Birmanie/Myanmar

Bagan, au cœur de l’hiver

Le soleil étourdit l’immense plaine de Bagan, royaume des cactus, des tamariniers, des eucalyptus et des acacias. Le vert lumineux du delta de l’Irrawaddy a depuis longtemps disparu, laissant place à un curieux nuancier de couleurs délavées – à commencer par le blanc crayeux du ciel. La terre est sèche, poussiéreuse. L’hiver ici n’a aucun sens ; l’idée même semble absurde. Pourtant, il n’y a qu’à jeter un œil aux vestes épaisses et aux bonnets enfoncés sur la tête des locaux pour s’en assurer : l’hiver est là.

Et puis au milieu des épineux et des nuages de poussière collante surgit l’ocre des pierres. Les temples un par un se découpent : isolés, d’abord, puis par dizaines. Centaines.

Une fois passées les heures chaudes, une fois débarrassé de la lumière crue du plein midi, le site peu à peu se déploie. Le silence emplit la plaine, le vrombissement des bus et des voitures s’estompe – l’air ne garde plus trace que du pas lourd du bétail rentré des champs. Dans ces interstices que sont le crépuscule et l’aurore, Bagan est véritablement magique. La lumière mordorée des derniers rayons de soleil inonde les façades des temples, le ciel s’embrase avant de basculer dans l’obscurité. D’étincelante, la plaine devient fantomatique. Les chauves-souris tournoient autour des dômes et dans la lumière falote des frontales, les temples semblent soudain d’immenses gardiens de pierre endormis.

L’idée initiale n’était pas de retourner sur Bagan, déjà visité en 2013, mais de foncer vers les temples de Mrauk U, perdus au fin fond de l’État rakhine – une petite enclave orange noyée dans le rouge écarlate des cartes diplomatiques. Les quelques avis récoltés depuis l’arrivée au Myanmar semblaient pencher en faveur d’un « ça passe » sauf qu’un pont démoli, une route coupée et une attaque militaire plus tard, on était bien obligé de faire preuve d’un peu de sérieux.

Alors après tout, pourquoi pas Bagan ?

On a donc enfourché notre « e-bike » pour partir parcourir la plaine frappée par le soleil. Visiter les incontournables : Ananda, Upali, Htilominlo, Shwesandaw, Dhammayangyi, Sulamani. Et déraper dans des chemins de traverse sablonneux – là où les stupas s’effacent derrière la végétation et les pierres servent d’abri aux rendez-vous amoureux.

Pahto Ananda

Temple Dhammayangyi

Les peintures du temple de Sulamani

Construits pour la plupart entre le XI et le XIIIe siècles, les temples de Bagan n’ont jamais cessé de trembler. Face aux assauts mongols d’abord qui, selon la version officielle, eurent raison de l’empire en 1287 – alors l’un des plus grands et des plus puissants d’Asie du Sud-Est. Et puis sous l’effet répété des secousses sismiques, engloutissant pagodes et palais de bois pour ne laisser dans les replis de l’Irrawaddy que 2500 des 10 000 bâtiments qui émaillaient autrefois la plaine.

Il faudra attendre le tremblement de terre de 1975 pour que l’UNESCO pointe enfin le bout de son nez… et s’en retourne ulcérée dans les années 90, dénonçant la gestion calamiteuse des travaux par la junte au pouvoir. Rebelote en 2016 : le séisme confisque les dômes de plusieurs des temples principaux, détériore de nombreuses fresques mais met principalement à terre les consolidations apportées à la va vite au cours des dernières décennies. Depuis la vénérable institution onusienne a fait un retour remarqué, bien décidée à reprendre les choses en main. Mais pour parvenir au classement, encore faudrait-il déloger les hôtels de luxe venus s’implanter au cœur des ruines. Et ce n’est pas gagné…*

|| EDIT 2020 : *le site a finalement été classé au patrimoine mondial en juillet 2019…

Les temples encore « coiffés » – septembre 2013

On retrouve ensuite un itinéraire moins balisé en mettant cap sur Monywa. « Monywa? But why are you going there? »

Dans le dédale du marché de Nyaung U – bleu turquoise

– Informations pratiques –
  • Le site de Bagan est divisé en trois zones : Nyaung U, Old Bagan et New Bagan. Les temples sont répartis entre ces trois zones et tout le long de la grande plaine centrale. Si le site peut être exploré en vélo (ce que j’avais fait en 2013) ou en calèche (si vous êtes un touriste flemmard), le mieux reste quand même de louer un e-bike à 6000 kyats la journée. La majorité des hôtels propose un service de location. Évitez seulement de prendre des virages trop secs dans les chemins de terre (et gardez toujours un œil sur le niveau de charge)…
  • Chaque visiteur étranger doit en principe s’acquitter d’un ticket d’entrée de 25 000 kyats (14,50 euros en 2019), qui n’est dans les faits réclamé qu’aux entrées des principaux sites (la pagode Shwezigon à Nyaung U, et certains spots prisés pour le coucher/lever du soleil). Une reprise en main par l’UNESCO changera peut-être la donne mais en attendant, 2% seulement de la somme servirait à la préservation du site. On vous laisse imaginer où va le reste…
  • Depuis 2018, escalader les temples n’est plus autorisé. En contrepartie, plusieurs plate-formes ont été aménagées, toutes facilement identifiables grâce à l’application Maps me.
  • Côté logement : le Morning Star Guesthouse à New Bagan est vraiment top – bien situé, impeccable -, même en débarquant à 2 h 30 du matin (avec du coup une nuit offerte)…
  • Côté restaurant : on a essentiellement exploré la zone autour de l’hôtel. Le Kyaw Kitchen tient tout à fait la route.
  • Enfin, si Bagan est évidemment une zone très touristique – l’un des principaux sites touristiques du Myanmar -, il serait absurde de faire l’impasse dessus. Le site est tellement grand qu’il est tout à fait possible de se balader sans croiser qui que ce soit, même en haute saison…

Bagan, janvier 2019

3 Comments

  • Emilie

    Coucou Fanny, Jeff. C’est tout simplement magnifique ce blog que vous nous offrez. Merci pour la très belle écriture et les photos. On est vraiment projeté dans les lieux décrits et ça donne trop envie d’y aller !!! Continuez à nous alimenter comme ça et à nous donner des nouvelles. On vous suit…

  • DARDE MICHELE ET SERGE

    merci de nous aider (de très belle façon : photos et commentaires) à nous évader de la grisaille et du froid humide
    bises Michèle et Serge

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