo (ce que j’avais fait en 2013) ou en calèche (si vous êtes un touriste flemmard), le mieux reste quand même de louer un e-bike à 6000 kyat la journée. Et si vous avez déjà fait du scooter, vous éviterez peut-être de vous rétamer comme des andouilles…
  • Côté logement : le Morning Star Guesthouse à New Bagan est vraiment top – même en débarquant à 2 h 30 du matin (avec du coup une nuit offerte).
  • Côté restaurant : on a surtout exploré la zone autour de l’hôtel. Le Kyaw Kitchen tient tout à fait la route.
  • Chaque visiteur étranger doit en principe s’acquitter d’un ticket d’entrée de 25 000 kyat (l’équivalent de 14,50 euros), qui n’est au bout du compte réclamé qu’aux entrées des principaux sites (la pagode Shwezigon à Nyaung U, ou certains spots pour le coucher/lever du soleil). Une somme qu’on a un peu du mal à débourser quand on sait que 2% seulement servirait à la préservation du site. On vous laisse imaginer où va le reste…
  • Depuis 2018, il n’est plus possible d’escalader la majorité des temples. En contrepartie ont été aménagées plusieurs plate-formes, facilement identifiables grâce à l’application Maps me.
  • Enfin, si Bagan est évidemment une zone très touristique, il serait absurde de faire l’impasse dessus. Au contraire, il est tout à fait possible de se balader entièrement seul même en haute saison…

Bagan, 13 au 15 janvier 2019

3 Comments

  • Emilie

    Coucou Fanny, Jeff. C’est tout simplement magnifique ce blog que vous nous offrez. Merci pour la très belle écriture et les photos. On est vraiment projeté dans les lieux décrits et ça donne trop envie d’y aller !!! Continuez à nous alimenter comme ça et à nous donner des nouvelles. On vous suit…

  • DARDE MICHELE ET SERGE

    merci de nous aider (de très belle façon : photos et commentaires) à nous évader de la grisaille et du froid humide
    bises Michèle et Serge

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